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Homicides en 2021: jamais autant de femmes tuées en 13 ans au Québec

Il s’agit de l’année la plus meurtrière depuis 2008 avec 26 décès

FEMINICIDES MEURTRES VIOLENCE CONJUGALE
Photo courtoisie, SOS Violence Conjugale SOS violence conjugale à l’origine de cette projection effectuée dans le Vieux-Montréal juste avant Noël.

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C’est un sommet jamais vu depuis 2008 ; 26 femmes ont été tuées en 2021 au Québec, dont la vaste majorité dans un contexte conjugal.

• À lire aussi: Charlesbourg: un double meurtre confirmé

« La violence conjugale est une autre sorte de pandémie en ce moment. C’est très préoccupant », lance Claudine Thibaudeau, de l’organisme SOS violence conjugale.

Selon des statistiques compilées par notre Bureau d’enquête et validées auprès des corps policiers, la province comptait en date d’hier 87 homicides en 2021.

Bien que cette donnée soit semblable à celles des dernières années, c’est le nombre inquiétant de femmes tuées qui retient davantage l’attention. Elles sont 26 à avoir perdu la vie abruptement, dont les deux tiers dans un contexte conjugal. 

Et cela n’inclut pas les mineurs tués cette année, dont cinq sur un total de neuf étaient de sexe féminin.

D’après les chiffres du ministère de la Sécurité publique, il faut remonter à 2008 pour trouver davantage de femmes adultes assassinées, soit 27.

« En termes de violence conjugale, énormément d’efforts sont faits par le SPVM [Service de police de la Ville de Montréal] », souligne le commandant de l’unité des crimes majeurs, Paul Verreault.

Plus de prévention

Celui-ci réfère notamment à la création en octobre de la nouvelle unité spécialisée en violence conjugale, qui intervient auprès des cas plus sensibles et à haut degré de dangerosité avant que l’irréparable ne soit commis.

« Il y a un constat qui a été fait en début d’année [après la vague de féminicides]. De là, il y a eu une prévention incroyable », abonde le capitaine de la section des Crimes contre la personne de la Sûreté du Québec (SQ), Marc Lépine.

Il fait entre autres allusion à la campagne publicitaire du gouvernement « Ce n’est pas à elle de changer, c’est à toi ».

Un nouveau projet-pilote est également en cours dans les régions de Laval et de la Montérégie pour les victimes de violence conjugale « dont la situation inspire un sentiment d’urgence ».

Sur référence d’un intervenant, celles-ci peuvent être admissibles à une aide financière d’urgence pour couvrir des coûts de transport, d’hébergement et de subsistance à court terme lorsque nécessaire.

« C’est clair que la pandémie a compliqué la situation des femmes, croit Claudine Thibaudeau, qui fait un lien direct avec le confinement. Ça restreint leurs opportunités de quitter et ça augmente les opportunités de l’agresseur [de passer à l’acte]. »

Souvent le couteau

Ce constat semble trouver écho dans les armes auxquelles les agresseurs ont eu recours. Considéré comme une arme de proximité, le couteau a été utilisé dans près d’un homicide conjugal sur deux, soit 46 %.

Une tendance que l’on peut également élargir à l’ensemble des meurtres de 2021, puisque 40 % ont été perpétrés avec une arme piquante ou tranchante, ce qui constitue un sommet.

– Avec Kathryne Lamontagne et Philippe Langlois 

HOMICIDES EN 2021  

Dans plusieurs grandes villes nord-américaines 

Québec : 4
Population : 549 937

Montréal : 37
Population : 2 069 849 

71 % résolus au Québec 

Ottawa : 16
Population : 1 043 130 

Toronto : 84
Population : 2 990 000 

Winnipeg: 42
Population : 766 900 

Calgary : 19
Population : 1 361 852 

Edmonton : 37
Population : 1 047 526 

Vancouver : 18
Population : 697 266 

New York : 479
Population : 8 804 190 

Philadelphie : 555
Population : 1 600 000 

Baltimore : 335
Population : 585 708 

Chicago : 794
Population : 2 716 450 

Houston : 467
Population : 2 304 580 

Dallas : 201
Population : 1 345 000 

Los Angeles : 359
Population : 3 898 747 

Un sommet de meurtres en 10 ans dans la métropole  

Montréal a connu son année la plus meurtrière en 10 ans, en grande partie à cause des gangs de rue, qui n’hésitent pas à utiliser leurs armes à feu à toute heure et en tous lieux, sans le moindre scrupule.

