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Des femmes noires qui révolutionnent le municipal

Des femmes noires qui révolutionnent le municipal
TOMA ICZKOVITS

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De nombreuses barrières sont fracassées sous l’impulsion de femmes noires qui atteignent de nouveaux sommets en politique municipale. Alors que la poussière retombe peu à peu, celles-ci reviennent sur ce que ça représente à leurs yeux. 

«Je suis très contente qu’on soit plusieurs, non seulement à Montréal, mais dans d’autres villes. Un des défis d’être les premières, c’est de souvent être seule», a confié Gracia Kasoki Katahwa, qui est elle-même devenue la première femme noire à être élue mairesse d’arrondissement.

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TOMA ICZKOVITS

«Comme on est plusieurs, on peut en discuter, et ça fait du bien de ne pas avoir cette pression d’être la seule personne», a-t-elle ajouté, se sentant «privilégiée» de pouvoir vivre un tel moment.

Depuis le 7 novembre, les plafonds de verre se brisent un à un, au fil des nominations. À Montréal, par exemple, la présidence du comité exécutif, ainsi que celle du conseil municipal, seront assurées par Dominique Ollivier et Martine Musau Muele, deux femmes noires qui causent une première à leur poste respectif.

Dominique Ollivier
Joël Lemay / Agence QMI
Dominique Ollivier

Élue dans l’arrondissement de Rosemont – La Petite-Patrie, Ericka Alneus est pour sa part émue par ce «pan de l’histoire» qui s’est écrit. Dans les jours suivant les élections, elle est devenue responsable de la culture et du patrimoine au sein du comité exécutif de la Ville, l’équivalent d’un conseil des ministres au niveau municipal.

«Ça envoie un message que la culture de Montréal peut être représentée par quelqu’un qui, oui, est d’origine haïtienne, mais aussi une Montréalaise d’adoption, qui adore et croit au milieu culturel», a expliqué celle qui est née dans les Cantons-de-l'Est.

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Joël Lemay / Agence QMI

Elle-même s’est lancée en politique parce que la question de la représentation était particulièrement importante à ses yeux. «Ça m’a encore plus motivé de nous voir aussi nombreuses. C’était une source d’énergie et ça a donné toute une chaleur à la campagne», a-t-elle révélé.

À Longueuil également

Au sud du fleuve Saint-Laurent, Reine Bombo-Allara est devenue la première élue de la diversité à présider le conseil municipal de Longueuil, alors qu’Affine Lwalalika est pour sa part la première à siéger au sein du comité exécutif.

«Ça me réjouit et ça me rend émotive de voir cette avancée qu’on a faite en un clin d’œil», a confié cette dernière. Elle estime que toutes ces réussites montrent une image de ce qu’est le Québec d’aujourd’hui.

«Ça me ramène au début de mon implication. Au moment où je créais ma famille, je cherchais des modèles locaux pour mes filles, et c’est pour ça que j’ai commencé à m’investir moi-même. Mais je me sentais seule à l’époque», s’est souvenue Mme Lwalalika.

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De son côté, Mme Bombo-Allara tient à rappeler que c’est d’abord en raison de leurs compétences qu’elles ont été placées à ces postes, et qu’elles devront maintenant travailler pour prouver qu’elles y ont leurs places.

«C’est un gain collectif, il n’y a pas de doute. Ça arrive grâce à une ouverture de la part de plusieurs acteurs importants dans le milieu, et je sais qu’on s’en va vers une normalisation», a remarqué l’élue d’origine congolaise, qui s’est dite fière de faire l’histoire.

L’importance de la représentativité

Toutes les femmes rencontrées s’accordent sur l’importance que ce jalon aura afin d’inspirer les prochaines générations.

«Quand on voit des exemples, ça nous donne l’opportunité de nous projeter. Il y a un chemin qui a déjà été fait, et ça donne des possibilités infinies», a expliqué Mme Bombo-Allara.

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Mme Katahwa peut d’ailleurs en témoigner, alors qu’elle l’a elle-même vécu lors de son précédent emploi. Alors infirmière, sa directrice de soin infirmier était également une femme noire.

«Soudainement, j’ai concrètement réalisé qu’un jour, ça pourrait être moi. Pourtant, je pensais que c’est quelque chose que je savais déjà, mais ça rend les choses beaucoup plus concrètes lorsqu’on les voit», a confié Mme Katahwa.

Mme Alneus, elle, se souvient d’une petite fille qu’elle a rencontrée en faisant du porte-à-porte dans son district. «Dix jours avant la fin de la campagne, je l’ai recroisé avec son père. Elle m’a dit qu’elle a fait une présentation orale sur moi. J’ai tellement ri, on dirait que je n’y croyais pas, s’est-elle remémorée. Parce que j’ai cogné à sa porte, ça l’a intéressé à découvrir qui j’étais.»

À terme, elles espèrent que pour les prochaines générations, ce qu’elles accomplissent pourra devenir une normalité.

Une pionnière

Kettly Beauregard est bien placée pour mesurer le chemin qui a été parcouru. En 1994, elle devenait la première personne noire à être élue à l’hôtel de ville de Montréal. Au cours de sa carrière politique, qui s’est échelonnée jusqu’en 2001, elle a notamment pu siéger au comité exécutif en tant que conseillère associée.

«Je suis très fière! Je trouve ça fantastique qu’il y ait autant de femmes noires élues. À l’époque où j’étais candidate, c’était très difficile», s’est-elle rappelée. L’ancienne élue espère que son passage aura permis de paver la voie pour celles qui lui ont succédé.

«Ce qui a changé de beaucoup, c’est la confiance que les gens ont envers les communautés immigrantes», constate Mme Beauregard, qui estime que les électeurs s’attardent moins aux différences. Elle espère qu’à terme, les candidats des communautés culturelles pourront simplement être perçus en tant que Montréalais comme les autres.

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