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La plaie du 6 janvier 2021 demeure béante

La plaie du 6 janvier 2021 demeure béante
Photo d'archives, AFP

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En ce jour anniversaire de l’assaut violent contre le Capitole, il importe de faire la lumière sur cet épisode violent et d’en tirer les bonnes leçons.

La démocratie américaine a perdu son lustre le 6 janvier 2021, alors qu’une meute violente envahissait le Capitole, encouragée par un président déchu qui refusait d’admettre sa défaite.

Ils ont échoué, mais l’événement demeure un symbole de la vulnérabilité de la démocratie américaine.

Ce qu’on sait

Même si la commission spéciale de la Chambre des représentants n’a pas complété ses travaux, on connaît déjà l’essentiel. On savait que le président Trump a incité l’assaut sur le Capitole et qu’il n’a rien fait pour l’arrêter.

On sait maintenant que l’événement faisait partie d’un plan concerté pour retarder le processus de certification de l’élection dans l’espoir de provoquer l’impasse et de rapporter la décision à une Chambre des représentants favorable à Donald Trump.

On sait aussi que si Trump et son entourage insistent et disent n’avoir rien à se reprocher, ils ne ménagent aucun effort pour cacher la vérité et retarder les enquêtes.

  • Écoutez l'entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Pierre Martin, spécialiste de la politique américaine, et Frédéric Lemieux, criminologue et directeur du programme de maîtrise sur le renseignement à l'Université de Georgetown, sur QUB radio: 

Ce qui s’en vient

Après un an, plusieurs observateurs s’impatientent devant la lenteur des enquêtes et la crainte des autorités judiciaires de forcer les responsables à répondre de leurs actions.

Aujourd’hui, l’Attorney General Merrick Garland donnera le ton. La justice sera-t-elle impitoyable ou molle à l’endroit des instigateurs de l’insurrection ? À défaut de conséquences pour ces derniers, ce coup d’État manqué pourrait bien n’avoir été qu’un prélude.

Déjà, plusieurs législatures d’État républicaines adoptent des lois visant à limiter l’accès aux urnes de millions d’électeurs démocrates et à faciliter le rejet de résultats électoraux qui leur sont défavorables. Bref, l’assaut contre la démocratie se poursuit, mais les institutions démocratiques risquent de s’avérer trop faibles et la justice trop lente pour s’y opposer.

La bataille continue

Le 6 janvier a révélé la profondeur des divisions qui affligent nos voisins américains. L’interprétation contrastée qu’on en fait aujourd’hui de part et d’autre du gouffre est tout aussi révélatrice.

Le Parti républicain et les organes de désinformation qui l’appuient cherchent à tout prix à normaliser le souvenir du 6 janvier et à banaliser le recours à l’intimidation, à la violence et à la manipulation des règles démocratiques pour reprendre et consolider aussi définitivement que possible leur emprise sur le pouvoir.

Les insurgés du Capitole agissaient au nom du Grand Mensonge colporté par Donald Trump d’une victoire frauduleuse de son opposant. 

Des dizaines de millions d’Américains croient encore à ce mensonge et la grande majorité des élus républicains y souscrivent – ces mêmes élus qui persistaient à refuser d’entériner l’élection quelques heures à peine après l’invasion.

En 2022, la bataille pour déterminer le sens du 6 janvier 2021 sera vive. 

Si les responsables échappent aux conséquences et si l’événement passe à l’histoire comme quoi que ce soit d’autre qu’une insurrection violente à l’appui d’un coup d’État manqué, ce serait un signal du début de la fin de l’expérience démocratique américaine.