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Mourir dans la dignité: la dérive?

seringue vaccin
Photo Fotolia Il faut s’inquiéter des dérives de ce droit.

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Au moment de voter la loi encadrant le « droit de mourir dans la dignité », ses promoteurs ont voulu rassurer ceux qui confessaient quelques réserves : ce droit serait très balisé, et il serait exercé de manière limitée, pour éviter qu’il ne se banalise. 

Il y avait néanmoins dans l’air un étrange et inquiétant parfum d’enthousiasme. 

Comme si la société québécoise ne prenait pas une décision grave mais nécessaire en reconnaissant ce droit.

Souffrance

Comme s’il s’agissait d’une merveilleuse journée, et qu’on ne touchait pas à quelque chose de sacré en faisant d’une forme d’euthanasie un geste médical parmi d’autres, peut-être le plus noble qui soit, puisqu’il consacrerait le droit de chacun à la maîtrise ultime de sa propre vie.

Il ne fallait pas être devin pour savoir, toutefois, que les balises entourant ce droit tomberaient rapidement. 

Dès lors qu’un principe s’impose dans une société, il a tendance à se radicaliser, à aller jusqu’au bout de lui-même. 

Le droit de mourir dans la dignité s’appliquait aux malades en phase terminale victimes de terribles souffrances. On a voulu l’étendre. Puis l’étendre encore. 

Et c’est ce qui se passe aujourd’hui, quand certains souhaitent l’étendre à ceux qui sont victimes de graves problèmes de santé mentale. 

L’argument est le suivant : qui souffre de problèmes mentaux graves souffre autant que celui qui souffre physiquement. 

Nul ne le conteste, même s’il souffre probablement autrement, dans son âme plutôt que dans sa chair. 

Mais telle n’était pas la fonction initiale de cette loi. Elle devait, redisons-le, abréger les souffrances atroces d’une personne en fin de vie. Elle ne sert plus seulement à cela. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Elle change de fonction 

Car la souffrance humaine peut prendre plusieurs visages. Celui de la dépression. Celui d’une infinie tristesse. Celui, aussi, de la lassitude existentielle, qui s’empare d’un homme se demandant à quoi sert sa présence sur terre et qui traverse chaque jour et chaque nuit dans l’angoisse du vide ou de l’insignifiance. 

Michel Houellebecq, dans son livre La carte et le territoire, a imaginé ce monde venir, sans cacher qu’il le révoltait. 

Chose certaine, nous nous en rapprochons. Car on trouve derrière l’extension du droit au suicide assisté une tendance lourde de notre temps, soit un individualisme qui tend à sacraliser et absolutiser le désir de chaque personne, quel qu’il soit. 

Et on en arrivera, tôt ou tard, à un monde où chacun pourra réclamer soit à l’État, soit aux entreprises qui s’en feront une spécialité, le droit de l’aider à mettre fin à ses jours. 

Philosophie

On me dira que j’imagine un scénario catastrophiste. Je ne parle pas du monde de demain. Mais peut-être d’après-demain. 

Faut-il vraiment étendre ce droit de manière immodérée, sans voir les dérives dont il est porteur ? À tout le moins, il faudrait éviter d’aborder ces préoccupations comme si elles étaient vaines, et même injustifiées. 

Nous aurions besoin, en fait, d’un peu de philosophie dans ce débat.

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