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Dons et salaires secrets à La Presse

Le média d’information rechigne à dévoiler le salaire de ses dirigeants ainsi que le montant des dons reçus

projet loi La Presse
Photo d'archives Le président de La Presse, Pierre-Elliott Levasseur, a indiqué que ceux qui contribuent au média sont « très très majoritairement des petits donateurs ». Ici, André Desmarais et Pierre Elliott Levasseur se serrent la main, en juin 2018, en commission parlementaire sur le projet de loi n° 400, la loi sur La Presse, adoptée sous le bâillon.

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Le président de La Presse, qui courtise ses donateurs avec des reçus de charité donnant droit à des crédits d’impôt de 35 % à 53 %, n’a pas l’intention de dévoiler son salaire ni celui de ses hauts dirigeants.

« Si j’ai l’obligation de le faire, je vais le faire. Si je n’ai pas l’obligation de le faire, je ne le ferai pas », a répondu à une question du Journal Pierre-Elliott Levasseur, président de La Presse, après son passage à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), dans un grand hôtel, hier.

« On va respecter toutes les obligations que l’on doit respecter. Point final », a-t-il assuré, après avoir souligné devant un parterre d’affaires qu’il avait une responsabilité de « saine gestion des dépenses ».

Or, pour Donald Riendeau, directeur général et cofondateur de l’Institut de la confiance dans les organisations (ICO), la question des salaires soulève des enjeux de transparence.

« Plusieurs organisations à but non lucratif (OBNL) dévoilent le salaire de leur PDG sans que ce soit une obligation légale. Bref, c’est une question de transparence et de confiance », estime-t-il.

D’après Donald Riendeau, cela est encore plus vrai pour des OBNL recevant des subventions gouvernementales et des dons de grands donateurs.

« Ce n’est pas parce qu’on est PDG d’un OBNL que l’on doit avoir un petit salaire. L’important, c’est la transparence et de pouvoir l’expliquer », dit-il.

Montants inconnus

Depuis le 1er janvier 2020, les dons annuels de plus de 20 $ à La Presse font l’objet d’un reçu à des fins fiscales grâce à son statut d’organisation journalistique enregistrée de l’Agence de revenu du Canada (ARC).

Dans un texte de décembre 2020, Pierre-Elliott Levasseur explique que les dons sont admissibles à un reçu pour fins fiscales et que ce « reçu de charité » donne droit à un « crédit d’impôt pouvant représenter entre 35 % et 53 % ».

À ce jour, La Presse a seulement publié une liste de ses « grands donateurs » de plus de 5000 $, sans dire combien chacun d’entre eux leur avait donné. Des changements de formulaires du côté de l’ARC expliqueraient ces délais.

« Les montants spécifiques de chacun de nos grands donateurs ne sont pas dévoilés pour le moment », a indiqué au Journal sa vice-présidente communications et philanthropie, Florence Turpault-Desroches.

« Ceci dit, au début de l’année 2022, le nom de chaque grand donateur incluant le montant de leur contribution seront publiés par l’Agence du revenu du Canada ainsi que sur notre site », a-t-elle expliqué.

Fin janvier, La Presse publiera également son bilan annuel pour 2021 ainsi que sa liste de nos donateurs de 2021.

Des fleurs aux Desmarais

Hier, le grand patron de La Presse a souligné l’importante contribution de ses 65 000 donateurs, qui ont permis d’amasser plus de 13 millions de dollars.

Alors que sa marge bénéficiaire nette s’est chiffrée à 20 % en 2021, soit plus du double que le 10 % de l’année 2020, il a fait part de son désir d’avoir un fonds de réserve pour l’aider à poursuivre sa mission.

Dans son allocution, le président de La Presse s’est aussi réjoui de voir que ses revenus publicitaires ont bondi de 31 % depuis le début de l’année, malgré les vents de face des géants du web, qui ne cessent de gruger la tarte.

Trois ans après avoir annoncé que La Presse sortait du giron de Power Corporation, Pierre-Elliott Levasseur a gardé le mot de la fin de son discours à ses anciens propriétaires, qui l’ont épaulé dans son virage numérique.

« Je tiens finalement à remercier nos anciens actionnaires, Power Corporation, qui nous ont soutenus tout au long de notre transformation », a-t-il tenu à dire. 

Au passage, Pierre-Elliott Levasseur n’a pas manqué de lancer des fleurs à « M. André Desmarais, qui a toujours été un fervent défenseur de la mission de La Presse ».

Rappelons que Pierre-Elliott Levasseur a travaillé chez Power Corporation de 1995 à 2006. Il a été trésorier à la Corporation Financière Power, de 2001 à 2006. 

Pierre-Elliott Levasseur est le cousin de France Chrétien Desmarais, qui est mariée à André Desmarais, qui est la fille de l’ex-premier ministre du Canada, Jean Chrétien.

– Avec Jules Richer

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Hier, Pierre-Elliott Levasseur a dit qu’il a confiance de voir le gouvernement Trudeau respecter sa parole en déposant un projet de loi pour mieux encadrer les géants du web.