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Sûreté du Québec: trois policiers anti-mesures sanitaires sous enquête

Trois policiers ont participé à un rassemblement de complotistes diffusé sur le web

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La Sûreté du Québec (SQ) a ouvert une enquête disciplinaire sur trois de ses policiers qui ont assisté à un rassemblement de complotistes et critiqué ouvertement les mesures sanitaires décrétées par le gouvernement Legault.  

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Les trois policiers sont en vedette dans une vidéo diffusée en ligne le 30 décembre dernier, alors que 16 461 nouveaux cas de COVID-19 étaient diagnostiqués au Québec. 

Les participants au rassemblement de complotistes portaient des costumes de policier, d’infirmière ou encore de pompier.
Captures d’écran d’une vidéo de Policiers pour la liberté
Les participants au rassemblement de complotistes portaient des costumes de policier, d’infirmière ou encore de pompier.

Deux d’entre eux y affirment même avoir un malaise à faire appliquer les lois en vigueur dans la province.  

La policière Marie-Claude Nadeau, qui patrouille normalement dans la MRC des Maskoutains, en Montérégie, y prend la parole devant un parterre de supporters non masqués.  

« Je vis un conflit de loyauté parce que je dois appliquer de nouvelles recommandations décidées par décret et non votées par l’ensemble des élus à l’Assemblée nationale qui sont contre mes valeurs parce qu’elles se veulent discriminatoires », clame-t-elle sur un ton solennel. 

« Je ne pourrai servir cette justice de manière intègre », ajoute-t-elle en suscitant des applaudissements nourris.

La policière est vêtue d’un uniforme noir avec l’insigne de Police for Freedom, un mouvement né en Espagne qui compte maintenant une succursale au Québec du nom de Policiers pour la liberté (voir encadré).

Marie-Claude Nadeau, que ses collègues décrivent comme une bonne patrouilleuse, nous a finalement raccroché la ligne au nez après plusieurs tentatives pour la joindre.  

« Mandat qui viole les droits »

Ion Patras, lui aussi patrouilleur, affirme dans la vidéo que les mesures d’urgence sanitaires portent atteinte à la mission du policier. 

« Nous ne pouvons pas participer aveuglément à l’exécution d’un mandat qui viole les lois de notre pays », lance-t-il sur scène. 

« En tant que policier, je me prononce pour le respect de l’autonomie corporelle et le libre choix de l’individu de recevoir ou non des traitements médicaux », croit celui qui pense aussi que les médias et le gouvernement exercent un contrôle total de l’information divulguée au public. Nous avons été incapables de le joindre.   

  • Écoutez la revue de l'actualité de Philippe-Vincent Foisy et Alexandre Moranville-Ouellet sur QUB radio :   

Rien de contestataire selon lui

Le troisième policier visé par l’enquête de la Direction des normes professionnelles de la SQ est Stéphane Lamarre, un moniteur en sécurité routière qui travaille au poste de la SQ de Boucherville.

Il ne prend pas la parole lors de l’assemblée, mais apparaît sur une vidéo de promotion du groupe Policiers pour la liberté.  

On le voit se recueillir avec ses collègues, dans des images intercalées avec des extraits d’un célèbre discours de Nelson Mandela à Soweto quelques mois avant la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. 

Joint par notre Bureau d’enquête, il ne voit rien de contestataire dans sa présence au sein du groupe. 

« Ça ramène à l’éthique du policier qui est de protéger et servir la population avec la Constitution et la Charte », a-t-il affirmé. 

Qu’est-ce que Policiers pour la liberté ?  

Le mouvement Police for Freedom est né en Espagne au début de la pandémie, pour revendiquer que les mesures sanitaires décrétées par Madrid étaient liberticides et disproportionnées. 

Au Québec, le regroupement se nomme Policiers pour la liberté.

Les discours entendus lors de l’assemblée diffusée à la fin décembre ont tous en commun l’idéologie selon laquelle la Charte canadienne des droits et libertés et la Constitution rendent inapplicables les décrets adoptés par le Conseil des ministres de François Legault.  

« Ils s’inspirent clairement de l’idéologie Freeman on the Land », observe une source policière qui connaît bien ce genre de mouvance antiétatiste. 

« C’est-à-dire qu’ils ne se considèrent pas comme liés aux lois votées par l’État. » 

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