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Chirurgies reportées: quand le délestage prolonge les souffrances

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Photo courtoisie Colombe Gagnon, 43 ans, voit ses douleurs empirer de jour en jour.

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Le délestage causé par l’importante hausse des hospitalisations au Québec prolonge les souffrances de nombreux patients en attente de chirurgie au Québec.

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« Chaque jour, je découvre de nouvelles douleurs, c’est une surprise chaque matin quand je me réveille », déplore Colombe Gagnon, originaire de Rivière-Ouelle, dans le Bas-Saint-Laurent.

À 43 ans, elle souffre de plusieurs hernies discales pour lesquelles elle raconte que, selon son médecin, elle devait subir une chirurgie en octobre.

« Novembre est passé, décembre est passé. L’infirmière a toujours le même message : ton dossier est en priorité. »

Elle est convaincue que le délestage lié à la pandémie est ce qui retarde son opération, même si l’hôpital refuse de le lui confirmer.  

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Mme Gagnon affirme que son état se dégrade de jour en jour et qu’elle doit aujourd’hui passer ses journées à ne rien faire puisqu’une simple tâche comme vider le lave-vaisselle est devenue trop douloureuse.

« Je ne suis pas capable de rester debout plus que 5 minutes, je ne peux pas rester assise sur une chaise carrée. En octobre, ce n’était pas ça », ajoute-t-elle, en disant craindre des effets permanents de ce problème sur son système nerveux.

Elle implore les gens « qui se foutent du virus » et qui refusent de se faire vacciner de réaliser les conséquences de leurs choix sur les personnes comme elle.

« Je n’en peux plus. Je n’ai plus de vie. Je ne sais pas ce que ça va prendre pour que les gens comprennent que c’est nous qui payons le prix de tout ça et le personnel de la santé. »

Pas de retour au travail ?

Rachel Dionne, 48 ans, n’en peut plus elle non plus de souffrir. Vivant tous les jours avec d’intenses douleurs menstruelles, elle dit que sa chirurgie pour lui retirer son utérus devait d’abord avoir lieu en septembre 2019.

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Puis, les reports de son opération se sont multipliés avec l’arrivée de la pandémie, et elle craint maintenant que son retour sur le marché du travail ne soit compromis par son état de santé.

« Je perds du sang chaque jour depuis trois ans. Si je veux que les crampes partent, il faut que je me couche. Ça prend au moins une heure. Ça arrive au moins deux fois par jour. » 

Renvoyée chez elle avant sa chirurgie  

La chirurgie de Marie-Jeanne Plasse a été annulée. Elle pose avec son fils, Alain Plasse et son conjoint André Plasse.
Photo Martin Alarie
La chirurgie de Marie-Jeanne Plasse a été annulée. Elle pose avec son fils, Alain Plasse et son conjoint André Plasse.

Une dame de 81 ans qui était à quelques secondes de subir une opération pour faire retirer l’eau de son cerveau hier a vu sa chirurgie être annulée sur place en raison du délestage.

« L’espoir qu’on a eu de retrouver notre mère après cinq ans à ne pas être elle-même [...] ça fait mal en crisse aujourd’hui », témoigne Alain Plasse, avant d’éclater en sanglots au téléphone avec Le Journal

Il a accepté de nous parler après avoir d’abord dénoncé la situation sur les réseaux sociaux.

Depuis plusieurs années, sa mère Marie-Jeanne Plasse, 81 ans, a des problèmes de mémoire, de motricité et d’équilibre. Or, ce n’est qu’en 2020 qu’un médecin a trouvé la source du problème après un faux diagnostic d’Alzheimer : de l’hydrocéphalie, une accumulation de l’eau au cerveau.

Une première ponction lombaire, qui a permis un retrait du liquide, avait permis à Mme Plasse de redevenir temporairement elle-même, à la fin juin 2021, donnant l’espoir à toute sa famille d’une voie vers la guérison.

« On n’a plus de lits ! »

Hier, Mme Plasse devait arriver à 5 h 45 le matin pour subir une chirurgie à l’Hôpital Charles-Le Moyne afin qu’on lui place un drain qui devait prévenir l’accumulation de liquide.

Sa famille avait fait de nombreux préparatifs, comme avertir la Sûreté du Québec d’un déplacement pendant le couvre-feu puisqu’ils habitent à Sorel-Tracy, et organiser son départ tôt puisqu’elle n’est pas autonome.

Or, arrivés à l’hôpital, à quelques secondes d’entrer dans la salle d’opération, la famille a reçu une bien mauvaise nouvelle, raconte M. Plasse.

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Photo Martin Alarie

« L’infirmière a reçu un beau petit sifflet pour se faire dire : “Oubliez ça, on doit renvoyer votre mère. On n’a plus de lits !” C’est de même qu’ils me l’ont dit. »

Ainsi, la famille est repartie bredouille, sans savoir quand Marie-Jeanne allait pouvoir revenir à la normale.

Frustration

« Je suis vraiment frustré », lance Alain Plasse.

Il déplore que les personnes non vaccinées occupent disproportionnellement les lits des hôpitaux et il les tient en partie responsables du report de la chirurgie de sa mère. 

« Je ne vois pas le bon sens là-dedans », résume-t-il, en soulignant qu’il a été malgré tout bien traité par tout le personnel de l’hôpital.

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