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Lithium, un minerai blanc pour remplacer l’or noir

Lithium, un minerai blanc pour remplacer l’or noir
Photo courtoisie

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On le sait maintenant : le lithium est le nouvel or noir du XXIe siècle. Petit à petit, il remplace le pétrole, suscitant de nouveaux appétits, jusqu’à renverser des gouvernements légitimes comme on l’a vu il y a un an ou deux en Bolivie, qu’on dit posséder les plus grandes réserves de lithium au monde, alors que le président socialiste Evo Morales a été brutalement chassé du pouvoir. 

De quoi fomenter coups d’État et guerres, mais aussi espoirs d’un monde plus vert. Car le lithium est devenu, en quelques années, un véritable enjeu géopolitique, comme le pétrole l’était il y a plus d’un siècle, certains pays en possédant étant appelés à devenir l’équivalent de l’Arabie saoudite. On peut même affirmer que ce minerai jouera un rôle déterminant dans la diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES), liées au réchauffement climatique.

On trouve aujourd’hui le lithium « sous forme de petites piles plates dans les montres et les stimulateurs cardiaques, puis dans les appareils électriques, les outils, etc., et enfin, dans les trottinettes, les vélos, les automobiles, les autobus... jusqu’aux satellites ! » Mais son usage est beaucoup plus ancien. On raconte que la boisson gazeuse populaire Seven Up en contenait à son origine et qu’on l’utilisait pour traiter certains troubles psychiques comme la dépression et la bipolarité.

Si les énergies solaire et éolienne – en 2019, elles représentaient 8,5 % de l’électricité mondiale – ont le grand avantage de décarboniser notre société gavée au pétrole – au Québec, l’énergie éolienne représente 10 % de la production totale dans le monde –, elles ont aussi le désavantage de ne pas être toujours fidèles au rendez-vous. En effet, le soleil et le vent ne sont pas nécessairement là lorsqu’on en a besoin. Avec le lithium, c’est différent. Les batteries au lithium permettent de stocker l’énergie dont nous avons grand besoin, surtout en ce qui concerne l’industrie du transport. Les véhicules électriques sont appelés à remplacer, à moyen terme, nos vieux modèles à essence, même le monde de la Formule 1 s’y prépare. Quant à la Chine, le pays le plus peuplé de la planète, elle possède à elle seule près de la moitié des véhicules électriques en circulation dans le monde. Prévoyants et visionnaires, « les Chinois ont acheté des participations dans presque toutes les mines de lithium du monde, notamment en roche, et ils en contrôlent la transformation ».

Le minerai de l’avenir

Mais plusieurs questions surgissent tout naturellement : le lithium est-il polluant ? Qu’advient-il des petites batteries lorsqu’elles ont terminé leur durée de vie ? Les gisements de lithium sont-ils inépuisables ? Quel est le secret du lithium pour conserver l’électricité ? Les deux auteurs, l’un professeur émérite au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM et le second ingénieur géologue et économiste œuvrant en France, nous racontent cette fabuleuse histoire, depuis ses origines dans notre système solaire et sa présence dans notre croûte terrestre jusqu’à sa transformation dans les usines de fabrication de batteries électriques.

Si certains minéraux possédant du lithium étaient déjà utilisés à des fins thérapeutiques dès le IIe siècle, c’est véritablement au XIXe siècle qu’il acquiert ses lettres de noblesse avec sa découverte par le chimiste suédois Jöns Jakob Berzelius. Son utilisation deviendra exponentielle. 

Sachez que nous en consommons tous les jours en buvant de l’eau : « très peu, entre 200 et 600 μg par jour, soit un demi-milligramme. C’est le poids d’un tout petit moustique ». Avant son utilisation industrielle dans la production de batteries – la moitié de la production mondiale –, le lithium entrait dans la fabrication de verre thermique et de céramique. Aujourd’hui, il est considéré par tous les chimistes comme le minerai de l’avenir, qui pourrait même « contribuer à transformer le gaz carbonique, l’affreux CO2, en eau ». 

Si l’or attire encore et toujours des passions, le lithium attise bien des feux. « Si l’Empire britannique a assuré sa domination économique au XIXe siècle grâce au charbon, si l’hégémonie américaine du XXe siècle a reposé sur le pétrole, la Chine compte aujourd’hui sur le lithium et les métaux associés pour devenir la première puissance économique du XXIe siècle. [...] À l’horizon 2030, la Chine aura le contrôle des productions et de la commercialisation d’une grande majorité de métaux. Elle n’hésitera pas à utiliser cet atout comme un avantage dans un monde multipolaire, ajoutant tantôt de la volatilité tantôt de la stabilité aux prix des matériaux minéraux », concluent les auteurs. Un métal blanc pour un monde plus vert ? 

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