Trente-sept personnes ont été assassinées sur l’île en 2021. De ce nombre, 14 meurtres sont survenus dans ce que l’on a appelé le « Far-Est ». Il faut remonter à 2010 pour trouver autant de victimes d’homicides dans la métropole, et à 2007 pour en compter plus, soit 42. 

Mais le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd puisqu’on comptait pas moins de 139 tentatives de meurtre à la mi-décembre, selon des données obtenues par notre Bureau d’enquête.

D’après les rapports annuels de la police de Montréal, un tel pic n’avait pas été atteint depuis 2007.

Ces chiffres s’expliquent notamment par la hausse marquée des règlements de compte entre groupes rivaux.

Il y en a eu 16 en 2021, comparativement à deux l’an dernier.

« On ne peut pas écarter le phénomène de riposte, qui peut accentuer les évènements de violence », explique le commandant Paul Verreault, de la section des Crimes majeurs du SPVM.

Les armes à feu ont été utilisées plus souvent lors des homicides commis sur l’île de Montréal qu’ailleurs en province. 

C’est plus d’un assassinat sur deux (51 %) qui en résulte, alors que cette arme est recensée dans seulement 35 % des meurtres à l’échelle du Québec.

« Ce n’est pas vrai qu’on va accepter que les gens se mettent à se confronter avec des armes à feu sur notre territoire. Le SPVM met tous les efforts », martèle le commandant Verreault.

Priorité numéro 1

Plusieurs escouades concertées ont d’ailleurs été créées cette année pour lutter contre le fléau des armes à feu.

« Avant, il y avait les motards et la mafia. Maintenant, il y a les dangereux gangs de rue, insiste le capitaine Marc Lépine, des Crimes contre la personne à la Sûreté du Québec (SQ). Ils tirent à n’importe quelle heure et n’importe où. Et lorsqu’ils ont tiré, le groupe rival va tirer dans la première ou la deuxième heure qui suit, en représailles. [...] C’est la priorité numéro 1, s’attaquer aux gangs de rue présentement. »

C’est son escouade qui traite les homicides liés au crime organisé hors de Montréal. 

« Dans 66 % des fusillades reliées aux gangs de rue, ce sont [des jeunes] entre 17 et 25 ans [qui sont impliqués] », ajoute-t-il.  

Six homicides qui ont choqué le Québec  

DES ENFANTS PARTIS TROP TÔT

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Photo d'archives, Laurent Lavoie

Les policiers de Gatineau ont fait la macabre découverte des corps de deux fillettes, dans une résidence de la rue de Dunkerque, en septembre. Les petites dépouilles d’Orli Kpatcha, 3 ans, et de Liel Kpatcha, 5 ans, ne portaient pas de marques de violence, mais les autorités ont tout de même conclu qu’il s’agissait d’un double meurtre, suivi d’un suicide. Le père des deux bambines, Essodom Kpatcha, 51 ans, a aussi été trouvé mort sur les lieux.  

TROIS ADOS INNOCENTS ABATTUS 

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Photo d'archives, Agence QMI

Trois adolescents vraisemblablement sans histoire ont été tués dans la métropole en 2021. En février, Meriem Boundaoui (photo), 15 ans, a succombé à des blessures par balle. En octobre, c’était Jannai Dopwell-Bailey, 16 ans, qui périssait à la pointe d’un couteau. Le mois suivant, Thomas Trudel, également âgé de 16 ans, a été abattu en rentrant chez lui. Deux de ces trois homicides sont toujours irrésolus.  

