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Près de 100 milliards de dollars pour l’achat d’avions et de navires de guerre au fédéral

Navire combat
PHOTOMONTAGE Journal de Montréal

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Dépenses colossales en vue        

Les dépenses militaires du Canada pourraient atteindre un sommet historique avec l’achat de nouveaux avions de chasse et de navires de guerre pour une somme frôlant les 100 milliards $.

Grand
Dossier
$$$
CAN
Dépenses
en défense
1. Achats

La facture de ces équipements, déjà plombée par les dépassements de coûts, viendrait alourdir la dette colossale du pays.

Dès le printemps, le gouvernement Trudeau pourrait annoncer le gagnant du contrat des nouveaux avions de chasse canadiens. On s’attend à ce que l’achat prévu des 88 avions atteigne de 15 à 19 milliards $, selon l’appel d’offres d’Ottawa, soit presque deux fois plus que ce qui avait été envisagé à l’origine.

Deux appareils sont en lice. Un ultramoderne, le F-35, mais qui est coûteux et controversé, et l’autre plus ancien, le Gripen E, moins cher, mais dont la conception pourrait devenir obsolète.

Design futuriste        

Dans les mois suivants, ce serait au tour des nouveaux navires de guerre de la Marine canadienne. La facture sera titanesque: 77 milliards $, selon les estimations du directeur parlementaire du budget, pour 15 frégates multirôles au design futuriste. 

Le modèle des navires est déjà choisi, il ne reste plus que la signature finale du contrat, prévue pour 2022 ou 2023.

Il s’agira du plus important contrat militaire du Canada depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Là aussi, un dépassement spectaculaire est déjà au rendez-vous, puisque les coûts des navires sont cinq fois plus importants que ceux d’abord prévus.

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Avec 77 milliards $
on peut construire...
Une route à deux voies de 9000 kilomètres entre la Nouvelle-Écosse et l’Alaska
Comparatif
7 tunnels
comme le 3e lien à Québec
Comparatif
85 stations de métro
à Montréal
Comparatif
550 kilomètres de voies
de tramway à Québec
Comparatif
18 ponts comme le pont
Samuel-de-Champlain à Montréal
Comparatif
15 gratte-ciels
comme le One World Trade Center à New York
Comparatif
12 complexes
hydro-électriques comme celui de La Romaine
Comparatif

«C’est très inquiétant pour les finances du pays», ne peut s’empêcher de souligner en entrevue Franco Terrazzano, de la Fédération canadienne des contribuables.

«Toute décision d’achat, enchaîne-t-il, devrait être prise en considérant la dette massive du gouvernement fédéral, qui dépasse maintenant 1000 milliards $ à cause de la COVID-19.»

Même si elles seront réparties sur une longue période, ces nouvelles dépenses viendront gonfler chaque année le budget de la défense canadienne, reflétant ainsi la volonté du gouvernement Trudeau d’accroître les budgets des Forces armées.

Rappelons que les finances d’Ottawa ne sont pas équilibrées actuellement et ne devraient pas l’être dans un avenir prévisible.

Vieux appareils        

M. Terrazzano craint en outre des dépassements supplémentaires pour les deux programmes. Il note que le Canada n’en est pas à ses premiers excès budgétaires en ce qui a trait aux achats militaires. 

La prochaine étape au calendrier fédéral d’achat sera celle des chasseurs. Tout indique que le choix final, maintes fois retardé, serait annoncé au printemps.

Ottawa doit agir vite, car le temps est compté. Les appareils actuels, les CF-18, commencent à être de véritables antiquités volantes. Refaits à neuf au début des années 2000, ils seront en service depuis bientôt 40 ans.

Ironiquement, c’est le F-35 du constructeur américain Lockheed Martin qui risque de l’emporter, un avion qui avait pourtant été écarté par Justin Trudeau à son arrivée au pouvoir en 2015 en raison de ses coûts trop élevés.

Le F-35, cher, mal-aimé, mais privilégié        

Le F-35, de la compagnie américaine Lockheed Martin, est l’appareil le plus avancé technologiquement en lice pour le futur avion de chasse canadien.
AFP
Le F-35, de la compagnie américaine Lockheed Martin, est l’appareil le plus avancé technologiquement en lice pour le futur avion de chasse canadien.

Face aux menaces chinoise et russe grandissantes, le Canada n’a plus vraiment le choix: il doit se doter d’un avion de chasse avec la technologie la plus avancée, estime le professeur Jean-Christophe Boucher, de l’Université de Calgary, spécialiste des questions militaires

«À toutes fins utiles, dit-il, le F-35 n’est pas un superavion. Il coûte trop cher, mais il n’y a pas vraiment d’alternative.»

«C’est le meilleur avion, enchaîne-t-il, dans un contexte où on pense que les adversaires du futur seront peut-être la Chine ou la Russie.»

Évalué à près de 200 millions $ l’appareil, le F-35 appartient à ce qu’on appelle la cinquième génération dans le monde des chasseurs militaires, alors que le Gripen E, quant à lui, est de la quatrième génération.

Grâce à la conception de ses ailes et de son fuselage, le F-35 est doté de capacités furtives, c’est-à-dire qu’il peut échapper à la détection des radars. Équipé de technologies de communication avancées, il pourrait même être utilisé en conjugaison avec des drones, formant de redoutables essaims offensifs.

Défense du continent        

Selon le professeur Boucher, le F-35 sera en mesure d’affronter les appareils de chasse russes et chinois de cinquième génération, déjà existants. Il pourra aussi remplir plus adéquatement les obligations du Canada envers la défense du continent nord-américain.

Le développement du F-35 a été marqué par la controverse avec des problèmes technologiques à répétition et des dépassements de coûts pharaoniques. C’est le programme militaire le plus cher dans l’histoire des États-Unis avec une facture finale dépassant le billion de dollars (1000 milliards).

Investissements        

Pour faire passer la pilule, les coûts de son développement ont été partagés avec plusieurs autres pays, dont le Canada, qui y a injecté 613 millions $ jusqu’à présent.

Lorsque Justin Trudeau a été élu, il l’a rejeté, malgré les investissements déjà effectués. Mais, quatre ans plus tard, il a fait volte-face en acceptant que le F-35 fasse partie de la compétition pour l’achat des nouveaux avions de chasse.

Pour le professeur Boucher, cette fois devrait être la bonne. «Avec le recul et toute l’information qu’on a sur les capacités des autres avions, dit-il, la décision de choisir le F-35 va se prendre plus facilement.»

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