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«Laissez-nous travailler, arrêtez de nous endetter»

Joey Maalouf résume bien le sentiment de plusieurs employés du secteur

Joey Malouf
Photo Olivier Bourque Joey Maalouf, fille du propriétaire du restaurant La Flamberge.

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Assise au bar du restaurant La Flamberge, un établissement bien connu dans l’arrondissement de Montréal-Nord, Joey Maalouf essaie de garder le moral, mais l’hiver s’annonce long. « Laissez-nous travailler, arrêtez de nous endetter », lance-t-elle comme un message au gouvernement caquiste.  

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Lors du passage du Journal, hier après-midi, la jeune restauratrice doit jouer à la pieuvre. Elle sert les cafés, prépare les assiettes, elle est un peu partout derrière le bar, mais elle prend le temps de nous parler de son quotidien des derniers mois. 

« J’ai pensé tout abandonner, sérieusement, dit-elle. J’ai travaillé de 60 à 75 heures par semaine lors des derniers mois. On comprend la situation, mais pour nous c’est très difficile et on sent que le gouvernement est mal préparé ».

Joey pensait se refaire durant la période des Fêtes. Les frigidaires étaient pleins, mais à partir du milieu de la semaine, les annulations se sont succédé. « Le restaurant sera presque plein en fin de semaine pour un souper dansant. Ce sera notre dernière grosse activité », se désole-t-elle. 

Pas besoin d’un autre prêt

Malgré le contexte dramatique, Joey Maalouf ne veut surtout pas d’une nouvelle aide du gouvernement caquiste, qui a surtout réussi, selon elle, à endetter l’entreprise.  

« On ne veut pas de prêts, car ce que je reçois, je vais devoir le rembourser. Ce n’est pas un cadeau que le gouvernement me fait. Et cet argent-là, ça me permet à peine de payer mes paiements », dit-elle, dépitée. 

Selon elle, les programmes mis de l’avant par Québec lors des autres vagues de restrictions sanitaires étaient mal adaptés pour le secteur de la restauration.

« Le provincial, c’était très compliqué, ça prenait des mois à obtenir de l’aide. Le fédéral c’était beaucoup plus facile, c’était direct et c’est ce qu’on a besoin », pense-t-elle. 

Clientèle et employés en baisse

Lors des derniers mois, les fermetures brutales, les réouvertures, l’imposition du passeport sanitaire ont créé une instabilité inédite. « J’ai perdu 50 % de ma clientèle et de la main-d’œuvre. Et on voit beaucoup de restaurateurs qui ont abandonné, qui disent merci et au revoir. »  

De fait, selon des données transmises par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), le secteur de la restauration a subi les pires contrecoups de la pandémie avec une dette moyenne qui atteint maintenant 200 000 $. 

« C’est un deuxième paiement d’hypothèques, donc tout ce qui arrive, ça fait extrêmement mal », constate François Vincent, vice-président à la FCEI. 

« On aurait tellement besoin de nos revenus. Le contexte est difficile, car en plus, tout coûte plus cher, les aliments, les fournisseurs, l’inflation est hors de contrôle », conclut Joey, en haussant les épaules.

Aide directe et ciblée demandée  

Le message est clair pour Québec et Ottawa : le secteur de la restauration a besoin d’une aide ciblée et rapide.

« On souhaite avoir des subventions ou des crédits sur les versements de la TVQ. Il faut être créatif et trouver un moyen qu’il en reste dans les poches de nos restaurateurs », indique au Journal Martin Vézina, porte-parole de l’Association Restauration Québec. 

Québec a deux mesures pour aider les entreprises touchées, le Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE) et le Programme d’aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME), mais dans les deux cas, il s’agit de prêts. 

« Ce qu’on demande, c’est une aide directe. Le secteur n’a pas besoin de prêts ou des prêts pardonnables », précise M. Vézina. 

Programmes adaptés

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) exhorte d’ailleurs le gouvernement à donner plus de temps aux entrepreneurs pour payer leur prêt.  

À Ottawa, on vient tout juste d’adopter le projet de loi C-2, qui permettra à certaines entreprises d’avoir accès à une aide directe dans le cadre du Programme de relance pour le tourisme et l’accueil (PRTA) et du Programme de relance pour les entreprises les plus durement touchées (PREDT).

« Le gouvernement a adapté ses programmes depuis le début de la pandémie et on demande à ce qu’il le fasse encore pour les entreprises touchées négativement », souligne François Vincent, de la FCEI. 

LISTE DES PROGRAMMES POUR LES ENTREPRISES TOUCHÉES  

QUÉBEC  

(deux prêts d’urgence aux PME)  

  • Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE)    
  • Programme d’aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME)       

OTTAWA  

(subventions salariales et de loyer)  

  • Programme de relance pour le tourisme et l’accueil (PRTA)    
  • Programme de relance pour les entreprises les plus durement touchées (PREDT)