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«Anges gardiens» d'Edward Snowden: «On l’a fait pour les enfants»

2 avocats montréalais au cœur d’une histoire rocambolesque

vocats Marc-André Séguin et Guillaume Cliche-Rivard
Photo d'archives, Ben Pelosse Guillaume Cliche-Rivard (à gauche) et Marc-André Séguin, les deux avocats des « anges gardiens » de Snowden, tiennent une copie du quotidien américain The Washington Post du 29 septembre alors que quatre membres d’une famille sans papiers étaient arrivés à Montréal.

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Les deux avocats québécois qui ont travaillé pour amener au pays ceux qui ont caché pendant plusieurs jours le lanceur d’alerte Edward Snowden à Hong Kong ont été plongés dans un dossier digne de films d’espionnage pour assurer leur bien-être.

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Réunis dans les bureaux d’Exeo Avocats à Montréal, Me Marc-André Séguin, président fondateur de For the Refugees et associé chez Exeo, et Me Guillaume Cliche-Rivard, avocat bénévole dans le projet et fondateur de Cliche-Rivard, Avocats inc., énumèrent les dispositifs de sécurité qu’ils ont dû mettre en place pour leurs clients.

En raison du caractère explosif de la situation et de l’étroite surveillance des autorités hongkongaise, ils n’avaient pas d’autres choix.

Utilisation de communications cryptées, protocoles stricts établis pour les rencontres, rien ne pouvait être laissé au hasard. 

Me Séguin a même été pris en filature jusque sur le toit d’un immeuble de la mégapole, alors qu’il marchait avec l’un des demandeurs d’asile, Supun Thilina Kellapatha, en juillet 2018. Les deux hommes échangeaient sur l’état du dossier.

« Deux policiers habillés en civil qui montent les marches, qui n’avaient absolument pas d’affaire là, et qui finalement se rendent compte qu’on les voit. [...] C’est sûr que c’est quelque chose d’inquiétant », raconte-t-il, alors que son client venait tout juste de lui faire part d’une présence accrue de policiers près de sa résidence.

Téléphones dans le frigo

« Si on se rendait chez eux, c’était le téléphone fermé. S’il y avait des conversations sensibles, les téléphones allaient dans le micro-ondes ou les frigos pour pas que des informations soient captées. »

« C’était toujours très particulier. Il y avait des protocoles à suivre quand on rencontrait des familles, car la police de Hong Kong gardait un œil sur eux ». 

Guillaume Cliche-Rivard se rappelle également s’être fait interdire d’assister à des procédures d’appel concernant un autre ange gardien de Snowden, Ajith Pushpakumara. 

Ce dernier est toujours coincé à Hong Kong.

« Ils m’ont interdit d’y être alors que la confidentialité du dossier appartient au demandeur. J’avais traversé le Pacifique pour rien. [...] C’était un climat très tendu », déplore-t-il.

Ils ont dû mettre un X sur la Chine et Hong Kong. Un réputé avocat de Hong Kong, qui représente des intérêts des familles des réfugiés, leur a fortement recommandé de ne plus y mettre les pieds. 

« Son propre cabinet a été victime d’un raid de la police », souligne Marc-André Séguin, un ancien journaliste au Journal.

« Pour les enfants » 

Sur cette photo, on remarque trois des quatre membres de la famille de réfugiés photographiés à l’aéroport de Hong Kong, quelques instants avant de s’envoler vers le Canada.
Photo courtoisie
Sur cette photo, on remarque trois des quatre membres de la famille de réfugiés photographiés à l’aéroport de Hong Kong, quelques instants avant de s’envoler vers le Canada.

Devant l’immensité de la tâche à accomplir et malgré des moments de découragement, une chose les motivait : terminer le travail pour les enfants. 

« Jamais, à l’époque, je ne pouvais me douter du paquet de trouble dans lequel il me mettait », dit, sourire en coin, Me Cliche-Rivard, en jetant un œil à son complice, qui s’est joint au dossier en 2018.

« On l’a fait pour les enfants, ajoute-t-il, avant de marquer une pause. Quand tu les tiens dans tes bras, je veux dire, tu ne peux pas juste dire “J’abandonne”. » 

Un programme québécois 

Si les deux avocats ont réussi un tel coup de maître, c’est entre autres grâce au programme québécois de parrainage privé de réfugiés. 

« Il s’est avéré que ce programme québécois était parfaitement adapté pour eux et était un peu unique au monde », précise Marc-André Séguin, qui a ensuite fondé l’organisme For the refugees pour parrainer les sept réfugiés.  

Le dossier était toutefois si sensible que plusieurs organismes de la région de Montréal approchés ont refusé de s’embarquer. 

« Il avait le tag “dossier impossible” », souligne Guillaume Cliche-Rivard. 

La fondation ne s’est pas contentée de parrainer les réfugiés seulement à leur arrivée au Canada, mais durant les quelques années où ils ont dû attendre la réponse du gouvernement canadien 

« Ce qu’ils ont fait est exceptionnel. Ils ont levé des fonds en amont, pour leur permettre de survivre. Ça, il n’y a personne qui fait ça. Il faut le souligner », louange Me Cliche-Rivard. 

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