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«Un cauchemar qui ne s’arrête pas»: cet entrepreneur envisage de quitter le domaine des bars après 10 ans de carrière

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Portrait de Mathieu Ménard, propriétaire des bars Le Minéral, Le Blind Pig et nouvellement Le Waverly

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Vingt-deux mois après le début de la pandémie, le tenancier de trois bars montréalais Mathieu Ménard qualifie de «cauchemar» sans fin la situation qu'il vit en tant qu’entrepreneur et songe à quitter le domaine.

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«Serais-je mieux de retourner en agence, ne plus avoir de stress [...] plutôt que d’être chez nous à faire de l’anxiété, à voir un gouvernement qui promet des choses et qui tarde à les donner, à recevoir le téléphone de certains fournisseurs qui veulent être payés?» se questionne celui qui est copropriétaire des bars Waverly, Le Blind Pig et Minéral, ainsi que de l’épicerie italienne Aperitivo Village, rue Atateken, à Montréal.

L’entrepreneur de 36 ans et ses associés sont actuellement en période de réflexion concernant l’avenir de leurs actifs. Mathieu Ménard qualifie la situation actuelle de «cauchemar qui ne s’arrête pas».

Pour le moment, il n’envisage pas de «tirer sur la plug», en raison des engagements financiers qu’il doit respecter auprès des institutions financières et des propriétaires d’immeubles dans lesquels il loue des locaux.

Tanné de se «serrer les coudes»

Mathieu Ménard
TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI
Mathieu Ménard

Malgré tout, l’entrepreneur n’en peut plus de se «serrer les coudes» comme le lui demande le premier ministre François Legault, alors que ses homologues des autres pays peuvent toujours exploiter leurs commerces.

«[Le gouvernement disait]: “Faites-vous vacciner, ça va être votre passeport pour la liberté.” C’est de la bullshit. C’est un pas en avant et un pas en arrière», pense celui qui comprend tout de même la situation épidémiologique du Québec.

Mathieu Ménard estime qu’il aurait pu générer des ventes de plus de 700 000$ s'il avait pu accueillir des clients au Blind Pig entre janvier et juin 2021.

«Cet argent-là ne reviendra jamais», craint-il. Il chiffre maintenant à 130 000$ sa dette pour ledit établissement.

En affaires depuis 10 ans

Mathieu Ménard, assis entre deux plexiglas dans sa brasserie Le Blind Pig, à Montréal, déplore l’incompétence du gouvernement dans la gestion de la crise.
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Mathieu Ménard, assis entre deux plexiglas dans sa brasserie Le Blind Pig, à Montréal, déplore l’incompétence du gouvernement dans la gestion de la crise.

Mathieu Ménard a commencé sa carrière dans la restauration il y a un peu plus de 10 ans. Ébéniste de formation, celui qui travaillait dans une agence de marketing caressait le rêve de travailler dans le domaine. Il a d'abord mis sur pied Le Chasseur, un resto-bar situé dans le quartier Hochelaga, à Montréal, mais l'établissement a finalement fermé ses portes trois ans plus tard. C'est à ce moment que l'aventure du Blind Pig, toujours dans Hochelaga, a commencé.

En 2020, pendant la deuxième vague de la pandémie, il a ouvert le bar Minéral ainsi que le Blind Tiger, un resto thaïlandais «take-out». Mais, faute de rentabilité et de motivation, l’entrepreneur ne souhaite pas revivre l’expérience des repas pour emporter.

En février 2021, il lance Aperitivo Village, mais cet établissement a fermé ses portes mercredi, pour une durée indéterminée. La cause: le trop peu d’achalandage. «Dans les rues, il n’y a personne. [Avec les récentes fermetures] la ville est morte», déplore-t-il.

Quelques mois plus tard, en novembre 2021, il est devenu copropriétaire du Waverly, rue Saint-Laurent.

Mais après autant de projets lancés, pourquoi songe-t-il à abandonner? «[Cet été], on était encore dans un discours [du gouvernement Legault] nous disant qu’advenant une autre vague, il ne fermerait pas [les bars et restaurants]. On a fait confiance au gouvernement [...] mais ce n’est pas du tout ce qui est arrivé», dit Mathieu Ménard.

Pas le premier cri du cœur

David McMillan
AFP
David McMillan

Au cours des derniers mois, Antonin-Mousseau Rivard (Le Mousso) et David McMillan (Joe Beef) ont exprimé, sur les réseaux sociaux, des inquiétudes à propos de l’industrie de la restauration. David McMillan a même quitté le domaine il y a deux mois, épuisé de sa carrière.

Les différents cris du cœur de ses homologues ne le laissent pas indifférent. «Il va falloir considérer l’âme de la table et la restauration comme un moteur économique», pense-t-il.

Il exhorte le gouvernement Legault à se pencher sur la situation économique de la Ville de Montréal. «L’été dernier, [les différents paliers de gouvernement] se demandaient comment faire pour réanimer le centre-ville. Ils l’ont tué. Ce n’est pas une réanimation que vous devez faire, c’est une naissance. Mais une naissance, ça va prendre des années à revenir», ajoute l’entrepreneur.

Lors de la prochaine ouverture des restaurants, les clients doivent s’attendre à une hausse significative des prix, avance-t-il.

Au cours des dernières années, le prix de ses aliments, de ses assurances et de l'électricité a augmenté radicalement, note-t-il. «Toutes mes dépenses ont doublé dans les 10 dernières années, mais pas le prix de mon burger, conclut Mathieu Ménard. Ça ne fait plus aucun sens.» 


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