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J’ai ta photo dans ma chambre

Badou Jack a réalisé ce bijou de montage où on voit des visages ensanglantés. Des boxeurs qui ont tous reçu un coup de tête de Marcus Browne. On reconnaît Badou Jack sur la première photo. La coupure a nécessité 80 points de suture. En bas, au centre, Jean Pascal, et à sa droite Artur Beterbiev.
Photos courtoisie Badou Jack a réalisé ce bijou de montage où on voit des visages ensanglantés. Des boxeurs qui ont tous reçu un coup de tête de Marcus Browne. On reconnaît Badou Jack sur la première photo. La coupure a nécessité 80 points de suture. En bas, au centre, Jean Pascal, et à sa droite Artur Beterbiev.

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La photo qui illustre cette chronique, c’est Badou Jack qui l’a fait parvenir vers minuit et demi à Russ Anber.

Russ, qui regardait le combat dans son sous-sol à cause de la COVID.

Et Russ l’a vite refilée à son protégé Luc-Vincent Ouellet, un des héros de la soirée de vendredi au Centre Bell.

C’est un montage des derniers adversaires de Marcus Browne. Tous blessés, tous ensanglantés par un coup de tête de Browne. Le pire étant Badu Jack, qui avait eu besoin de 80 points de suture pour fermer la plaie. 

On était dans le couloir devant les deux portes des petites pièces qui servaient de refuge aux médecins qui recousaient le front d’Artur Beterbiev.

Et toutes les plus belles petites histoires de boxe se déroulaient là, devant deux portes closes qu’on entrouvrait de temps en temps pour refiler une information à Marc Ramsay.

LE MEILLEUR ARBITRE

Ramsay était surtout content de l’accueil fait à Beterbiev après le combat.

En entendant les cris et les acclamations, j’ai glissé à Artur... tu vois, ils t’aiment pour de vrai. J’ai senti chez lui comment ça lui faisait plaisir. Ça le comblait, racontait Ramsay.

Puis Mike Griffin est venu saluer Beterbiev, mais le champion était étendu dans une pièce, un drap bleu étendu sur lui, le visage couvert par un linge sanitaire qui laissait une ouverture à la hauteur du front.

Après les salutations d’usage, Ramsay a raconté à deux jeunes fans présents que ce Mike Griffin était le meilleur arbitre au monde, qu’il ne paniquait jamais et qu’il se sentait toujours en confiance quand il était l’arbitre d’un match.

Effectivement, un Gary Rosato, pourtant un vétéran, panique souvent pendant un combat. 

Savez quoi ? Heureusement que Mike Griffin est expérimenté. Un arrêt pour coupure dans le cinquième aurait donné le titre à Marcus Browne. Même que le juge Benoît Roussel avait Browne 3-0 en avance après trois rounds. Sérieux, Benoît, t’étais assis où ? Tu regardais quel combat ?

LA COUPURE D’UN RÊVE

Puis le brouhaha s’est accentué. Luc-Vincent Ouellet qui venait de vivre la plus angoissante expérience dans sa carrière de cutman est arrivé pour la jase.

« Je rentrais mon pouce dans la plaie, tellement c’était profond. Juste essayer de mettre de la vaseline déclenchait le sang. Le pire, vous ne me croirez pas, cette maudite coupure, je l’avais rêvée », s’est mis à raconter Luc-Vincent avec des yeux encore... surpris.

« Tous les soirs, je me couche avec Liocha, mon petit gars de trois ans. On s’endort ensemble. Il y a une dizaine de jours, je me suis endormi avec lui comme d’habitude. Sauf que je me suis mis à rêver qu’Artur se faisait couper au front... ça saignait... ça saignait... pis on n’arrivait pas à arrêter le sang... c’est capoté... y est des moments à soir que j’avais l’impression de revivre mon rêve », de dire Ouellet.

C’était un soir d’histoires extraordinaires. À un moment donné, ESPN a montré en gros plan la main droite de Luc-Vincent Ouellet en train de traiter Beterbiev. L’écran a montré la montre du cutman. Et au même instant, sur l’écran de la montre intelligente, on peut lire : « Misha calling »...

– « Misha était tranquille à la maison avec le petit. Elle ne regardait pas le combat. Elle voulait savoir si je rentrerais ou si je coucherais à l’hôtel...

Mettons que le chum était pas mal occupé. 

ARTUR ET LES JEUNES

Vincent et Zach étaient heureux de rencontrer Artur Beterbiev vendredi soir après le combat.
Photo courtoisie
Vincent et Zach étaient heureux de rencontrer Artur Beterbiev vendredi soir après le combat.

Artur, le front orné d’un beau zipper, a fini par apparaître. Souriant et heureux de sa victoire. Il a posé avec Zach et Vincent, deux jeunes qui venaient d’assister au combat d’une vie, et a même échangé quelques mots en souriant avec eux. 

Puis, il s’est dirigé vers la salle de conférence de presse où l’attendaient King Matt et les autres.

Hier matin, restait Yvon Michel. Le promoteur était très heureux de la tournure des évènements. En fait, on a eu droit à de nombreux combats décevants. Mais quand les fans s’offrent une finale de cette envergure, ils oublient que Marie-Ève Dicaire affrontait une jeune madame du Mexique en classe 101 technique de boxe et que Yan Pellerin a peiné dix rounds avec un 160 livres, engraissé de 30 livres. Ça devait brailler chez ESPN. Dix rounds. Misère, dix rounds.

« Les déclarations gouvernementales nous ont nui. Mais on a touché des recettes de sièges qui valent les combats d’Adonis Stevenson. Et sans l’alerte COVID, on aurait fait beaucoup mieux.

Même Lyne Robitaille a annulé. Comme Marcel Aubut, Érik Ryan, Laurent Poulin, George Gantcheff et plusieurs autres grosses pointures.

Quant aux médias, c’était génial. Repoussés tout au fond, les toilettes étaient proches. Yvon Michel s’est engagé à remédier à cette situation. Certains coups ont échappé aux professionnels...

Mais pour le reste, comme le chantait Elvis... « It Was...oh...Such a Night ! »