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Loi 21: «Une page qui se tourne» au NPD

Loi 21: «Une page qui se tourne» au NPD
Photo d'archives AFP

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Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a annoncé mardi qu’il appuierait une intervention du fédéral pour combattre la Loi sur la laïcité de l’État en Cour suprême, en rupture avec l’héritage de Jack Layton. Pour le politologue Eric Montigny, il s’agit d’une «page qui se tourne» pour le parti de gauche.

Citant l’histoire de cette enseignante voilée transférée à un autre poste au sein de son école primaire de l’Outaouais, M. Singh a dit qu’il était «temps de se prononcer clairement» contre la loi 21.

De 2019, année où a été adoptée la loi, jusqu’aux élections de l’été dernier, le NPD prônait la non-intervention dans les affaires du Québec, dans l’esprit de la Déclaration de Sherbrooke, un document adopté à l’époque de Jack Layton qui promettait au Québec un statut particulier et une certaine autonomie au sein de la fédération.

Le député Alexandre Boulerice a expliqué que la position du parti a «évolué» depuis cet événement et après la décision de la Cour supérieure du Québec établissant que la loi 21 est «discriminatoire».

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Pour M. Montigny, professeur de science politique à l’Université Laval, il s’agit d’une «prise de position fondamentale pour le NPD» qui vient signer l’acte de décès de la Déclaration de Sherbrooke.

«Tout l’effort de Jack Layton de se réconcilier avec le Québec et de réparer le rapatriement unilatéral de la constitution de 1982, de respecter les champs des compétences, c’était une démarche qui était sentie, sincère», raison pour laquelle le NPD a pu percer de manière éclatante en 2011, juge le politologue.

«Ce qu’on vient de voir aujourd’hui, c’est le décès de tout ça, a-t-il poursuivi. Les masques sont tombés après l’élection.»

M. Boulerice ne partage pas cet avis, car «l’esprit de la Déclaration de Sherbrooke n’a jamais été de dire que le Québec est au-dessus de la Charte des droits et libertés.»

Au contraire, défendre la Charte reviendrait à défendre «les Québécois et les Québécoises dont les droits et libertés seraient brimés», selon lui.

Pour le NPD, la nouvelle position du parti n’est pas une rupture avec l’héritage de Layton, mais plutôt une perpétuation des valeurs qui l’animaient à l’époque. Pour preuve, le parti rappelle que l’ancien chef, Thomas Mulcair, avait déjà, en 2013, affirmé qu’il se saisirait des tribunaux pour contester la Charte des valeurs que proposait alors le Parti québécois de Pauline Marois.

Est-ce à dire que les néodémocrates renoncent à leur rêve de reconquérir le Québec, qui leur a offert leur meilleur résultat électoral à ce jour lors de la vague orange en 2011?

M. Montigny y voit un «ressac» contre l’influence des Québécois au sein du parti qui s’est accentué avec le départ de Thomas Mulcair. Cela ne veut pas dire pour autant que le NPD n’espère plus rien du Québec à l’avenir.

Quant à M. Boulerice, le fait de prendre pour acquis qu’une contestation de la loi 21 affaiblirait le NPD au Québec est mal comprendre les Québécois, qui sont nombreux à s’opposer à la Loi sur la laïcité. Il reste que celle-ci reçoit un appui important, qui se reflète entre autres par la popularité du gouvernement de François Legault.