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Une taxe qui frappe l'imaginaire, mais...

GEN-Conférence de presse du premier ministre François Legault pour annoncer le nouveau directeur nationale de la  santé publique par intérim
Photo Agence QMI, Mario Beauregard

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Que faire des non-vaccinés ? Comment les pousser vers la piqûre ? Cette question obsède le gouvernement Legault. 

Il fallait d’abord leur interdire l’accès aux restaurants. Puis à la Société des alcools. Puis à la SQDC. Mais apparemment, cela n’allait pas assez loin. Le gouvernement Legault se demande aujourd’hui s’il ne faudrait pas leur imposer un impôt particulier, pour les amener à payer leur contribution démesurée aux soins de santé, d’autant qu’ils occupent de manière disproportionnée les soins intensifs dans les hôpitaux. Il veut frapper fort.

Coercition

Plusieurs s’en réjouissent : qu’ils paient le prix de leur irresponsabilité ! On comprend l’idée. Elle repose sur l’exaspération légitime du grand nombre qui veut en finir avec la crise sanitaire et qui est prêt à prendre les grands moyens pour y parvenir. Il arrive que la coercition doive se substituer à la persuasion. 

Cette idée fait parler d’elle partout à travers le monde. À Paris, hier, la plupart de mes collègues m’en parlaient. Certains la trouvent brillante. D’autres s’en inquiètent. Ils se classaient dans les deux camps – mais à peu près tous condamnaient l’interdiction d’accès à la SAQ ! Les Français demeurent des Français !

Devant cette proposition, les questions viennent en rafales au triple dosé heureux de l’être que je suis. 

Certaines vont de soi : faudra-t-il taxer également ceux qui ont deux doses, mais refusent ou tardent à prendre la troisième et après-demain, la quatrième ? Faudra-t-il taxer exclusivement ceux qui refusent toute dose de vaccin ? 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

D’autres questions nous viennent à l’esprit : dès lors qu’on entend créer un impôt spécifique pour punir une catégorie de la population, verra-t-on, au fil du temps, d’autres catégories de citoyens ciblées par de nouveaux impôts ? 

Faudra-t-il forger un nouvel impôt pour les obèses qui font un infarctus ? Et pour les jeunes à casquette qui roulent à 200 kilomètres-heure sur l’autoroute et qui se retrouvent aux urgences ? Et pour les fumeurs qui font un cancer du poumon ? On nous dira déjà que la cigarette est surtaxée dans cet esprit. 

J’entends la réponse : il s’agirait d’une mesure d’exception temporaire. Certes. Dans cette optique, l’argument est probablement recevable. Mais en démocratie, nous le savons, les mesures d’exception ont tendance à imposer une nouvelle normalité, et les mesures temporaires, à s’inscrire dans la durée. 

  • Écoutez la chronique de Mathieu Bock-Côté au micro de Richard Martineau sur QUB radio :

Inquiétude

Mon inquiétude, de plus en plus vive, je le confesse, est simple : sommes-nous en train de fabriquer, d’une mesure pragmatique à une autre, un nouveau modèle de société, où les libertés s’éroderont et où les mesures d’exception se banaliseront ? 

Alors, taxer les non-vaccinés, est-ce une bonne idée ? Si au moins on avait la certitude que cette mesure pouvait nous sortir de la crise. Si au moins elle était décisive. Si le gouvernement parvient à prouver que cette mesure peut mettre fin à la crise, il emportera l’adhésion populaire.

Sinon, il donnera seulement l’impression d’avoir trouvé une mesure de défoulement à un moment où tout semble lui échapper.