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Fitzgibbon a envisagé de ne pas revenir après son exclusion

Il trouvait ridicules les attaques au sujet de son intégrité

Quebec
Photo d’archives, Stevens Leblanc Le ministre de l’Économie et de l’Innovation Pierre Fitzgibbon, en point de presse, au moment de la 2e réprimande de la Commissaire à l’éthique à son endroit, il y a un peu plus d’un an.

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Les grands remords et l’autoflagellation, très peu pour Pierre Fitzgibbon. Au terme d’une année mouvementée où il a été exclu du conseil des ministres puis réintégré, le principal intéressé défend à nouveau son intégrité et sa différence, lors d’une entrevue avec Le Journal accordée il y a quelques jours.

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« Oui, je suis spécial, je suis différent de tout le monde. Mais ça ne fait pas de moi une bonne ou une mauvaise personne », avoue le ministre de l’Économie qui a parfois mis le gouvernement caquiste dans l’embarras.  

« S’il y avait juste des Pierre Fitzgibbon, je pense que ça ne marcherait pas. La force d’un gouvernement, c’est d’avoir une complémentarité », plaide-t-il.  

Il faut dire que 2021 a été tout sauf un long fleuve tranquille pour lui. Blâmé plusieurs fois par la Commissaire à l’éthique qui lui demandait de se départir de ses participations dans Immervision et White Star Capital, deux entreprises qui font affaire avec l’État, il aura dû quitter son poste de ministre en juin dernier. Puis, il aura été réintégré quelques mois plus tard, après avoir vendu ses actions.

« Il n’y a personne, il n’y a pas un journaliste qui va pouvoir me dire dans les yeux, vous avez manqué d’éthique, ce n’est pas vrai », clame M. Fitzgibbon qui soutient n’avoir jamais été en situation de conflit d’intérêts, ni dans ce dossier, ni dans celui du Programme PACTE

Lors de ce purgatoire de trois mois, celui qui s’est forgé une réputation de franc-tireur du gouvernement avoue toutefois avoir songé plusieurs fois à quitter la politique, devenue un terrain miné pour lui.

Rester pour finir le boulot

« J’ai failli ne pas revenir, car honnêtement, je trouve cela ridicule. Mais en même temps, il y avait une question de perception. Je me suis dit : “Si les gens ont des problèmes avec cela, je suis de bonne foi, l’éthique c’est une de mes qualités.” J’ai rationalisé tout cela », affirme-t-il. 

Mais il avoue être resté pour continuer son travail (à moitié complété selon lui) et affirme qu’il avait l’appui de François Legault, qu’il connaît depuis 1978, année de leur promotion aux HEC.  

« Si le premier ministre m’avait dit, monsieur Fitzgibbon, merci, bon travail, on passe à autre chose, je serais parti chez nous. Je ne suis pas accroché à ce travail-là, même s’il me motive beaucoup », relate-t-il. 

Il continue de penser que l’application du code d’éthique devra être revue. Par exemple, il croit qu’un ministre pourrait conserver des participations dans une entreprise, mais que si celle-ci fait affaire avec le gouvernement, le dossier pourrait être traité par le ministre des Finances ou le Conseil du trésor. 

« Il ne faut pas que le ministre détienne un actif et soit dans une situation de conflit, ça je l’accepte. [...] Mais l’application du code est désuète. J’ai été au conseil de la Caisse de dépôt et placement [...] et son code d’éthique est pas mal plus robuste et intelligent que celui du gouvernement », assure-t-il.  

Plusieurs mois plus tard, il continue de s’interroger sur la place des gens d’affaires dans un gouvernement. « Est-ce qu’on aurait un meilleur environnement économique, si le ministre ne connaissait personne du milieu économique ? » se demande-t-il.  

Plus rigoureux qu’en affaires

Si ses adversaires l’accusent de faire de la politique comme les affaires, ce dernier s’en défend vigoureusement. 

« Il ne faut pas être aussi rapide qu’en entreprise, parce qu’il y a un impact beaucoup plus grand. [...] Quand on prend une décision, comme ministre, ça affecte toute la population, je pense qu’il faut un cadre bien rigoureux. J’ai modéré mon anxiété », raconte-t-il. 

Malgré les hauts et les bas, le ministre continue d’être motivé par son travail et se voit comme « le chef du développement économique du Québec ». « Je ne sais pas si je suis bon dedans, c’est un poste qui moi m’excite beaucoup », constate-t-il. 

Le ministre avoue aussi aimer son travail de député dans sa circonscription de Terrebonne. « Ça nous ramène à la réalité. Je pense que j’aime beaucoup les gens. » 

Mais la partie la plus ardue pour l’ex-homme d’affaires demeure la joute politique et les travaux parlementaires. 

