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En démissionnant, Horacio Arruda est devenu le bouc émissaire idéal

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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Dans le merveilleux monde de la politique qui me passionne depuis toujours, il existe plusieurs saisons et, par tradition, à la veille des élections nous amorçons la saison des boucs émissaires politiques, c'est-à-dire les personnes qui ne cartonnent plus dans les sondages et qui deviennent un fardeau pour le parti au pouvoir. Dans un contexte pandémique et après les multiples enquêtes et rapports sur l’hécatombe dans les CHSLD et les résidences des personnes âgées (RPA), parions qu’il y aura une opération de «délestage politique» dans les prochains mois.  

Il pourrait y avoir, bien sûr, la ministre des Aînées, Mme Marguerite Blais, dont le témoignage est attendu bientôt devant l’enquête du coroner sur les conditions abjectes de mortalité des personnes aînées lors de la première vague. N’oublions pas non plus l’ex-ministre de la Santé, Mme Danielle McCann, mais celui qui retient tous les records de popularité pour le délestage dans la saison des boucs émissaires politiques, ce n’est nul autre que le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique et sous-ministre adjoint au ministère de la Santé. 

Pourquoi une telle popularité? Tout simplement parce qu’il est le plus visible dans les médias et, par conséquent, il devient le candidat idéal pour ceux qui attendent que le gouvernement le sacrifie ou qu’il démissionne sans trop de dommages politiques. Sa démission est une erreur stratégique, et voici pourquoi:

Que reproche-t-on au Dr Arruda? D’être un mauvais communicateur? Vraiment?

On peut reprocher au Dr Arruda certaines erreurs, le refus par exemple du port obligatoire du masque au début de la pandémie sous prétexte qu’il ne protégeait pas à 100% contre le virus, sachant très bien qu’à l’époque, la vraie raison était que le gouvernement n’avait pas une quantité suffisante de masques pour la population. C’est là, le paradoxe, comme le citait un éditorialiste de La Presse, «car on ne sait jamais si c’est le scientifique ou le membre du gouvernement qui parle». 

Tout au long des deux dernières années, le directeur national de santé publique a su garder son sang-froid malgré les périodes difficiles de privation que nous subissons tous, et surtout en dépit de la guerre contre un virus imprévisible qui a déjà fait 5,5 millions de morts dans le monde entier. 

Personnellement, je crois que le Dr Arruda a parfaitement rempli son rôle de vulgarisateur et de pédagogue en nous expliquant de manière simple les dangers reliés au virus si nous ne prenions pas les mesures de confinement et de précaution de base. N’oublions pas qu’il est conseillé par deux équipes de spécialistes de haut niveau, provenant de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et de l’Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESSS).

Le défi de la vaccination obligatoire à moyen et à long terme

Quand le feu est pris, est-ce que l’on sacrifie le chef des pompiers? À court terme, la mission du directeur de santé publique consiste à éteindre les feux allumés par le dernier variant Omicron, le plus contagieux et celui qui provoque actuellement le chaos dans notre système de santé. Toutefois, qu’en est-il des priorités à moyen et à long terme du directeur de santé publique, comme l’idée de la vaccination obligatoire? 

Une démission trop tôt, c’est dommage... une autre expertise sacrifiée! J’espère qu’il continuera à alimenter nos réflexions face à la pandémie qui risque de durer encore plusieurs années, comme le mentionnait le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos. Merci de votre dévouement, M. Arruda, pour votre rôle de vulgarisateur et votre contribution éducative pour mieux nous faire comprendre les enjeux de la pandémie.

Quebec
Photo d'archives Stevens Leblanc

Jean Baillargeon
Expert-conseil en communication stratégique