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Liberté universitaire: le temps d’agir

Alexandre Cloutier
Photo courtoisie Alexandre Cloutier

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Le gouvernement Legault a maintenant entre les mains le rapport du groupe de travail présidé par Alexandre Cloutier sur cette liberté universitaire mise à mal par la censure woke.

C’est un excellent rapport, notamment parce qu’il documente le phénomène et démontre que nous sommes loin d’un faux problème.

Sophisme

Il est aussi excellent parce qu’il prend le taureau par les cornes : il n’y a pas de droit de ne pas être choqué, et seule une loi peut correctement protéger les professeurs et garantir le droit d’apprendre des étudiants. 

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

L’apprentissage, le vrai, implique en effet qu’un étudiant soit exposé à ce qui bouscule ses certitudes, ce qui, par définition, devient impossible si certains sujets sont interdits ou s’ils ne peuvent être abordés que pour conforter la conviction initiale de l’étudiant. 

Les recteurs et les associations étudiantes sont contre l’idée d’une loi.

J’ai bien dit les associations étudiantes et non les étudiants. 

Quiconque connaît le monde universitaire sait que les associations étudiantes sont contrôlées par l’infime minorité d’étudiants engagés dans l’activisme, et que cette minorité est souvent, pas toujours, de cette mouvance identitaire d’ultra-gauche qui a la gâchette de l’indignation et de la censure très rapide. 

Les recteurs, eux, sont traditionnellement contre toute intervention de l’État, associée par eux à une ingérence, sauf lorsque cette ingérence gouvernementale consiste à augmenter le financement, construire des pavillons, ou autoriser une hausse des droits de scolarité.

Cette fois, les recteurs opposent trois principales objections à une loi. Elles sont toutes non fondées, à mon humble avis.

La première objection est de dire que les institutions sont capables elles-mêmes de régler le problème.

Elles ont tristement prouvé le contraire depuis des années, comme en témoignent les incidents rapportés dans le rapport, et en laissant s’installer l’autocensure chez un corps professoral devenu craintif parce qu’il se sait peu protégé.

Et même si les universités se saisissaient du problème, leurs approches seraient différentes d’une institution à une autre. Seule une loi, note avec justesse la commission, protégerait cette liberté « de manière uniforme pour l’ensemble des établissements ».

La seconde objection est de dire qu’il est contradictoire que l’État empiète sur la liberté des universités au nom d’une volonté de défendre la liberté.

Cet argument est un sophisme assez lamentable, c’est-à-dire un faux raisonnement qui a des allures de bon sens.

Que sont les chartes de droits et les constitutions, pour ne parler que d’elles, si ce ne sont pas les résultats d’initiatives étatiques pour protéger des libertés que l’on estimait menacées ou susceptibles de l’être ?

Vite

La troisième objection est de dire que chaque université a ses propres missions et son propre contexte.

C’est vrai, mais on ne voit pas en quoi cela impliquerait que la liberté d’expression, elle, serait à géométrie variable.

Quoi, un mot, un livre, un sujet de discussion seraient autorisés et protégés à Sherbrooke, mais pas à Montréal ? Voyons donc...

Il faut espérer que le gouvernement Legault agira vite et bien.

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