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Réforme du mode de scrutin abandonnée: un cadeau des Fêtes inattendu et détestable

Jean-Pierre Charbonneau est le président du Mouvement démocratie nouvelle et l'ancien président de l’Assemblée nationale du Québec.
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Jean-Pierre Charbonneau est le président du Mouvement démocratie nouvelle et l'ancien président de l’Assemblée nationale du Québec.

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Monsieur le Premier Ministre,

Le vendredi 17 décembre, en milieu d'après-midi, une semaine avant Noël et alors que les travaux parlementaires étaient déjà suspendus depuis déjà quelques jours, l'un de vos principaux conseillers nous a avisés par téléphone que vous, votre gouvernement, vos députés et votre parti renonciez à votre engagement électoral de faire adopter pendant ce mandat un nouveau mode de scrutin de type proportionnel. Plus encore et plus grave, il nous a indiqué que vous n'avez pas l'intention de faire du changement du mode de scrutin un enjeu de la prochaine élection et donc de rester cohérent, en faveur d’une réforme fondamentale. Clairement, par votre reniement, vous vous faites le fossoyeur d'un projet à haute teneur démocratique, dont vous vous étiez présenté comme le nouveau héros! Voilà un cadeau des Fêtes inattendu et détestable.

En somme, non seulement vous trahissez votre parole et votre signature, mais vous reniez tous les discours et tous les propos tenus depuis huit ans par vous, vos responsables du dossier et les membres de votre parti, vous qui aviez embrassé le plaidoyer en faveur de la pertinence et de l’importance d’abandonner le vieux mode de scrutin hérité de l’Angleterre.

Monsieur Legault, les membres du Mouvement Démocratie Nouvelle et les dizaines de milliers de personnes appartenant aux quelque 80 grandes organisations citoyennes de la Coalition pour la réforme électorale maintenant! ne vous ont jamais forcé à faire les nombreuses promesses sur ce sujet depuis 2014. Ils ne vous ont jamais obligé à dire que vous feriez mieux que tous les autres chefs politiques avant vous, que vous ne feriez pas un Justin Trudeau de vous-même, que ce serait encourager le cynisme des gens envers les politiciens que de ne pas mener à terme cette réforme fondamentale.

Votre conseiller politique a bien tenté de mettre sur le dos de la pandémie votre décision, mais, poussé dans ses derniers retranchements, il a fini par dire que ce sont d’abord et avant tout vos députés qui ne veulent pas aller plus loin maintenant et durant les prochaines années! Pourtant, vous leur aviez déjà fait une concession majeure en renonçant à mettre en place, comme promis, le nouveau mode de scrutin pour l’élection générale de 2022. Vos députés avaient ainsi l’assurance de pouvoir profiter en octobre prochain des avantages tordus du système en place depuis 1792 qui, si les tendances se maintiennent, produira une Assemblée nationale où plus de la moitié des Québécois et Québécoises qui s’opposent à votre gouvernement sera encore plus gravement sous-représentée.

En enterrant définitivement le projet de réforme que le MDN défend depuis 1999, vous jetez aux orties non seulement des années de labeur et de militantisme non partisan, mais vous tuez tout espoir d’une démocratie représentative fondée sur le respect de la volonté populaire plurielle et l’équité, comme il en existe depuis fort longtemps dans une majorité de sociétés avancées.

Vous vous étiez inscrit dans la lignée du grand René Lévesque, lequel considérait le mode de scrutin actuel comme «démocratiquement infect» à cause des distorsions électorales et des abus de pouvoir qu’il génère. Avec votre décision, vous rejoignez le camp des politiciens qui ont leurré leur population pour prendre le pouvoir et qui, une fois bien installés au poste de commandement, ont cavalièrement changé de cap pour conserver tous les avantages partisans que représentent le statu quo et ses distorsions outrageantes.

Monsieur le Premier Ministre, nous vous avons cru. Nous avons cru en votre ministre. Aujourd’hui, devant votre volte-face, nous sommes dégoûtés. Oui, dégoûtés et atterrés par ce recul démocratique majeur et ce manque d’éthique honteux. Nous sommes outrés aussi par votre décision de ne pas l'annoncer publiquement vous-même en prenant la peine de vous expliquer. Il y a là un manque de respect, de courage et d'honneur qui doit rester dans les mémoires sous la rubrique des pages sombres de notre histoire politique. 

Jean-Pierre Charbonneau
Président du conseil d’administration du MDN

et les autres membres du CA:
Françoise David
Sylvie Cantin
Luc Bordeleau
Marie-Claude Bertrand
Henri Milner
Shahad Salman
Jean-François Delisle
Mireille Bénard
Jean-Benoit Ratté
Charles-Émile Fecteau

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