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Ernesto Fera acquitté du meurtre de son épouse survenu en 2004

Le juge estime que la preuve n’excluait pas la venue d’un assaillant inconnu

Palais de justice de St-Jérôme
Photo Chantal Poirier Ernesto Fera lors de son arrivée au palais de justice de Saint-Jérôme, mercredi matin.

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SAINT-JÉRÔME | Les deux filles d’Ernesto Fera ont fondu en larmes mercredi, quand leur père a été innocenté d’avoir tué leur mère à coups de couteau il y a 17 ans, à Laval. 

« La Cour déclare M. Ernesto Fera non coupable du meurtre au premier degré de Nadia Panarello », a prononcé mercredi le juge James Brunton, après avoir fait la lecture de sa décision durant plus d’une heure, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Au même instant, des sanglots se sont fait entendre dans la salle d’audience remplie.

Dans le box des accusés, Ernesto Fera, 55 ans, a démontré ses émotions pour la toute première fois du procès, qui a duré plus d’un mois, en observant ses filles et sa conjointe actuelle fondre en larmes. 

Les yeux rougis, l’homme qui était jusque-là en liberté conditionnelle a rapidement pu rejoindre celles qui l’ont soutenu jusqu’au verdict pour les étreindre.

Depuis juillet 2019, Fera était accusé d’avoir tué son épouse de 38 ans dans leur résidence de Laval, le 12 février 2004.

Ce jour-là, cette dernière a été trouvée par sa propre mère, ensanglantée dans une salle de bain du deuxième étage, après avoir été attaquée de 30 coups de couteau.

Enquête bâclée

Si la théorie de la poursuite voulait que Fera soit le seul à avoir eu l’opportunité de commettre le crime, le Tribunal a conclu « qu’il y a une possibilité raisonnable de croire qu’un tiers inconnu serait entré par la porte-patio de la cour arrière déverrouillée ».

D'une part, le juge Brunton n’a pas été tendre envers le travail effectué par les enquêteurs de l’époque, qui n’ont ni interrogé tous les témoins pertinents au dossier ni saisi l’arme potentielle du meurtre.

D'autre part, il a aussi déterminé que même si la situation financière du couple était difficile et que Fera n’avait pas réussi à emprunter 120 000$ quelques jours plus tôt, il ne faisait « aucun sens que [son] plan B était de tuer sa femme ». Selon le magistrat, il restait suffisamment d’argent dans l’équité de la maison pour rembourser les multiples dettes de Fera.

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Pas pour l’argent?

Le Tribunal a également insisté sur le fait que rien ne permettait de prouver que Fera savait au moment du crime qu’il était le bénéficiaire de l’assurance-vie de l’employeur de son épouse, sapant ainsi le motif pécuniaire de la poursuite.

« Il ne fait aucun sens qu’un homme qui était dans un mariage ordinaire et amoureux, quand il n’y a aucune preuve de discorde, tuerait soudainement de manière vicieuse son épouse », a-t-il soutenu.

Pour la Cour, le comportement de Fera après coup correspondait à «celui d’un homme endeuillé qui a perdu son épouse dans un crime violent auquel il n’était pas associé», et non à une mise en scène, telle que suggérée par la Couronne.

Me Joseph La Leggia
Photo Chantal Poirier
Me Joseph La Leggia

Satisfait

En sortant de la salle de cour mercredi, Fera n’a pas voulu commenter la décision, tout comme ses proches, qui ont filé droit devant les nombreux médias sur place.

Son avocat, Me Joseph La Leggia, a quant à lui brièvement souligné sa satisfaction.

« Qui ne le serait pas [satisfait]? a-t-il lancé. C’est un jugement qui a été bien réfléchi, bien pensé, bien analysé... toute la preuve. Il [le juge] n’a rien manqué. »

Me Alexandre Dubois
Photo CHANTAL POIRIER
Me Alexandre Dubois

De son côté, le procureur de la Couronne, Alexandre Dubois, a indiqué que, selon lui, la justice avait été servie.

« Ça fait 17 ans que le meurtre est arrivé. Les techniques d’enquête ont évolué. Évidemment, le temps aura eu son effet sur la preuve, mais on l’a présentée. On prend acte de la décision. On peut être fier du travail qu’on a fait aujourd’hui », a-t-il mentionné, laissant aux autorités le soin de déterminer si l’enquête devrait désormais se poursuivre.

Ernesto Fera est donc reparti du palais de justice avec ses proches tel un homme libre, lui qui pourra retirer son bracelet électronique de surveillance à la cheville.

La Couronne était représentée par les procureurs Me Alexandre Dubois, Me Nektarios Tzortzinas et Me Steve Baribeau. Les représentants de Fera étaient Me Joseph La Leggia et Me Isabelle Lamarche.