« Moi j’aime mieux être dans mon bureau comme ministre, travailler avec des entreprises. Même si je n’aime pas être assis au salon bleu, je pense que c’est un travail qui est important pour le Québec », dit-il. 

Il démontre la même ambivalence envers les journalistes avec lesquels la relation demeure tendue, mais moins qu’à ses débuts en politique. 

« Je m’amuse un peu avec les médias. Les journalistes, c’est comme les politiciens, il y en a des bons et il y en a des pas bons. [...]Les médias, j’avais un peu de difficulté au début, et j’étais dans l’erreur, car vous avez un rôle important à jouer », laisse-t-il tomber, sans filtre.

Une obsession pour l’éducation  

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon l’avoue candidement. Le plus important ministère du gouvernement est celui... de l’Éducation.

« Je suis venu en politique, car j’adhérais au discours de M. Legault. Je pense qu’il faut créer de la richesse collective, considérant notre pauvreté relative. Il faut réinvestir dans les services sociaux et plus encore dans l’éducation. C’est un discours qui m’a beaucoup allumé, alors je suis venu ici pour contribuer à ma façon », dit-il en entrevue avec Le Journal.  

Le ministre qui a travaillé un peu partout sur la planète notamment à Hong Kong ou en Afrique veut augmenter la scolarisation des jeunes Québécois et il en fait une obsession. 

« Je pense que le Québec est sous-éduqué si on compare à d’autres États comme la Corée du Sud, Singapour, les États-Unis ou Israël. La scolarisation a beaucoup augmenté au Québec, mais je pense qu’on a encore beaucoup à faire », constate-t-il.

Passer à l’étape suivante

Celui qui se réclame tant de Robert Bourassa que de René Lévesque, qui a voté Oui en 1980 et Non en 1995, dit avoir le cœur à gauche et le discours économique plus à droite, mais il plaide pour une intervention ciblée dans l’économie.  

« Je suis de cette génération qui a bénéficié de la Révolution tranquille. Notre travail, c’est de prendre cela, d’aller l’amener vers d’autres étapes. Je pense que le Québec a un avantage comparatif par rapport à d’autres juridictions. Mais il faut focaliser sur les bons secteurs, on ne peut pas être bon dans tout », constate-t-il. 

« Quand on regarde l’avantage du Québec au niveau énergétique, au niveau de ce qu’on peut faire pour aider à verdir le monde, je pense que beaucoup de gens disent “Wow” en regardant le Québec », poursuit le ministre. 

Miser sur nos forces

Le Québec doit donc miser sur ses forces pour devenir « champion mondial » comme l’aluminium vert, l’aéronautique ou la filière batterie. 

« Tout le monde se bat pour obtenir des investissements dans ce secteur-là. Si on prend l’approche au Québec de dire : “Nous, on est beaux, fins, intelligents et sympathiques, on parle deux langues, les gens vont venir”, ça n’arrivera pas ! Il faut que les gouvernements mettent de l’avant des programmes », constate-t-il. 

L’important pour lui est de mettre en place les conditions favorables pour convertir les ressources.  

« Une chose qu’on a reprochée à juste titre aux gouvernements précédents : pourquoi nos ressources naturelles, pourquoi on ne les convertit pas ? Je pense que dans le cas du lithium, du nickel et du graphite, on a une chance de les amener jusqu’au bout de la chaîne », croit-il.

L’électricité comme levier

M. Fitzgibbon croit aussi que le Québec devra continuer d’exporter son hydroélectricité, mais aussi en conserver pour développer l’hydrogène. 

« On va décarboniser l’acier, les transports, on va faire de l’aluminium vert. Gardons notre richesse qui est l’hydroélectricité, nos minéraux critiques, gardons ça ici, convertissons ici », plaide le ministre de l’Économie. 

Pour appuyer son intervention économique, ce dernier va miser sur la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SQRI) et sur son vaisseau amiral Investissement Québec qui a davantage de pouvoirs. 

« Oui, il va avoir plus d’interventions IQ, je pense que c’est requis. »  

Ralenti par la pandémie 

M. Fitzgibbon aurait toutefois souhaité être plus en avance dans son programme d’implantation, mais le contexte sanitaire a freiné ses ardeurs. 

« On a été en pandémie la moitié du temps. C’est sûr que c’est un peu frustrant. Il y a des choses que j’aurais aimé voir s’accélérer en termes d’implantation », croit-il. 

« Je suis à l’aise avec ce qu’on a commencé à faire [...] quand je finirai mon mandat, mon travail, j’aurai contribué à ma façon. Mais est-ce que j’aurais aimé qu’on soit en avance ? La réponse est oui. Je ne suis pas satisfait où on est rendu, mais je pense qu’il y a des circonstances », conclut-il. 

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