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À genoux dans la gadoue à -13 °C

La messe en plein air dans le stationnement de la cathédrale de Montréal attire beaucoup de monde

messe d’hiver extérieure
Photo Chantal Poirier Le frère dominicain Lamphone Phonevilay et la sœur de Notre-Dame Violaine Paradis m’ont accompagné à la messe quotidienne de midi et quart, dans le stationnement de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal, fermée par les mesures sanitaires.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


« Que le Dieu tout puissant nous fasse miséricorde », lance le père Henri, coiffé d’une tuque. Il dit la messe dans un chapiteau aux airs d’abri Tempo, où le chant lointain d’un marteau-piqueur semble répondre à sa prière. 

Comme toutes les églises, la cathédrale Marie-Reine-du-Monde est fermée par les consignes sanitaires. La messe doit ainsi être célébrée dans le stationnement. L’autel en plein air surplombe la surface bitumée entre l’arrière de la basilique et l’archevêché, qui peut accueillir jusqu’à 250 fidèles, tous distancés d’un mètre et le visage couvert.

Une clarinette remplace l’orgue. Plusieurs fléchissent le genou et se signent rapidement de la croix en arrivant dans le stationnement comme ils le feraient à l’intérieur. Le sol est couvert de grenaille, de sel et de gadoue noire. Certains s’agenouillent quand même, souvent sur des sacs. En guise de prie-Dieu, j’ai prévu – gros luxe – un protège-genoux de jardinage. Je dénombre une centaine de personnes.

Un peu extrême

Les fidèles prévoyants posent des sacs sur le sol avant de s’y agenouiller.
Photo Chantal Poirier
Les fidèles prévoyants posent des sacs sur le sol avant de s’y agenouiller.

« J’ai célébré une messe ici par -13 [degrés Celsius] lundi et il y avait plus de 80 fidèles présents », me raconte le vicaire Emanuel Zetino, 36 ans, mieux connu dans l’application Tik Tok sous le nom de Padre Manolo, dont certaines publications suscitent des dizaines de milliers de « j’aime ».

« Il y a des gens qui vont à la messe tous les jours et c’est peut-être la seule eucharistie célébrée en ville », me dit le frère étudiant dominicain Lamphone Phonevilay, 42 ans.

« Cette initiative de messe en plein air qui attire autant de gens, c’est réjouissant », dit sœur Violaine Paradis, 45 ans, la cadette des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame fondée par Marguerite Bourgeoys.

Sœur Violaine, ma voisine dans Maisonneuve, a eu la bonté de jouer au taxi avec moi puisqu’une entorse m’empêche de courir partout. Pendant la célébration, elle se dandine, pour se réchauffer, et je grelotte aussi. Ne faites pas comme sœur Violaine ou votre chroniqueur : mieux vaut s’habiller un peu trop chaudement que trop peu.

Je frémis en voyant la frange de la soutane noire du père Zetino frôler la gadoue infâme sur l’asphalte tandis qu’il porte le ciboire rempli d’hosties vers la sortie du stationnement pour la communion.

« J’ai déjà gâché un habit religieux en hiver », confie le frère Phonevilay.

15 célébrations par semaine 

Lors d’une messe, dimanche dernier, la limite de 250 personnes a été atteinte. Des gens ont dû rester sur le trottoir de la rue Mansfield. 

« Dès lundi, il y aura deux messes quotidiennes sept jours sur sept à midi et quart et à 17 h, en plus d’une troisième messe le dimanche à 9 h 30 le matin », m’annonce Erika Jacinto, la directrice des communications de l’archidiocèse. 

C’était initialement pour des messes aux vaccino-réfractaires que le stationnement fut aménagé, mais il sert maintenant à tout le monde.

« Honnêtement, je n’imaginais pas un jour célébrer dans ces conditions », me dit l’abbé Henri Cissé, qui vit son premier hiver québécois depuis son arrivée du Sénégal l’automne dernier. 

Le vicaire Emanuel Zetino se réjouit que les fidèles s’assemblent nombreux à la messe extérieure même par grand froid.
Photo Chantal Poirier
Le vicaire Emanuel Zetino se réjouit que les fidèles s’assemblent nombreux à la messe extérieure même par grand froid.

« Ça rend service au peuple de Dieu qui a besoin de célébrer l’eucharistie, de recevoir le corps du Christ. »