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Montréal brûle-t-elle?

Montréal capitale
Photo courtoisie

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Il fut un temps où Montréal en menait large. À tel point qu’elle fut déclarée, en 1844, « capitale de la province du Canada ». « Et elle serait peut-être restée la capitale canadienne n’eussent été les émeutiers qui, au soir du 25 avril 1849, mirent le feu au bâtiment », peut-on lire dans la présentation de cet ouvrage des plus intéressant, qui est en quelque sorte un condensé de nos luttes pour la sauvegarde de notre langue et de notre patrimoine, ainsi que de celles des femmes, « ces oubliées de l’histoire », et celles des nations autochtones pour la reconnaissance de leurs droits ancestraux. 

C’est aussi un cri du cœur lancé par des historiens, des archéologues, des anthropologues et d’autres chercheurs, afin de protéger – et le rendre accessible au public – ce site archéologique, celui de l’ancien marché Sainte-Anne où siégea le Parlement de la province du Canada jusqu’à ce qu’il soit incendié, en 1849, par des émeutiers opposés à la loi d’indemnisation des victimes des rébellions de 1837-1838 au Bas-Canada. 

Pour l’historien François-Xavier Garneau, cet acte de barbarie est l’équivalent de la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, en Égypte, durant l’Antiquité. 

Les émeutes, organisées par les opposants à la loi d’indemnisation, dureront plusieurs semaines et causeront de nombreux dégâts. Les autorités prendront alors la décision de transférer le siège du Parlement à Toronto, et Montréal perd alors son statut de capitale, le 30 octobre 1849.

Mais pourquoi, peut-on se demander, avoir installé une institution aussi prestigieuse que peut l’être un Parlement dans une bâtisse destinée au commerce, à la vente, entre autres, de fruits, de légumes et de viande animale ? C’est tout simplement que « le temps manque pour y construire un parlement. Les autorités louent donc à la Ville l’imposante halle de pierre du marché Sainte-Anne – une halle de bois en tiendra lieu tout à côté – et la réaménagent pour y loger les salles de l’Assemblée législative et du Conseil législatif, leurs bibliothèques et les bureaux des fonctionnaires ». 

C’était également le plus grand édifice municipal de Montréal et le seul à pouvoir abriter tout ce qu’un Parlement peut nécessiter comme équipement.

Ce livre fourmille d’informations et d’anecdotes les plus diverses sur l’histoire de Montréal et de ses habitants au XIXe siècle, tout en proposant des illustrations attrayantes, des photos d’époque et des croquis bien souvent inédits. 

Ainsi, nous assistons d’abord à la naissance de Ville-Marie (Montréal), en 1642, des deux côtés de la Petite rivière, puis à sa fortification, en 1685, pour la protection contre les attaques des Haudenosaunee (les Cinq-Nations iroquoises). 

Après la défaite de 1760, Montréal deviendra une ville de garnison jusqu’en 1870. En 1801, ces mêmes fortifications, devenues désuètes, seront démolies pour permettre une meilleure expansion de la métropole. 

Les marchés publics ont toujours été des lieux aux activités les plus diverses. Si les producteurs viennent à la rencontre de leurs clientèles, c’est aussi « sur la place du marché Neuf, pendant qu’il est ouvert, que des condamnés reçoivent 39 coups de fouet des mains du bourreau, une peine fréquente à l’époque ».

Épidémies

Le Canada étant un pays d’immigration, il était inévitable que l’épidémie de choléra, qui frappe le vieux continent européen, fasse également des ravages ici. 

« En juin 1832, le choléra s’amène à Québec avec les immigrants et, dès le lendemain, il atteint Montréal, puis l’intérieur nord-américain. » 

Plus de 2000 personnes mourront à Montréal sur une population d’environ 34 000 habitants. Puis, en 1845, ce sera une épidémie de typhus qui frappera Montréal. Elle causera trois fois plus de morts que le choléra, surtout parmi la communauté irlandaise fraîchement arrivée au pays.

La capitale Montréal sera aussi « le haut lieu de la diplomatie autochtone ». Plusieurs délégations innues viennent présenter au gouverneur leurs doléances. On leur a volé leurs territoires et les ressources naturelles qu’ils renferment, ce qui exige compensation, clament-elles.

Que reste-t-il aujourd’hui de cette période agitée de notre histoire, alors qu’on a réduit en ruines notre mémoire collective lors de l’incendie du parlement, le 25 avril 1849 ? Des livres carbonisés, des artefacts noircis et tordus par la chaleur, un site qu’il faut préserver des promoteurs immobiliers. 

Car « le passé, bien plus que de se résumer à des dates désincarnées, nous chuchote des histoires à l’oreille, oubliées ou jamais vraiment entendues. Celles des Autochtones, des communautés culturelles, des moins nantis ».

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