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Arruda parti, il est temps de penser à la suite

Conférence de presse du premier ministre du Québec, M. François Legault, à Montréal
Photo d'archives, Ben Pelosse

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La démission de Horacio Arruda était inévitable. 

L’homme n’était pas sans mérite, surtout au début de la pandémie. Mais au fil des mois, le responsable de la Santé publique était devenu un personnage politique. Sa crédibilité s’usait. Et au moment où la gestion de la pandémie dérape, François Legault n’avait pas d’autre choix que de le sacrifier.

Son départ permettra de redéfinir la gestion de la crise. 

Crise

Mais il devrait aussi nous permettre d’entamer une réflexion de fond sur la suite des choses. 

Je ne parle pas d’une société d’après la COVID. Elle viendra, certainement, mais nul ne sait quand. 

Je parle d’une nécessaire rupture à l’intérieur même de la crise. Je parle d’une rupture avec cette logique de panique qui pousse le gouvernement à croire qu’il a le droit de suspendre la vie sociale et économique et d’imposer un couvre-feu, comme s’il s’agissait d’une mesure normale et légitime. 

Une société démocratique ne peut pas vivre dans un état d’urgence permanent. 

Elle ne peut pas non plus considérer la liberté comme une récompense offerte aux citoyens quand la situation sanitaire le permet.

Après deux ans de pandémie, je ne parviens pas à comprendre qu’on banalise de telles mesures. 

Je m’étonne encore plus qu’une grande part de la population les accepte, ou du moins, dise les accepter, même si elle négocie au jour le jour avec elles.

Certains nous disent qu’il faut mettre la science au pouvoir. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Cette formule est plus dangereuse qu’on ne le croit. 

La politique doit conserver ses droits. Si la science doit l’éclairer, elle ne saurait s’y substituer. On appelle ça la démocratie. Faut-il confiner ? Faut-il fermer les restaurants ? Faut-il fermer les écoles ? Faut-il fermer les frontières ? Ces questions ne sont pas « scientifiques », mais politiques. 

Elles reposent sur une évaluation de plusieurs facteurs en présence, à partir de certains principes et certaines valeurs.

Il suffit de regarder comment la pandémie est gérée ailleurs dans le monde pour comprendre qu’il y a plusieurs manières de l’aborder. 

Et qu’on ne se trompe pas : la crise du système de santé n’est pas exclusive au Québec. 

Il y a quelque chose d’insensé à voir nos sociétés à ce point prises en otage par un système de santé déficient, qui peut s’effondrer au moindre débordement. 

C’est une certaine idée de la social-démocratie qui se désagrège sous nos yeux. 

Démocratie

Une certaine idée de l’efficacité de la gestion bureaucratique de la société, comme en témoigne l’affaire des tests rapides, se décompose aussi.

D’autres questions émergent. L’une d’entre elles prend beaucoup de place en ce moment : comment mettre la pression sur les non-vaccinés ? Après avoir décidé de leur bloquer l’accès de la SAQ, Québec envisage de leur infliger un impôt particulier. 

Je veux bien en parler. 

Je redoute toutefois que d’ici quelques années, on impose un impôt aux fumeurs ou aux obèses, pour les punir aussi de leurs comportements en contradiction avec une saine hygiène de vie. 

Qu’on ne me dise pas que c’est impossible : le précédent sera déjà là.