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Luc Dionne, l'auteur de longue distance

ART-DISTRICT 31
Photo d'archives Luc Dionne

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Luc Dionne, c’est le Gérard Côté de l’écriture télévisuelle.

À cette différence près que Dionne fait presque deux fois le poids du célèbre coureur de Saint-Hyacinthe, quadruple vainqueur du marathon de Boston entre les années 1940 et 1948. C’est normal qu’il en soit ainsi, car Luc passe tout son temps assis, les yeux rivés sur l’écran et les doigts scotchés sur le clavier de son ordinateur.

Le célèbre Gérard Côté a fini par enlever ses baskets après avoir couru 192 000 kilomètres (exactement la moitié de la distance entre la Terre et la Lune). En avril, Luc Dionne mettra fin à District 31. Il aura écrit quelque six millions de mots. C’est à peu près cinq fois les sept tomes réunis de Harry Potter. J.K. Rowling peut toujours aller se rhabiller !

C’est seulement au milieu de la quatrième saison que je me suis laissé happer par la quotidienne de Radio-Canada. Je ne suis pas très amateur d’émissions policières et j’ai des réserves à fixer un écran plutôt que regarder ce que je mange. Hélix, sa facilité d’enregistrement et les nombreux amis qui me cassaient les oreilles avec District 31 ont réussi à vaincre ma résistance. J’ai fini par ne plus pouvoir me passer de ces policiers, qui me semblent plus vrais que nature.

UNE STATUE POUR LUC

Le sont-ils ? Luc Dionne est mieux placé que moi pour répondre à la question. Les seuls policiers que j’ai connus sont ceux qui m’ont collé des contraventions. Chaque fois, notre conversation s’est résumée à quelques mots marmonnés de façon inintelligible entre les dents. Autant de mon côté que du côté des policiers. C’est d’ailleurs le seul reproche que je fais à ceux de District 31. Leurs dialogues nous échappent souvent, car ils marmonnent. Les policières, elles, articulent. Voilà un bon sujet d’étude.

Un jour, il faudra élever une statue à Dionne. Nommer une rue, un parc ou, mieux encore, un poste de police. Que dis-je ? Pourquoi pas le quartier général de la SPVM ? Luc a réussi ce que personne n’avait encore réussi. À ma connaissance, du moins. Il a écrit une série quotidienne qui a captivé durant six saisons de télé, le tiers de la population adulte du Québec. Ses policiers et ses policières sont devenus des intimes. Ils ont préférence sur tout. Même sur les appels téléphoniques qu’on reçoit et la sonnerie de la porte.

L’APPORT DES PRODUCTEURS 

Nous, les accros de District 31, ne regarderons plus jamais les agents de police avec agressivité. Soit ! il y a des ripoux, mais ils ne sont pas si nombreux et Luc les campe avec autant de sympathie qu’il met en scène ses bandits. Vous en voulez vraiment à Denis Corbin et à Tonio ? Comme moi, vous boiriez volontiers un café avec Ryan Robin ? On va s’ennuyer de la voix rauque de Dan Bigras. Une chance qu’il reste les pubs des camions Ram !

District 31 n’aurait jamais eu pareil succès sans l’apport de Fabienne Larouche et de Michel Trudeau. Cette incroyable série fait la preuve qu’ils sont tous les deux des producteurs créatifs connaissant très bien la valeur inestimable des auteurs. Si de plus l’auteur se nomme Luc Dionne, c’est un diamant qu’on n’a pas besoin de polir, car on sait qu’il brillera. 

Ce diable d’homme pourrait même avec DPCP, sa prochaine série, réussir à faire oublier les bien-aimés policiers de District 31. S’il y arrive, je ne suis pas sûr que je lui pardonnerai !