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Enseignante voilée en Outaouais: «Ce n’est plus un enjeu théorique», dit Trudeau

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  Commentant pour la première fois l’histoire de l’enseignante qui a été mutée vers un autre poste au sein de son école, car elle portait le hijab en classe, Justin Trudeau a réitéré lundi son «profond désaccord» avec la Loi sur la laïcité du Québec. 

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  «Je ne trouve pas que dans une société libre et ouverte quelqu’un devrait perdre sa job à cause de sa religion. Et ce n’est plus un enjeu théorique», a déclaré M. Trudeau en marge d’un point de presse sur les garderies lundi.

«Il y a des familles, une communauté, en Outaouais, qui sont en train de réagir avec beaucoup de préoccupation et de sympathie pour l’enseignante Fatemeh Anvari, qui a perdu sa job à cause de sa religion», a-t-il ajouté.

Dans les faits, l’enseignante de formation reste à l’emploi de la commission scolaire Western Québec.

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Rappelons que le 3 décembre, Mme Anvari avait pris en charge un groupe de troisième année d’une école primaire de Chelsea, en Outaouais, avant d’être mutée vers un poste administratif, car son port du hijab en classe, un symbole religieux, contrevenait à la loi 21.

Une contestation possible

Questionné sur la raison pour laquelle le gouvernement fédéral n’avait pas contesté la loi devant la cour de son propre chef, Justin Trudeau a indiqué qu’il préférait que la contestation se fasse par des Québécois d’abord, pour ne pas que le sujet soit interprété à travers le prisme d’une confrontation entre Québec et Ottawa.

«Je pense que c’est important, dans les premières étapes dans le travail qui se fait maintenant, de ne pas donner l’excuse d’une bataille entre Ottawa et Québec, mais de souligner que c’est des Québécois eux-mêmes qui sont en désaccord profond avec le fait que quelqu’un puisse perdre son emploi à cause de sa religion».

Une telle dynamique pourrait donner l’«excuse» à Québec de défendre sa position sur la base d’une «ingérence fédérale» dans les affaires de la Belle Province.

Le PQ dénonce «l’intolérance du Canada anglais»

L’histoire a fait grand bruit à Ottawa, où des membres de la classe politique, incluant de nombreux députés libéraux, ont exprimé leur mécontentement envers le gouvernement québécois.

«Devant une nouvelle montée de l’intolérance du Canada anglais face à nos choix démocratiques en matière de laïcité, le Québec doit parler d’une seule voix. On peut être contre ou être pour la loi sur la laïcité, reste que c’est aux Québécois de décider; les attaques du Canada anglais doivent cesser immédiatement», a déclaré par voie de communiqué Pascal Bérubé, député du Parti québécois et porte-parole en matière de laïcité.

Le Parti québécois veut forcer les autres partis représentés à l’Assemblée nationale à faire front commun pour dénoncer toute potentielle contestation judiciaire par le gouvernement fédéral, incluant ceux qui s’opposent ouvertement à la Loi sous sa forme actuelle, soit le Parti libéral et Québec solidaire.

«Les appels à une intervention fédérale pour invalider le choix démocratique des Québécois se sont succédé, et Justin Trudeau n’a pas écarté cette possibilité.

L’Assemblée nationale n’a pas le choix de parler d’une seule voix. Je m’attends à ce que Québec solidaire et le Parti libéral appuient notre démarche», a poursuivi M. Bérubé.

  • Écoutez la rencontre des analystes politiques Elsie Lefebvre et Marc-André Leclerc sur QUB radio  

  

Or, si les deux partis dénoncent à l’ingérence de Justin Trudeau dans le débat sur la Loi 21, ils réitèrent leur opposition à l’endroit de la pièce législative.

«Nous croyons que la Loi 21 devrait pouvoir subir le test des tribunaux sans clause dérogatoire. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons voté contre, a fait savoir le député libéral David Birnbaum. Toutefois, Québec a la légitimité et le droit de faire ses propres choix démocratiques quant à la laïcité de l’État.»

«Selon Québec solidaire, la laïcité ne devrait pas empêcher à des femmes bien intentionnées de travailler dans une école. Ceci dit, nous répétons que c’est un débat qui doit se faire et se régler au Québec», a indiqué le député solidaire Alexandre Leduc.

Une «erreur» d’embauche

Selon toute vraisemblance, il s’agit du premier cas rapporté d’une enseignante qui se fait retirer sa classe pour cette raison depuis l’adoption de la loi, en 2019.

Le premier ministre François Legault avait déclaré vendredi que l’enseignante n’aurait jamais dû être embauchée à titre de professeure, car elle ne correspondait pas aux critères de la Loi sur la laïcité de l’État.

En entrevue avec l’Agence QMI vendredi, le président par intérim de la commission scolaire Western Quebec avait reconnu que l’embauche de Mme Anvari était une «erreur» dont il s’est par la suite empressé de «corriger».

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