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Jour heureux ou jour des déchirements

Alain Farah
Photo courtoisie, Justine Latour

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Écrivain exceptionnel, habile conteur, fin observateur de la nature humaine, le Montréalais Alain Farah explore les thèmes de la famille, de l’immigration, de la religion, de la souffrance et du deuil dans un roman autobiographique où le drame et la comédie font bon ménage, Mille secrets, mille dangers. Il invite les lecteurs à vivre 24 heures dans la vie d’Alain, le jour de son mariage dans la crypte de l’oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal. En apparence, c’est une journée extraordinaire. En coulisse, c’est le jour des déchirements. 

Mille secrets, mille dangers raconte l’histoire de deux hommes qui ont grandi ensemble dans le Petit Liban, à Montréal. En juillet 2007 – jour du mariage du narrateur avec la belle Virginie –, les deux amis sont mis en face de tout ce dont ils ont hérité. 

Les parents d’Alain ont quitté les guerres du Moyen-Orient pour une vie meilleure au Québec, mais ont transporté leurs guerres intimes en Amérique. Le jour du mariage, les souvenirs refont surface, les bons comme les moins bons. Les quêtes, les déchirements, la nostalgie, les illusions, les désillusions aussi, l’adaptation à une nouvelle vie, les difficultés de reprendre racine ailleurs, la pression familiale, la pression sociale, la puissance des traditions.

Alain Farah, écrivain des émotions, des nuances et de l’intériorité, se dévoile énormément dans ce roman autobiographique fascinant, d’une grande sincérité. Il parle de son enfance comme fils d’immigrant, du bagage transmis d’une génération à l’autre, des drames vécus par ses proches.

« Cette histoire n’a pas été racontée tant que ça », convient Alain Farah. « C’est celle d’une immigration qui s’est tellement bien intégrée qu’elle a été presque oubliée. On ne peut pas totalement oublier d’où on vient. C’est comme ça que j’ai créé mon personnage : il lui manque quelque chose dont il ne sait pas qu’il a besoin. »

Du côté des émotions

Il avait envie d’écrire un texte sensible, mais plus incarné, plus lié aux émotions. « Je savais que ma vie était assez riche, du point de vue des événements. Je me suis demandé si ce n’était pas le temps de prendre ça comme matière première. Je savais que ça irait dans les histoires de famille, de vie et de mort. Je pense que ça m’a fait peur très longtemps. Ça m’a pris beaucoup de temps et ça a été assez dur de faire apparaître une certaine vulnérabilité. »

Alain Farah s’est lancé le défi d’aller dans les zones plus émotives, lui qui écrivait avant d’une manière plus cérébrale. « Ce n’est pas un livre qui s’est fait facilement », dit-il. Il lui a consacré huit ans de sa vie. 

Être fils d’immigrant

Fils d’immigrant, Alain Farah raconte sa famille, son passé, celui de ses parents, des combats menés ailleurs, des blessures. Porte-t-il en lui l’histoire de ses parents, de ses grands-parents ? 

« J’ai l’impression que tous les êtres humains, peu importe d’où ils viennent, baignent dans le récit, autant individuellement que collectivement. On ne le voit pas – c’est comme l’air. »

Il poursuit. « Quand les choses vont sur des roulettes, on en prend plus ou moins conscience, comme si c’était des anecdotes. Ça ne vient pas avec une espèce de charge. »

Il a le sentiment que les immigrants doivent transmettre cette histoire qui est la leur. « On a le sentiment d’être le témoin d’une histoire, mais c’est bizarre d’être le témoin d’une histoire qu’on n’a pas vécue. C’est une histoire qui a déterminé en partie ce qu’on est. Mais aussi ça détermine des affaires que tu ne comprends pas et qui sont liées, dans le cas du roman, à une sorte de malédiction ou de sentiment d’être toujours du côté de ceux sur qui le sort s’acharne. »

  • Alain Farah est né à Montréal en 1979 de parents libanais d’Égypte.
  • Il enseigne la littérature française à l’Université McGill.
  • Il a publié plusieurs ouvrages, dont Pourquoi Bologne.
  • Il a signé en 2017 l’adaptation théâtrale du Déclin de l’empire américain de Denys Arcand.

EXTRAIT

Alain Farah
Photo courtoisie

« En cette chaude journée de juillet, je me marie. J’épouse l’incomparable Virginie Pellerin-Wise, femme que j’aime d’un amour durable et fulgurant. Ce mariage, nous le célébrerons devant Dieu et un parterre d’invités, sous la gouverne experte de Sue McKanick.

Je mange pour l’instant une frite de chez Orange Julep.

— Il faut que je fasse attention à ma dent, dis-je à Édouard. Je risque une pulpite irréversible. Ce débile de Wali Wali m’a averti. Pas de chaud, pas de froid, que du tiède. »

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