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Non, elle n’est pas une «pauvre victime»

GEN - OUVERTURE PROCÈS CIVIL CONTE LOI 21
Photo d’archives

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Regardez bien le Canada anglais s’exciter. C’est divertissant.

Il s’excite bien sûr au sujet de cette « pauvre enseignante » d’une école anglophone de l’Outaouais, réaffectée à un autre poste parce que son hijab contrevient à la loi québécoise sur la laïcité et qu’elle ne bénéficie pas du droit acquis reconnu à celles qui le portaient avant l’adoption de la loi.

Politique

On pourra déchirer toutes les chemises, accrocher tous les rubans de solidarité, allumer tous les lampions et dire toutes les outrances habituelles, le fond de l’affaire est que cette dame et son employeur nous prennent pour des cons.

La loi a été adoptée il y a plus de deux ans et la Cour d’appel a statué, en novembre, qu’elle s’applique tant que l’affaire n’aura pas été tranchée sur le fond.

De deux choses l’une : l’employeur ignorait la loi au moment où une classe fut confiée à la dame, ou l’employeur savait parfaitement qu’elle serait en situation d’illégalité si elle demeurait voilée.

Évidemment, il est impensable que l’employeur ne connaisse pas cette loi.

La remarque vaut pour la dame : si elle ne peut pas ne pas connaître la loi, c’est donc qu’elle a choisi sciemment de la défier. 

En posant ce geste de défi, elle prouve justement que le voile ne se réduit pas à un choix personnel purement esthétique et identitaire, et donc qu’on ne saurait le réduire au sempiternel « ce-n’est-qu’un-bout-de-tissu-sans-signification-particulière ».

L’affaire survient dans une commission scolaire anglophone, ce qui n’est pas non plus un hasard.

Rappelons trois faits de base

Premièrement, le port du voile est une décision politique et non une prescription religieuse.

Rien dans le Coran ne l’impose et des tas de musulmanes croyantes ne le portent pas. Si le voile était une obligation religieuse, il serait porté par toutes les femmes de tous les pays arabes depuis les débuts de l’islam.

Que le port du voile puisse être très sincèrement expliqué par celle qui le porte pour des raisons d’identité ne lui enlève pas sa dimension politique, surtout lorsque la loi d’un pays l’interdit expressément dans certains cas.

Admettons que le voile, comme le prétendent certains, n’ait rien de politique. Quelqu’un s’obstinerait-il à porter un chandail bleu ou jaune ?

Deuxièmement, une enseignante est payée pour enseigner. En quoi le fait de ne pas porter le voile l’empêche d’enseigner ? En rien. 

Ce n’est donc pas la loi qui exclut la personne. C’est son propre comportement. Elle s’exclut elle-même.

Troisièmement, il n’existe aucun droit fondamental de se vêtir comme on le veut en toutes circonstances. Des tas de milieux imposent des codes vestimentaires pour des tas de raisons : neutralité, santé, sécurité, etc.

Choc

La loi 21 jouit d’un appui très majoritaire au Québec. C’est le Canada anglais qui n’a plus assez de merceries pour déchirer toutes ses chemises.

Le choc des valeurs entre lui et nous est massif et frontal.

Il y a deux pays dans ce pays. 

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