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Green Bay Sweep: coup d’État sans violence

Green Bay Sweep: coup d’État sans violence
AFP

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Les amateurs de football n’ont pas à se pincer, ils ont bien lu. Le titre de ce billet de blogue reprend le nom d’une stratégie développée par l’entraîneur des Packers de Green Bay, le légendaire Vince Lombardi.

Pourquoi évoquer une stratégie qui a permis aux Packers de dominer la NFL avant de s’imposer lors de deux Super Bowls dans les années 1960? Tout simplement parce que des conseillers de Donald Trump, dont Steve Bannon et Peter Navarro, avaient attribué ce nom à leur plan pour renverser les résultats de l’élection 2020.

Dans un bouquin publié il y a peu ainsi que dans une entrevue accordée au Rolling Stone Magazine, le conseiller économique explique ce que Bannon et lui imaginaient comme scénario pour maintenir Trump en place sans verser dans la violence. 

Vous connaissez déjà une partie de ce stratagème. Il fallait d’abord tenter par tous les moyens d’empêcher la certification des résultats dans plusieurs États, principalement dans les États pivots. Sans certification, le processus prévoit que le dossier soit ensuite acheminé à la Chambre des représentants, à qui revient le pouvoir de trancher.

À ce moment de l’explication, vous avez peut-être envie de me rappeler que la majorité de cette Chambre est actuellement démocrate. Vous avez raison si on se limite à compter le nombre de représentants et de représentantes. 

Cependant, lorsqu’on doit décider du sort d’une élection, la Chambre ne vote pas par individu, mais bien par État. S’il y a plus d’individus qui sont démocrates, il y a actuellement plus d’États républicains qui sont représentés.

La première portion du plan a échoué, puisque les différentes législatures ont refusé d’aller à l’encontre de leurs responsabilités et d’invalider des résultats pour lesquels on ne parvenait pas à démontrer la moindre preuve de fraude significative. 

Les complices ont alors adapté leur stratégie et se sont concentrés sur la certification des résultats au Congrès le 6 janvier. À ce moment, il s’agissait d’exercer des pressions intenses sur le vice-président, dernier pion à déplacer pour bloquer les résultats. Nous savons maintenant qu’après avoir demandé conseil, Mike Pence a refusé de collaborer.

Si le récit de Navarro est exact, Pence a donc constitué le dernier rempart protégeant l’intégrité du processus électoral. S’il avait cédé, affirme Navarro, plus d’une centaine d’élus de la Chambre et du Sénat avaient accepté de se joindre à la supercherie.

Ce sont donc ces élus qui auraient été l’équivalent de la ligne à l’attaque des Packers, qui permettait au porteur de ballon d’effectuer le sweep pour franchir la ligne des buts. Fort heureusement, Steve Bannon n’est pas Vince Lombardi et Donald Trump se retrouve toujours sur les lignes de côté.

Une fois de plus, nous apprenons des détails supplémentaires sur les plans ou les discussions de l’équipe du 45e président. Une fois de plus, on constate, un peu hébété ou en colère, que ces fourbes ne reculaient devant rien et que la sauvegarde des institutions importait peu.

J’écrivais plus tôt ce matin que j’étais pessimiste en observant et analysant le contexte politique américain. Le récit de Navarro, candide et sans gêne, ne constitue qu’un exemple de plus des difficultés de la démocratie américaine. 

Je ne crois pas verser dans le sensationnalisme en disant qu’une dérive autoritaire est réellement possible chez un voisin qui se vantait encore, il y a peu, d’être la plus grande démocratie du monde. Non seulement ce titre est-il pompeux, mais la réalité est tout autre.

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