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Des médecins disent non à l’imposition d’une contribution financière aux non-vaccinés

Doctor giving patient vaccine
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Devant cette pandémie causée par la COVID-19, Médecins québécois pour le régime public (MQRP) réitère l’importance de la vaccination comme mesure de santé publique. La vaccination est une mesure utile et efficace. Cependant, nous nous devons de dénoncer l’idée d’imposer une contribution financière supplémentaire aux adultes non vaccinés. Cette mesure nous paraît inacceptable comme moyen de gestion de la crise actuelle.  

Au moment où la pandémie frappait le Québec, nous constations déjà à quel point le système de santé était à bout de souffle, à la suite de nombreuses années d’austérité et de réformes de centralisation. 

Les 30 dernières années de gestion erratique et de sous-financement chronique public des soins de santé ayant mené aux conditions de travail difficiles pour les soignants, à la pénurie de personnel et aux ruptures de services ne peuvent être un argument pour imposer une telle mesure. 

Imputer les problèmes actuels du système de santé à la population non vaccinée est un raccourci bien douteux. Autrement dit, un système mieux soutenu arriverait à soigner plus facilement une population avec une couverture vaccinale de 88%. 

Une pente glissante

Nous craignons une pente glissante vers une marchandisation encore plus importante de la santé. Notre modèle de financement de la santé n’est pas basé sur le fardeau des facteurs de risque d’un patient, incluant son statut vaccinal, mais bien sur l’imposition de ses revenus. 

Ainsi, plusieurs facteurs mettent les gens à risque de se retrouver malades et de devoir être soignés dans le système de santé public – sédentarité, usage de substances, etc. Ceux-ci sont souvent perçus comme de mauvais choix individuels, alors qu’en dessous se cachent des structures sociales complexes. 

Ouvrir la porte à une «contribution santé» selon ce facteur de risque met la table pour des initiatives semblables de tout acabit et invite possiblement l’assurance privée et son modèle lucratif dans les soins de santé. 

Pour avoir des services publics forts, les gouvernements mettent en place une fiscalité progressive à la hauteur de leurs missions publiques. Ces revenus ne devraient être utilisés qu’au service de l’intérêt public et du bien commun. La médecine n’est pas une relation d’affaires, c’est une relation humaine. 

Qui sont les non-vaccinés?

Par ailleurs, qui sont les non-vaccinés? Avons-nous bien rejoint ce sous-groupe de la population, qui est tout sauf homogène? Certaines personnes font certes le choix de ne pas se faire vacciner par croyance ou conviction, mais nous estimons également que de nombreuses personnes ne sont pas vaccinées par manque d’accès adapté. 

Par exemple, la sensibilisation et l’éducation, dans certains milieux, ne sont pas optimales, par conséquence du manque de ressources y étant consacrées et de l’adaptation de celles-ci. 

Les services sont aussi limités pour rejoindre les populations les plus défavorisées: les personnes en situation d’itinérance, âgées à mobilité réduite, issues de l’immigration et ne maîtrisant pas les langues officielles, n’ayant pas accès à internet, ayant des problèmes de santé mentale, ayant des troubles cognitifs, ayant un problème d'analphabétisme, en perte d’autonomie, etc. 

Le virage ambulatoire amorcé dans les années 1990 n’a pas été accompagné d’un financement et d’un soutien suffisants pour les soins prodigués en dehors des hôpitaux. L’universalité et l’équité de l’accès aux soins se sont effritées rapidement et nous assistons aujourd’hui aux répercussions négatives. 

Discriminatoire

Enfin, quelles que soient les raisons qui sous-tendent le refus vaccinal d’une petite partie de la population, et qu’importe que nous tenions pour justes ou non ces raisons, nous croyons que de lui imposer un fardeau financier comme mesure punitive est discriminatoire, injuste, et créerait un précédent périlleux. 

La solution de la crise actuelle n’est pas une taxation supplémentaire d’un sous-groupe de la population, mais une réforme approfondie de notre système de santé et une valorisation des services publics. Nous rappelons au gouvernement que la lutte contre la pandémie est contre un virus et non contre certains de nos concitoyens, et que, devant ce virus, nous ne sommes pas tous égaux. 

Dre Camille Pelletier Vernooy et le conseil d’administration de MQRP

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