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Le fondamentalisme contre la démocratie

Le premier ministre Justin Trudeau
Photo AFP Le premier ministre Justin Trudeau

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Justin Trudeau n’en est pas à une contradiction près. La plus récente touche sa déclaration sur la démocratie, au sommet sur la démocratie organisé par Joe Biden, et sa dernière intervention en faveur du voile islamique.

D’un côté, dans un discours sans aucune référence religieuse, il réitère sa «foi en la démocratie». De l'autre côté, il soutient le fondamentalisme religieux, en l’occurrence musulman. 

Or, le fondamentalisme religieux s’oppose à la démocratie comme le feu s’oppose à l’eau. 

La vieille querelle entre le pouvoir religieux et les pouvoirs non religieux n’a jamais été tout à fait réglée. La Loi sur la laïcité du gouvernement du Québec n’est qu’une bataille du long combat contre l’obscurantisme religieux. Un combat qui est loin d’être gagné.

  • Écoutez la Chronique de Loïc Tassé, politologue et chroniqueur au Journal de Montréal au micro de Benoit Dutrizac sur QUB radio : 

Par exemple, selon le Centre de recherche Pew, seuls 33% des Américains pensent que l’évolution humaine est due à la sélection naturelle. Les autres croient que les humains ont toujours été comme ils sont maintenant (18%) ou ils voient dans l’évolution une intervention divine (48%).

Les âneries religieuses ne gangrènent pas que la science. Elles attaquent aussi la démocratie.

Quand, en France, 40% des lycéens placent les croyances religieuses au-dessus des lois de l’État, en réalité, ils placent les commandements des chefs religieux au-dessus des lois décidées par les élus. 

Cette confiance extrême aux croyances religieuses n’est pas propre à une seule religion. Les sondages menés par Pew montrent qu’aux États-Unis, la religiosité est beaucoup plus forte chez les immigrés qui proviennent de pays très religieux, peu importe la religion. 

Menace aux élus

Aussi pénible que cela puisse être pour Justin Trudeau, il faut bien admettre que la diversité religieuse, lorsqu’elle s’ancre dans le fondamentalisme, constitue une menace directe au pouvoir des élus. 

Mais Trudeau n’est pas prêt à admettre que les femmes voilées sont des fondamentalistes religieuses qui s’opposent à la majorité des autres musulmans. 

Il est encore moins prêt à affronter les croyances fondamentalistes religieuses qui, pourtant, empiètent sur son propre pouvoir et donc sur la démocratie.

En ce sens, les élus qui refusent de combattre le fondamentalisme religieux, ou pire, qui le défendent, trahissent leurs électeurs et la démocratie.

Autres formes de fondamentalisme

Ce qui est terrible est que le fondamentalisme religieux est en pleine ascension partout dans le monde. En Inde, des humoristes se font emprisonner parce qu’ils ont osé faire des blagues sur l’hindouisme. Aux États-Unis, les évangélistes sont de plus en plus nombreux.

Mais d’autres formes de fondamentalisme épousent la même logique que celle des religions. Voyez les cultes de la personnalité autour de Donald Trump, de Xi Jinping ou encore les délires des antivaccins. 

Tous ces fondamentalismes, religieux ou non, attaquent la démocratie. Tous reposent sur des croyances plus ou moins ridicules. Tous refusent la critique ou l’humour. Pas étonnant que plusieurs adeptes de ces fondamentalismes tissent des alliances entre eux.