/news/politics
Navigation

Loi 21: des villes canadiennes montent au front contre Québec, Montréal «inconfortable»

Toronto finance à son tour les efforts de contestation

Loi 21: des villes canadiennes montent au front contre Québec, Montréal «inconfortable»
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

Des municipalités canadiennes, et non des moindres, financeront à coup de centaines de milliers de dollars la contestation judiciaire de la Loi sur la laïcité. Invitées à participer, les grandes villes du Québec refusent d’emboîter le pas, et Montréal se dit «inconfortable».

• À lire aussi: Loi 21 «discriminatoire»: le PQ réclame le rappel de l’ambassadeur Bob Rae

• À lire aussi: Les gestionnaires doivent faire respecter la loi 21, dit Roberge

Le maire de Toronto, John Tory, a fait passer une motion à son conseil de ville pour accorder un financement de 100 000 $ à l’effort de contestation.

« En tant que Torontois et Canadiens, nous ne pouvons pas nous contenter de voir une loi comme celle-ci atteindre à la protection et au respect des libertés religieuses et des autres libertés fondamentales par notre Charte des droits et libertés », a déclaré M. Tory.

La nouvelle mairesse de Calgary, en Alberta, Jyoti Gondek, entend déposer une motion pour faire de même lundi prochain.

M. Tory et Mme Gondek se sont fait les émules de leur collègue Patrick Brown, maire de Brampton, une municipalité située dans la région du Grand Toronto. Ce dernier a fait parvenir, mercredi, une lettre aux maires des 100 plus grandes villes du pays les invitant à se joindre à la bataille.

Montréal « inconfortable », Longueuil « mal à l’aise »

À la Ville de Montréal, le cabinet de la mairesse Valérie Plante confirme avoir été interpellé par M. Brown.

« Les villes et les provinces à travers le pays ont le droit de ne pas être d’accord avec des législations en place ailleurs. Nous sommes cependant inconfortables avec le fait que d’autres villes canadiennes financent des groupes pour s’opposer à une Loi qui relève du gouvernement du Québec », a indiqué Catherine Cadotte, attachée de presse de la mairesse.

Elle indique que le projet de loi est aujourd’hui une loi du gouvernement québécois à laquelle se conforme la Ville de Montréal.

De même, selon ses explications, la Ville n’utiliserait pas des fonds publics pour contester des lois portées par d’autres provinces, même si elles touchent ses préoccupations, comme la gestion des armes à feu.

« Je suis très mal à l’aise de voir mes homologues des autres provinces canadiennes prendre une position aussi frontale à l’encontre d’une loi dûment votée par l’Assemblée nationale et, encore pire, financer la contestation d’une telle loi. Mes collègues québécois partagent très certainement ce malaise », a pour sa part déclaré Catherine Fournier, mairesse de Longueuil, qui indique que ces contestations n'auront « jamais » l'appui de sa Ville.

Le cabinet du maire de Québec, Bruno Marchand, déclare ne pas avoir reçu la lettre de M. Brown. « Nous n’avons pas l’intention de nous mêler de cette demande », a indiqué Thomas Gaudreault, attaché du maire.

Des fonds pour la contestation

Mercredi, M. Brown a convaincu son conseil d’accorder 100 000 $ à la lutte judiciaire aux groupes menant la charge contre le gouvernement québécois, soit le Conseil national des musulmans canadien, le World Sikh Organization of Canada et l’Association canadienne des libertés civiles, tous les trois basés en Ontario.

D’autres villes canadiennes pourraient s’ajouter à la liste.

S’il est « fondamentalement opposé » à la loi, le maire d’Ottawa, Jim Watson, ne soutient pas l’utilisation des fonds des contribuables pour la contestation judiciaire. Néanmoins, « il encourage les individus à considérer de faire un don à la cause », a déclaré son attaché de presse.

L’histoire de l’enseignante de Chelsea, qui a récemment été mutée à un autre poste au sein de son école primaire de l’Outaouais, a provoqué une onde de choc partout au pays et donné une nouvelle impulsion à la mobilisation contre la loi 21.

Le gouvernement de Justin Trudeau garde la porte ouverte à une éventuelle intervention, mais préfère laisser cours à la contestation actuelle afin d’éviter une confrontation directe avec Québec.

Le NPD a quant à lui révisé sa position en affirmant plus tôt cette semaine qu’il prendrait part à la contestation, après avoir prôné la non-ingérence dans les dernières années.

«Le reste du Canada doit comprendre et respecter le fait que le Québec est une nation distincte, qui a le droit de se développer selon ses caractéristiques propres au sein de la fédération canadienne. Il n’appartient qu’à nous de déterminer les fondements de notre vivre-ensemble», a déclaré Elizabeth Gosselin, attachée du ministre de la Justice de Québec, Simon-Jolin-Barette.

– Avec la collaboration de Félix Lacerte-Gauthier