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Le docteur Boileau sera-t-il indépendant?

GEN-FRANCOIS-LEGAULT
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Catapulté par intérim à la Direction nationale de santé publique du Québec, en pleine cinquième vague, le Dr Luc Boileau aura une mission qui s’annonce complexe, exigeante et un brin piégée sur le plan politique.

Complexe et exigeante, parce qu’il arrive alors que la confiance des Québécois envers la gestion de la pandémie a glissé de 81 à 65 %.

Piégée, parce qu’après les cafouillages répétés de son prédécesseur, Horacio Arruda, plusieurs voix, dont celle du Collège des médecins, réclament la dépolitisation de la Santé publique et de son patron. Et ça, c’est lui.

Or, le même problème de taille demeure. À titre de sous-ministre adjoint, son indépendance du pouvoir politique, comme pour le Dr Arruda, risque d’être limitée.

Sur la forme et sur le fond, le Dr Boileau, inconnu du grand public, détonne pourtant du Dr Arruda. Technocrate issu du sérail de la haute fonction publique, il possède des compétences et une expérience qui, jusqu’à preuve du contraire, sont nettement plus solides.

Pour avoir dirigé l’Institut national de santé publique et l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux, malgré les inévitables travers propres à tout bon technocrate, Luc Boileau y aura néanmoins appris à fonctionner de manière « indépendante ».

Commandes passées

La tendance du premier ministre à passer ses « commandes » publiquement au patron de la Santé publique, si elle perdure, lui nuira cependant. Encore avant Noël, M. Legault disait souhaiter des rassemblements de 25 personnes.

Même si c’était imprudent, Horacio Arruda avait obtempéré, comme d’habitude. Le jour même de l’arrivée du Dr Boileau au sein du « trio santé », M. Legault disait maintenant souhaiter un retour en classe dès le 17 janvier. Luc Boileau l’autorisait hier.

De fait, la même valse se danse depuis le début de la pandémie. Comment savoir alors si les avis de la Santé publique sont indépendants ou non du politique ? La question n’est pas anodine.

Que le premier ministre, imputable à la population, soit celui à faire les arbitrages ultimes est attendu. Il est toutefois essentiel qu’il soit éclairé par la Direction de santé publique de la manière la plus rigoureuse qui soit.

Il en va de l’intégrité et de l’efficacité même du processus décisionnel au sein de la cellule de crise, dont le premier ministre est le général en chef.

Le « style » Boileau

Dans son nouveau rôle, le Dr Boileau devra aussi faire montre d’un talent certain de pédagogue. De la clarté et de la cohérence de ses explications, dépendra l’adhésion déjà chancelante des Québécois à ce trop long combat.

Or, son avis donné hier sur les masques de type N95 – qu’il dit « aussi sécuritaire » pour les enseignants que les masques de procédure – déçoit sérieusement.

Souhaitons que rapidement – la COVID se propageant par aérosols suspendus dans l’air dans des lieux mal ventilés –, son avis sur les masques et la ventilation suivent mieux les connaissances scientifiques les plus informées.

Et pour cause.

Moins flamboyant et brouillon que le Dr Arruda, si le Dr Boileau, une fois bien installé dans son nouveau rôle, venait à « oser » sortir des sentiers trop battus de la Santé publique québécoise et n’hésitait pas à consulter des experts extérieurs à ceux de la fonction publique, le « style » Boileau pourrait s’avérer être le bon pour une crise qui s’éternise.

Mais seul le temps – et en pandémie, il court vite – saura le dire.