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«Scotchés» à leur téléphone cellulaire en classe

Léandre Lapointe
Photo courtoisie Léandre Lapointe, enseignant et vice-président de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec qui représente les profs du réseau privé, constate qu’il est de plus en plus difficile d’avoir l’attention des jeunes.

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Avant les vacances des Fêtes, des adolescents étaient plus que jamais rivés à leur téléphone cellulaire, déplorent des intervenants du milieu scolaire qui ont observé plus de problèmes de concentration en classe cet automne.

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La pandémie aura forgé certaines habitudes dont il est difficile de se défaire. Le temps d’écran a explosé depuis le printemps 2020 et des jeunes ont maintenant de la difficulté à laisser de côté leur cellulaire, même pendant un cours de français, de math ou de sciences.

« On se bat pour que le cellulaire n’entre pas en classe, mais on en ramasse tous les jours. Avant, je n’avais pas autant de difficulté à faire respecter les règles », affirme Josiane, une enseignante de première secondaire.

Même son de cloche de la part de Sylvain Dancause, qui enseigne aussi au secondaire dans une école de Québec. « Les jeunes n’ont jamais été aussi scotchés à leur cellulaire », dit-il.

« On choisit nos combats »

Les élèves réclament maintenant leur appareil dès qu’ils ont quelques minutes à occuper en classe, ajoute Geneviève Vohl, directrice adjointe du centre Cyber-aide, qui intervient beaucoup en milieu scolaire.

« Les profs nous disent qu’avant, quand des élèves avaient terminé leurs travaux ou examens avant les autres, ils pouvaient leur faire faire des sudokus, des mots cachés, de la lecture. Maintenant, la seule chose qu’ils veulent, c’est leur cellulaire », dit-elle.

Résultat : certains enseignants finissent par céder, bien à contrecœur. « Comme prof, on finit par abdiquer parce que la tâche devient très lourde. C’est déjà difficile de les accrocher, alors on choisit nos combats », laisse tomber un prof qui a refusé qu’on révèle son identité, puisqu’il n’avait pas l’autorisation de nous parler.

D’autres enseignants avec qui Le Journal s’est entretenu ont toutefois indiqué que la gestion des écrans en classe n’était pas plus problématique qu’avant la pandémie. Certaines écoles secondaires ont resserré leurs règles à ce chapitre cet automne, pour prévenir le coup, ce qui donne de bons résultats, indique-t-on.

Moins concentrés en classe

La surexposition aux écrans pendant la pandémie a aussi compliqué la tâche des enseignants, ajoute Geneviève Vohl.

« Les enfants ont fait beaucoup d’écran, ils ont eu l’habitude d’être toujours stimulés, alors c’est vraiment difficile maintenant pour eux de rester concentrés devant leur prof, même s’il fait la cheerleader en avant de la classe », affirme-t-elle.

Josiane le confirme : « J’ai l’impression de devoir rivaliser avec la stimulation d’un jeu vidéo. C’est vraiment pire qu’avant », lance-t-elle.

Même son de cloche de la part de Léandre Lapointe, vice-président de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ-CSN), qui représente des profs du réseau privé.

« On sent les jeunes plus dissipés. Pas seulement dans leur comportement, mais dans leur tête, dit-il. Maintenir l’attention des élèves en classe, c’est encore plus difficile qu’avant. Passer 15-20 minutes à écouter le prof, ça s’en vient de moins en moins possible. Mais ils vont faire quoi, ces jeunes-là, au cégep et à l’université ? »

Les enseignants se demandent constamment jusqu’à quel point ils doivent adapter ou non leur enseignement à cette nouvelle réalité, ajoute M. Lapointe.  

Une ado complètement accro à son téléphone 

La mère d’une adolescente sans histoire ne reconnaît plus sa fille depuis que le cellulaire a pris toute la place dans sa vie.

Cathy a accepté que sa fille de 13 ans ait son premier cellulaire au début 2020, avant son départ pour un voyage scolaire de trois semaines à l’étranger. « On était réticents, mais on s’est dit que ça pourrait être plus sécuritaire pour le voyage », relate cette enseignante. 

À ce moment, l’adolescente est une jeune fille « que tous les parents rêvent d’avoir », heureuse et sans histoire, décrit Cathy. Mais la pandémie vient rapidement tout bousculer.

Le voyage prévu en mars est annulé. Le confinement est un choc pour sa fille. À contrecœur, ses parents lui donnent l’autorisation d’aller sur les réseaux sociaux.

« C’était la seule façon pour elle de communiquer avec ses amies. On a fini par capituler », relate sa mère.

Les heures passées devant l’écran s’additionnent, au point où sa fille se lève la nuit pour consulter son téléphone. Elle devient agressive dès que ses parents tentent de limiter son temps d’écran. Ses résultats scolaires dégringolent.

Même pendant l’été, alors qu’il est possible de voir ses amies à l’extérieur, l’adolescente préfère rester enfermée seule, devant son cellulaire.

« Rien d’autre qui l’intéresse »

À l’automne 2020, lorsque sa mère veut lui confisquer son téléphone après un incident, l’adolescente « hors de contrôle » laisse entendre que la vie ne vaut pas la peine sans son cellulaire. « Mon cœur de mère a fait trois tours », dit Cathy.

Pendant toute son année scolaire, l’adolescente sera suivie par une psychologue au privé, toutes les deux semaines. Ses parents ne voient toutefois aucun changement. « Elle est toujours aussi dépendante de son cellulaire. Il n’y a plus rien d’autre qui l’intéresse », selon sa mère.

Crises d’anxiété

Les incidents impliquant les réseaux sociaux continuent de se multiplier, allant de la création de faux comptes à la diffusion de photos osées. Depuis quelques mois, l’adolescente a commencé à faire des crises d’anxiété.

Cathy a tenté de la faire suivre à nouveau au privé en psychologie, mais elle se bute maintenant à des listes d’attente. Une travailleuse sociale du CLSC devrait toutefois venir rencontrer la famille prochainement. Les parents s’accrochent à cette avenue comme à une bouée de sauvetage.

« Ça fait presque deux ans que ça dure, presque deux ans qu’on ne dort plus, dit Cathy. On est au bout du rouleau. »

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