MÈRE ET FILLE TUÉES CHEZ ELLES 

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Photo d'archives, Agence QMI

Myriam Dallaire et sa mère Sylvie Bisson ont connu une fin tragique, le 1er mars. Les deux femmes, respectivement âgées de 28 et 60 ans, ont été attaquées à coups de hache dans la maison bigénérationnelle qu’elles partageaient. 

Le tueur allégué, Benjamin Soudin était l’ex-conjoint de Mme Dallaire. Après avoir commis l’irréparable, l’homme de 33 ans aurait tenté de mettre fin à ses jours en provoquant un face à face avec une autre voiture à quelques kilomètres des lieux du drame. Il a toutefois survécu, et a été inculpé de deux chefs de meurtre non prémédité.  

VICTIME D’UN CONJOINT VIOLENT

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Photo tirée de Facebook

Nathalie Piché a été tuée à la mi-juin dans un logement du secteur Limoilou, à Québec. La mère de famille de 55 ans s’ajoutait ainsi à la liste déjà trop longue de féminicides qui frappaient la province. 

Son conjoint alors âgé de 33 ans a été accusé de meurtre prémédité. Si ce drame a autant choqué la population, c’est parce que Noureddine Mimouni avait préalablement été inculpé de voies de fait et de séquestration à l’égard de sa conjointe, six mois plus tôt. 

Il avait toutefois été relâché le jour même, sous conditions. 

Le mois dernier, les trois filles de la victime ont livré un vibrant plaidoyer pour demander que les hommes violents soient mieux encadrés, dans le cadre d’un reportage de l’émission J.E.  

FLAMBÉE DE VIOLENCE À MONTRÉAL 

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Photo tirée d'Instagram

Le nord-est de l’île de Montréal a été le théâtre de plusieurs assassinats cette année, résultat des guerres entre gangs de rue. Le 2 août, trois hommes ont été tués lors d’une fusillade survenue dans le secteur Rivière-des-Prairies. Jerry Willer Jean-Baptiste, alias Mackazoe (photo), Jefferson Syla et Molière Dantes ont péri sous les balles. Quatre hommes dans la vingtaine sont accusés de meurtres dans cette affaire. 

MEURTRE GRATUIT À LA BIJOUTERIE 

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Photo courtoisie

Le 11 août dernier, Manon Lavoie se trouvait au mauvais endroit au pire moment. La femme de 54 ans était allée faire remplacer la pile de sa montre dans une bijouterie de Saint-Hyacinthe lorsqu’un homme en crise l’a sauvagement attaquée. Marc-André Houle, un espoir déchu de la Ligue de baseball majeure, aurait volé un couteau dans le présentoir d’un autre magasin du centre commercial avant de déchaîner sa fureur sur la dame.

L’homme de 43 ans aurait ensuite volé un camion cube, puis déclenché une poursuite policière qui a mené à son arrestation 87 kilomètres plus loin, en Montérégie. Dans sa fuite, l’ancien athlète d’élite s’en serait aussi pris à une autre femme. 


87 VICTIMES

Hommes : 52

Femmes : 26

Enfants :

La plus jeune : une fillette de 2 mois. 

La plus âgée : une dame de 97 ans décédée lors d’un incendie criminel, dans une résidence pour aînés d’Anjou, à Montréal.


62 SUSPECTS

Hommes : 56

Femmes : 3

Adolescents :

Le plus jeune : un adolescent de 15 ans qui aurait tué sa mère.

Le plus âgé : un homme de 70 ans qui aurait tué son voisin, à Saint-Hyacinthe, en Montérégie.


ARMES UTILISÉES 

Arme blanche : 40 %

Arme à feu : 35 %

Force physique : 9 %

Objet contondant : 9 %

Feu : 1 %

Voiture : 0 %

Autre / inconnue : 6 %


MOBILES 

Violence intrafamiliale : 31 %

Querelle non préméditée : 28 %

Règlement de compte : 24 %

Involontaire / erreur sur la personne : 2 %

Psychiatrie : 1 %

En lien avec un crime sexuel : 1 %

Vol : 1 %

Autre / indéterminé : 12 %

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