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Le Canada anglais en ébullition

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Le Canada anglais contre-attaque.

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« Personne au Canada ne devrait perdre son emploi à cause de ce qu’il porte ou de ses croyances religieuses ». Cette déclaration ferme du bureau du premier ministre Trudeau donne le ton.

L’école primaire anglophone de Chelsea près de Gatineau, au Québec, a retiré de sa classe Fatemeh Anvari, qui porte le hidjab. L’enseignante suppléante depuis mars dernier était devenue permanente le 25 octobre.

Or le 9 novembre dernier, la Commission scolaire English-Montréal était déboutée en Cour d’appel lors de sa contestation de la loi 21 sur la laïcité. Mme Anvari est désormais affectée à d’autres tâches dans l’école.

Fatemeh Anvari est une diplômée en littérature anglaise de l’université d’Ottawa. Sans être complotiste, on est en droit de s’interroger sur la décision de la commission scolaire de l’engager comme enseignante. Il est légitime de se demander si cette femme surqualifiée pour enseigner au primaire et qui porte le hidjab dans la vie n’est pas une militante engagée qui mène le combat à titre personnel, mais aussi collectif contre la loi 21, loi que le premier ministre du Canada appuyé par la majorité des Canadiens considère comme inique et raciste.

Société distincte

Il faut souligner le fait que le Canada anglais ne reconnaît pas le droit des Québécois à travers l’Assemblée nationale d’imposer une vision distincte en toute légitimité.

Le ministre libéral des Relations Couronne-Autochtones, Mark Miller, grand défenseur des droits autochtones et admirateur actif de leur culture dont il a appris à parler une des langues, a déclaré à propos de la loi 21 : « Ce type de discrimination ne reflète pas la société québécoise dans laquelle je veux vivre. »

On comprend donc le tollé suscité chez de nombreux anglophones par la décision d’appli-quer la loi 21, dont la femme voilée devient la première victime à leurs yeux. Mais comment peut-on qualifier la loi 21 de raciste ? La religion est un choix personnel. Ce n’est ni une race ni une couleur de peau, deux réalités qui sont des faits de naissance.

De plus, la loi 21 n’interdit pas les signes religieux pour tous. Elle s’applique pour quelques catégories de personnes qui incarnent l’autorité de l’État, décrété laïque au Québec avec l’appui de la majorité francophone.

La violence des réactions du Canada anglais ne devrait guère nous surprendre.

Revendications légitimes

Aujourd’hui, le Canada multiculturel est composé en partie de millions d’immigrants récents à qui l’on n’a donné aucun cours d’histoire du Canada. Comment peuvent-ils comprendre les revendications du Québec ?

Le Canada n’est plus un pays culturellement distinct des États-Unis. La réalité d’un Québec revendiquant quelques valeurs distinctes en Amérique du Nord, dont la laïcité, qui est un concept qui n’existe pas dans le monde anglo-saxon, est intolérable et vécue comme une sorte de violation de la démocratie par le reste du Canada.

Il faut s’attendre à ce que cette année électorale pour la CAQ ne soit pas de tout repos. La loi 21 est l’ennemi à abattre. Dans les médias canadiens et à travers les tribunaux, l’offensive contre le Québec, prétendu violeur de la liberté religieuse, se déploiera sur tous les fronts. 

La pandémie nous a suffisamment fatigués. Où prendrons-nous l’énergie supplémentaire pour encore mener le combat de notre identité malmenée, voire méprisée ?

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