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Décès à 90 ans de Desmond Tutu, icône de la lutte contre l’apartheid

L'archevêque Desmond Tutu en 1985
Photo d'archives, AFP L'archevêque Desmond Tutu en 1985

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LE CAP | C’est la dernière des grandes icônes de la lutte contre l’apartheid: l’archevêque Desmond Tutu, la conscience de l’Afrique du Sud, mais aussi un grand espiègle et un rire puissant, est mort dimanche à 90 ans.

• À lire aussi: Mort de Frederik de Klerk, dernier président blanc d’Afrique du Sud

Jusqu’à tout récemment, le prix Nobel de la paix a imposé sa petite silhouette violette et son franc-parler légendaire pour dénoncer les injustices et écorner tous les pouvoirs.

Le président Cyril Ramaphosa a exprimé «sa profonde tristesse» face au décès de ce «patriote sans égal», «un homme d’une intelligence extraordinaire, intègre et invincible contre les forces de l’apartheid», qui laisse une veuve, «Mama Leah», et leurs quatre enfants.

Cette mort représente «un nouveau chapitre de deuil dans l’adieu de notre nation à une génération de Sud-Africains exceptionnels qui nous ont légué une Afrique du Sud libérée», a-t-il ajouté, un mois après la mort de Frederik de Klerk, dernier président blanc du pays.

Après l’avènement de la démocratie en 1994 et l’élection de son ami Nelson Mandela, Desmond Tutu avait donné à l’Afrique du Sud le surnom de «Nation arc-en-ciel». Il avait présidé la Commission vérité et réconciliation (TRC), dont il espérait qu’elle permettrait de tourner la page de la haine raciale.

L'archevêque Desmond Tutu et Nelson Mandela en 2003
Photo d'archives, AFP
L'archevêque Desmond Tutu et Nelson Mandela en 2003

The Arch, comme le surnomment affectueusement les Sud-Africains, était affaibli depuis plusieurs mois. Souffrant depuis longtemps d’un cancer de la prostate, il est sans doute mort de vieillesse, paisiblement, à 7 h dimanche, selon plusieurs de ses proches interrogés par l’AFP.

Il ne parlait plus en public, mais saluait les caméras présentes à chacun de ses déplacements, sourire et regard malicieux, comme lors de sa vaccination contre la COVID-19 ou en octobre à la cérémonie célébrant ses 90 ans.

Une prière a été organisée à la cathédrale St. George, son ancienne paroisse. Des passants viennent déposer des fleurs et se recueillir. 

«C’est si triste», soupire auprès de l’AFP Miriam Mokwadi, infirmière retraitée de 67 ans. «Tutu était un vrai héros pour nous, il s’est battu pour nous», dit-elle, émue, tenant sa petite fille par la main. 

D’autres se succédaient devant sa maison du Cap, ou encore devant celle que l’archevêque avait conservée à Soweto, un township de Johannesburg, selon des journalistes de l’AFP.

Perte «incommensurable»

En signe de deuil, les joueurs de cricket sud-africains ont aussi porté un brassard noir au premier jour d’une importante compétition contre l’Inde, près de Johannesburg.

«Nous pleurons sa disparition», a réagi l’archevêque anglican du Cap, Thabo Makgoba, mais nous célébrons «aussi la vie d’un homme profondément spirituel».

L'archevêque Desmond Tutu en 2003
Photo d'archives, AFP
L'archevêque Desmond Tutu en 2003

«Il ne craignait personne [...]. Il contestait les systèmes qui rabaissaient l’humanité», a-t-il rappelé, tout en pardonnant quand «les auteurs du mal connaissaient un vrai changement de cœur».

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, s’est dit «profondément attristé», et la fondation Mandela a qualifié sa perte d’«incommensurable»: «C’était un être humain extraordinaire. Un penseur. Un leader. Un berger.»

Desmond Tutu s’était fait connaître aux pires heures du régime raciste de l’apartheid. Alors prêtre, il organise des marches pacifiques contre la ségrégation et plaide pour des sanctions internationales contre le régime blanc de Pretoria. 

Sa robe lui a épargné la prison. Son combat non violent avait été couronné du prix Nobel de la paix en 1984.

Après l’apartheid, fidèle à ses engagements, il avait dénoncé les dérives du gouvernement de l’ANC, des errements dans la lutte contre le sida aux scandales de corruption.

