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COVID-19 : le Québec comme le Titanic

Conférence Santé publique
Photo Pierre-Paul Poulin La vaccination obligatoire risque fort de devenir bientôt un passage obligé.

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Plus le variant Omicron s’étend, plus notre système de santé vacille. Inutile de revenir sur les causes, elles sont archi connues. Résultat : quelques centaines d’hospitalisations supplémentaires suffisent à le faire chavirer.

Nous voilà bel et bien entassés sur le pont du Titanic. En attente de frapper la pointe d’un iceberg sous laquelle, on le sait pourtant, se cachent les 11 % de Québécois qui, bien qu’ils soient admissibles, refusent de se faire vacciner.

C’est à cause d’eux — et de notre système détraqué de santé —, si pour tenter de réduire les contacts, le gouvernement Legault a ramené le couvre-feu et fermé les salles à manger des restaurants en catastrophe.

Le retard du Québec dans l’administration de la 3e dose est toutefois de sa propre responsabilité. Quand l’iceberg approche, son urgence première, contrairement au vrai Titanic, doit être de tenter de l’éviter avant qu’il frappe.

Pour ce faire, la stratégie du gouvernement est celle de l’étapisme vaccinal. Soit d’étendre l’application du passeport vaccinal pour rendre la vie le moins agréable possible aux non-vaccinés. L’espoir étant qu’ils restent chez eux ou se fassent vacciner.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, multiplie les lieux où il sera exigé. Trop timide, son annonce d’étendre le passeport vaccinal aux succursales de la SAQ et de la SQDC accorde un sursis aux non-vaccinés et le choix de commander en ligne.

On s’attend donc à ce qu’il allonge encore sa liste. Étant donné l’épuisement des soignants et de la majorité vaccinée, cela suffira-t-il toutefois à sauver le réseau de la santé du naufrage et à protéger les plus vulnérables des non-vaccinés ?

Si le ministre réussit

Or, jusqu’ici, selon le bilan journalier de Santé Québec, les enfants de 5 à 17 ans comptent pour plus de la moitié des premières doses administrées. Bravo pour eux. Ce qu’il faudra sera de voir aussi monter vite le nombre d’adultes.

S’il réussit, le ministre Dubé aura remporté son pari étapiste. Ce que l’on se souhaite, mais sur le pont du Titanic, le temps court.

D’où la sortie, vendredi, du ministre fédéral de la Santé. La vaccination obligatoire, disait-il, même si elle relève des provinces, risque fort de devenir bientôt un passage obligé.

Rappelons que la Loi québécoise sur la santé publique permet au gouvernement Legault de l’imposer et lui dit comment procéder.

À ceux qui, si elle devenait nécessaire, y voient une mesure extrême et liberticide, Rémy Trudel, l’ex-ministre de la Santé responsable de l’adoption de cette loi en 2001 sous Lucien Bouchard, leur offre une réponse mesurée.

Hier, en entrevue, il m’expliquait ceci : « En pandémie, toute mesure prise doit l’être à la mesure de l’ampleur de l’urgence ». Or, qui peut nier qu’il y a péril en la demeure ?

Responsabilité politique

Si l’approche du ministre Dubé venait à ne pas suffire, il est d’avis qu’il faudra envisager la vaccination obligatoire, comme la loi le permet.

« Ces provisions existent parce qu’en cas de pandémie incontrôlable ou incontrôlée, explique-t-il, cette obligation peut devenir nécessaire. »

Par exemple, s’il devenait impossible d’atteindre un niveau suffisant de vaccination chez les récalcitrants, ajoute-t-il, « pour protéger la population et le réseau de la santé, le gouvernement aurait une responsabilité politique pressante à laquelle il serait sage de se préparer maintenant, au cas où ».

Soit, précise-t-il, de « prendre des mesures exceptionnelles, de bien en expliquer les raisons aux citoyens et d’en prévoir l’applicabilité ».

Samedi, à l’émission Les faits d’abord, c’est d’ailleurs sans hésitation que l’ex-ministre délégué à la Santé David Levine, l’ex-sous-ministre à la Santé Yvan Gendron et Remy Trudel ont appuyé cette mesure de concert si elle devient nécessaire.

Bref, au lieu d’« emmerder les non-vaccinés », comme le veut le président Emmanuel Macron, agir plutôt de manière qu’ils cessent de mettre en danger les autres citoyens et le réseau de la santé auquel toute la population doit avoir droit.

La suite, demain.

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