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Trois mois au cœur du territoire innu

Laure Morali
Photo courtoisie, Sarah Rouleau

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Laure Morali, écrivaine montréalaise née en Bretagne, a eu le privilège extraordinaire de passer trois mois au cœur du territoire innu en compagnie d’un aîné de la communauté d’Ekuanitshit (Mingan), Shimun. Elle fait la bouleversante chronique d’une rencontre avec un territoire, un peuple et un être d’exception dans son récit En suivant Shimun.

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En voyage vers le Nord-du-Québec, la narratrice fait halte à Ekuanitshit, où elle fera connaissance avec Penassin et Nuenau, deux sœurs, et Shimun, leur père. L’automne venu, Shimun l’invite à parcourir avec lui Nutshimit, son territoire, au cœur de la péninsule Québec-Labrador.

La narratrice fait un apprentissage profond avec la glace, la montagne, le vent, le feu, les animaux – la nature et le territoire – et voit comment Shimun transmet, avec cœur, son savoir, ses connaissances, sa spiritualité.

Laure Morali a fait cette expédition de trois mois il y a une vingtaine d’années. Son récit, dense, riche, hypnotique, dépeint le Nord, l’importance de la culture innue, la quête de transmission.

Laure Morali
Photo courtoisie

Sa relation avec la famille de Shimun, et plus largement avec les membres de la communauté d’Ekuanitshit, l’a marquée profondément. 

« C’est la chose la plus riche qui me soit arrivée, en termes de rencontre et d’amitié, sur la durée, et puis le séjour dans le bois lui-même. C’est comme d’avoir accès à une autre temporalité, comme si on m’ouvrait tout un passé, la mémoire d’une terre sur des milliers d’années », commente-t-elle.

Elle ressent beaucoup de gratitude envers Shimun et vénère la tradition orale qu’il incarnait. 

« On se rend compte, quand on est là-bas, de l’incroyable richesse que représente sa connaissance des territoires, des noms de lieux, comme s’il avait la carte dans sa tête, sa connaissance des légendes, des récits traditionnels, mais tout ça fait avec beaucoup de simplicité, sans que ce soit impressionnant. C’était tout dans le naturel du quotidien. »

Un privilège

Laure Morali avait confiance au côté unique et incroyable de ce qui se passait. Aujourd’hui, elle est heureuse d’avoir eu le privilège de séjourner sur un territoire situé à 250 km au nord de Mingan, accessible après presque deux heures de vol en hydravion. 

« Je ne m’en rendais pas particulièrement compte, à l’époque. Ça se faisait naturellement. Mais oui, c’est un privilège. Qu’on soit de n’importe quelle communauté ou origine, même pour un Innu, c’est un privilège de se rendre dans le territoire avec un aîné. »

Elle s’est offert cette parenthèse hors du commun. 

« Il faut se dire que pendant trois mois, ma vie va être autre chose, et tant pis pour le reste. Je crois que les aînés ont toujours envie de transmettre et s’ils trouvent quelqu’un qui a le respect pour, ils vont être heureux de le faire. » 

EXTRAIT 

« Shimun attend que le vent se calme pour que l’avion nous emporte dans le territoire. Depuis une semaine, la tempête nous retient dans la maison au milieu des sacs et des boîtes. Nous devons nous tenir prêts à l’appel du pilote. Nous avons acheté des provisions de nourriture pour tenir au moins deux mois dans le bois. On m’a offert une paire de raquettes tressées de lanières de babiche. Maniten m’a tricoté des chaussettes de laine et confectionné un chapeau en fourrure de lièvre arctique. »


  • Laure Morali est originaire de Bretagne et vit à Montréal. 
  • Elle a écrit des récits, des romans et des recueils de poèmes. 
  • Elle a dirigé l’anthologie Aimititau ! Parlons-nous ! chez Mémoire d’encrier, un projet qui a contribué à renforcer les liens entre les auteurs du Québec et des Premières Nations.