L'archevêque Desmond Tutu en 1986
Photo d'archives, AFP
L'archevêque Desmond Tutu en 1986

En 2013, il avait même promis de ne plus voter pour le parti fossoyeur de l’apartheid: «Je n’ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d’autres qui pensent en être aussi.»

Parmi ses autres combats, il a aussi défendu les homosexuels — «Je ne vénérerais pas un dieu homophobe [...]. Je refuserais d’aller dans un paradis homophobe» — et milité pour le droit au suicide assisté.

La dernière fois que le pays a eu de ses nouvelles, c’était le 1er novembre. Loin des regards, il avait voté aux élections locales. 

Autres réactions        

  • Le président Uhuru Kenyatta a estimé que «le décès de l’archevêque Desmond Tutu est un coup dur non seulement pour la République d’Afrique du Sud, où il laisse derrière lui une empreinte immense en tant que héros de la lutte contre l’apartheid, mais aussi pour tout le continent africain, où il est profondément respecté et célébré en tant qu’artisan de la paix.» «L’archevêque Tutu a inspiré une génération de dirigeants africains, qui ont adopté ses approches non violentes dans le combat pour la libération», a-t-il dit.    
  • Pour Bobi Wine, leader de l’opposition ougandaise, «la nouvelle du décès de l’archevêque Desmond Tutu est très triste». «Un géant est tombé. Nous remercions Dieu pour sa vie — une vie bien remplie, véritablement vécue au service de l’humanité», a-t-il écrit sur Twitter.    
  • Desmond Tutu «était un ami, un mentor et un phare moral pour moi et pour tant d'autres», a réagi dimanche l'ancien président américain Barack Obama après le décès de l'icône de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud. «Esprit universel, l'archevêque Tutu trouvait ses racines dans le combat pour la liberté et la justice dans son propre pays, mais il était également préoccupé par l'injustice où qu'elle se trouve», a encore écrit Barack Obama, autre prix Nobel de la paix, sur Twitter.  
  • Le «combat» de Desmond Tutu «pour la fin de l'apartheid et la réconciliation sud-africaine restera dans nos mémoires», a salué le président Emmanuel Macron dans un tweet. Mgr Tutu «consacra sa vie aux droits de la personne et à l’égalité des peuples».   
  • Le président du Conseil européen — qui représente les 27 pays de l'UE —, Charles Michel, a rendu hommage à «un homme qui a donné sa vie à la liberté avec un engagement profond pour la dignité humaine. Un géant qui s'est dressé contre l'apartheid».   
  • Le chef spirituel des anglicans et archevêque de Canterbury, Justin Welby: «Dans les yeux de Desmond Tutu, nous avons vu l’amour de Jésus. Dans sa voix, nous avons entendu la compassion de Jésus. Dans son rire, nous avons entendu la joie de Jésus. C’était beau et courageux. Son plus grand amour est maintenant réalisé, alors qu’il rencontre son Seigneur face à face.»    
  • Le dalaï-lama a salué un «grand homme, qui a vécu une vie pleine de sens», tandis qu'il était «entièrement dévoué au service de ses frères et sœurs». «L’amitié et le lien spirituel entre nous étaient quelque chose que nous chérissions», a-t-il dit de son vieil ami.    
  • Le Groupe des Sages, créé en 2007 par Nelson Mandela et qui rassemble des personnalités publiques travaillant aux grands problèmes mondiaux, a rendu hommage à l’archevêque, une «inspiration» pour le monde, dont «l’engagement pour la paix, l’amour et l’égalité» continuera «d’inspirer les générations futures».    
  • «Les Sages ont perdu un ami cher, dont le rire contagieux et le sens de l’humour espiègle les ont tous ravis et charmés», a réagi dans un communiqué le groupe qui compte dans ses rangs Ban Ki Moon ou Jimmy Carter, et dont Desmond Tutu a été le premier président.    
  • Benice King, la fille de Martin Luther King, a écrit sur Twitter que «nous sommes meilleurs parce qu'il était ici [de ce monde, NDLR]».   
  • Le musicien britannique Boy George s’est dit «heureux» d’avoir eu la chance de rencontrer Desmond Tutu. «Il était en effet une belle âme qui m’a donné la foi dans le fait que certains humains ont une grande force d’amour. Un homme étonnant, une énergie puissante et l’un des meilleurs [enfants, NDLR] de Dieu! R.I.P.»        

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