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Un faux infirmier soignait les patients

Le fraudeur, qui était responsable de l’armoire des narcotiques, a sévi dans une résidence pour aînés de Québec

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Mathieu Vallée-Baillargeon s’est fait embaucher comme infirmier à la résidence de l’Auberge aux Trois Pignons, dans le secteur de Beauport, à Québec, en 2019. Or, l’homme n’avait aucune formation dans le domaine. Il vient d’être déclaré coupable d’exercice illégal et d’usurpation de titre.

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Un fraudeur charismatique a réussi à se faire engager comme infirmier durant un mois dans une résidence pour aînés de Québec, et il était même responsable de l’armoire des narcotiques. 

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« Je n’ai vraiment jamais rien remarqué de louche. Il a toujours su exactement ce qu’il devait faire », a témoigné l’infirmière Kim Patenaude, qui a travaillé avec Mathieu Vallée-Baillargeon. Ce dernier a fraudé pour se faire embaucher comme infirmier. 

Poursuivi par l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ), l’homme de 38 ans a été reconnu coupable de huit infractions pénales à la Cour du Québec, le 2 novembre dernier. Il a reçu une amende de 27 000 $ plus les frais. Il n’était pas présent au tribunal. 

Plusieurs gestes interdits 

« On fait face à un multirécidiviste, à une personne qui a des antécédents de fraude, ce qui explique comment il a pu passer à l’acte et passer inaperçu. [...] Les faits dans la présente affaire sont surprenants », a dit la juge Sylvie Marcotte. 

En octobre 2019, l’homme s’est fait embaucher comme infirmier durant plus d’un mois à l’Auberge aux Trois Pignons, à Québec. Selon Mme Patenaude, coordonnatrice des soins, il a posé plusieurs gestes réservés aux infirmières. 

D’ailleurs, il était responsable de la clé de l’armoire des narcotiques, de puissants médicaments qui nécessitent un contrôle serré. 

« Il inspirait la confiance, il avait beaucoup de charisme », a témoigné Mme Patenaude.

À certains moments, M. Vallée-Baillargeon refusait de poser un acte complexe en déléguant à un collègue, a expliqué au Journal l’avocat de l’OIIQ, Anthony Battah. Heureusement, il semble qu’aucun résident n’ait souffert d’un mauvais traitement. 

« Tant mieux, mais ce n’est pas ça, l’enjeu. C’est le risque », soutient Me Battah. 

En entrevue d’embauche, il s’était présenté comme un infirmier qui avait travaillé dans l’armée, selon les témoins interrogés. M. Vallée-Baillargeon aurait même dit avoir un syndrome de stress post-traumatique, et c’est pourquoi il souhaitait travailler auprès des aînés. 

Vérifications faites

La direction de la résidence a souligné qu’elle a fait des vérifications du permis d’exercice auprès de l’OIIQ. Dans un courriel envoyé à l’enquêtrice de l’OIIQ, M. Vallée-Baillargeon aurait expliqué qu’il avait profité du fait qu’un autre infirmier avait le même nom pour se faire embaucher. Il « avait des remords ».

« Pendant l’entrevue, j’ai vérifié sur le tableau de l’ordre, son nom figurait avec le numéro [de licence] qu’il nous a donné », affirme le propriétaire, Guy Lemay. 

Par ailleurs, M. Vallée-Baillargeon « était vraiment adoré de tous les résidents », a ajouté Mme Patenaude. Vers Noël, il a soudain cessé de venir travailler. « Il a senti la soupe chaude, on voulait qu’il signe des documents, et il ne les signait pas. Il étirait la sauce », explique M. Lemay, joint par Le Journal.

M. Vallée-Baillargeon a été reconnu coupable de fraude à plusieurs reprises dans le passé. Le Journal ne l’a pas joint.

– Avec la collaboration de Kathleen Frenette


Exemples des soins qu’il donnait aux résidents  

  • Évaluation de plaie     
  • Changement de pansement      
  • Auscultation pulmonaire et cardiaque     
  • Administration d’insuline     
  • Responsable de la clé de l’armoire des narcotiques      
  • Évaluation de la douleur     
  • Ponctions veineuses     
  • Gestion des crises d’hypoglycémie           

Pas une première 

Personnes reconnues coupables d’exercice illégal comme infirmière      

  • 2020-2021 : 3  
  • 2019-2020 : 1  
  • 2018-2019 : 1  
  • 2017-2018 : 1  
  • 2016-2017 : 4  
  • 2015-2016 : 5   

Source : OIIQ

Des réactions à la fraude  

« J’ai fait une grave erreur et je regrette énormément. [...] Les temps sont durs pour trouver une carrière. J’ai été en formation pendant un mois et demi approximativement. J’ai démissionné par la suite, car ça n’avait pas de sens. Je maîtrisais adéquatement mon travail, sans jamais donner de conseil ou hypothèse ni de vaccin ou bien prise de sang. Je n’ai jamais mis en danger qui que ce soit et je m’occupais avec cœur des gens sur place. »

– Courriel de Mathieu Vallée-Baillargeon envoyé au syndic de l’OIIQ (document déposé au tribunal) 

« C’est quelqu’un de très à l’aise, on sent qu’il a une prestance et un certain charisme. Il est bel homme. Il sait ce qu’il dit, il raconte son expérience dans l’armée, donc on y croit tout de suite. [...] Il l’avait bien préparée, son entrevue. » 

– Magali Guinard, directrice générale de l’Auberge aux Trois Pignons

« C’est l’employeur et non l’OIIQ qui est responsable de vérifier le droit d’exercice d’une nouvelle employée et puis de façon annuelle pour l’ensemble de ses employés. L’OIIQ soutient les employeurs dans la vérification annuelle du droit d’exercice en effectuant des vérifications de listes d’employés en lot. »

– Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec

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