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Et si les démocrates perdaient à la régulière?

Et si les démocrates perdaient à la régulière?
Photo AFP

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Après avoir tenté de présenter l’image d’un président rassembleur pendant la majeure partie de 2021, Joe Biden hausse le ton en 2022. Il a décoché de nombreuses flèches en direction de son prédécesseur et de nombreux élus républicains.

Comme le soulignait le collègue Pierre Martin, le président a également enfourché un nouveau cheval de bataille, celui de la protection de la démocratie. Si, objectivement, elle est ébranlée, déjà les activistes démocrates qui luttent pour la protection du vote des minorités considèrent que leur président se lance trop tard dans la bataille. Plusieurs d’entre eux étaient d’ailleurs absents lors de son intervention en Géorgie.

De plus, en associant les opposants aux projets de loi qu’il favorise aux gouverneurs ou politiciens racistes des années 1960, Joe Biden a écorché la sensibilité de sénateurs démocrates dont il a besoin pour obtenir la majorité au Sénat. Peu importe que le président ait raison sur le fond, la démocratie américaine bat de l’aile, il braque les ennemis et s’aliène des alliés potentiels.

Outre les réactions des politiciens face à la croisade du président, une autre donnée devrait troubler les stratèges du Parti démocrate dans le contexte actuel. Le Parti républicain n’aura peut-être même pas besoin de toutes ces manipulations malsaines des règles électorales pour s’emparer du pouvoir.

Dans l’édition du 11 janvier du Washington Post, Megan McArdle imaginait un scénario qui devrait troubler le sommeil des élus et des électeurs démocrates. En 2024, le GOP pourrait contrôler la présidence et les deux chambres en respectant les règles actuelles.

Depuis le début du 21e siècle, les démocrates semblent miser sur l’évolution démographique du pays, croyant qu’à moyen et long termes la progression inéluctable des représentants des minorités leur permettra de s’imposer. Vous l’aurez deviné, la réalité est plus complexe que ça et les démocrates oublient de colmater leurs brèches ou négligent de réapprendre à parler à l’ensemble de la population.

Non seulement les républicains parviennent-ils à séduire de plus en plus d’hispanophones, mais les divisions internes des démocrates entraînent parfois un manque d’ardeur pour certains segments. Un ou une progressiste déçu(e) ne se transformera pas en républicain(e) d’ici 2024, mais il ou elle pourrait choisir de rester à la maison, comme ce fut le cas en 2016.

Biden est coincé dans un étau. Il ne peut espérer répéter la victoire de 2020 si les progressistes ne se mobilisent pas, mais, s’il leur laisse trop de place, il va refroidir les ardeurs des plus modérés, qui lui ont donné une chance lors des dernières élections.

S’il a besoin des progressistes, le président est bien conscient que ce groupe se concentre dans les grandes villes, là où les démocrates font déjà souvent le plein d’électeurs. La victoire risque une fois de plus de se jouer dans les banlieues et ce ne serait pas non plus une mauvaise idée de se rappeler au bon souvenir de certaines circonscriptions rurales. Parfois, les ruraux se rabattent sur le GOP tout simplement parce que les démocrates les ont oubliés.

Comme nous sommes au début d’une année électorale, les sondages se multiplient, autant pour les courses les plus intéressantes au Congrès que pour le taux de satisfaction du travail de Joe Biden. Il y a bien peu de bonnes nouvelles pour les démocrates. Les possibilités de perdre la majorité dans les deux chambres sont réelles et Biden s’enfonce encore un peu avec un taux d’approbation famélique de 33%.

S’il est vrai que les élections de mi-mandat sont rarement favorables au parti qui détient la Maison-Blanche et que les choses peuvent encore s’améliorer significativement pour la présidentielle de 2024, les démocrates ont largement de quoi s’inquiéter.

Même majoritaires, les démocrates hésitent encore souvent à écraser l’opposition ou à profiter de leur pouvoir. Qu’ils soient soucieux de projeter une image de protecteurs des institutions, ou bien hésitants à rejeter du revers de la main toute approche bipartisane, les démocrates se refusent à revoir les procédures complexes du Sénat pour mettre fin à l’obstruction systématique, alors qu’ils jouissaient de deux années complètes pour agir malgré leurs divisions internes.

Si je ne peux prédire l’avenir, je suis convaincu d’au moins une chose. Pendant que les démocrates hésitent et se querellent entre eux, les républicains n’ont qu’à se pencher pour cueillir le fruit mûr. Soyez convaincus qu’une fois élus, ils sauront profiter de cette majorité et qu’ils agiront là où les démocrates ont fait du surplace.

Alors qu’ils ont déjà entrepris des opérations pour politiser le processus électoral dans plusieurs États pivots et qu’ils s’emploient à contrôler ou limiter la participation des minorités, vous croyez que les républicains s’arrêteront en chemin lorsqu’ils seront majoritaires à Washington? Moi pas.

La représentation au Sénat et le collège électoral confèrent déjà des avantages non négligeables aux républicains; il faut éviter de les laisser manipuler le reste du processus à leur avantage. Si les démocrates perdent «à la régulière», avec les règles actuelles, ils risquent de trouver l’avenir bien sombre.