/opinion/faitesladifference
Navigation

Message d’une fille de la masse

Isabelle Lemieux
Photo Pierre-Paul Poulin Isabelle Lemieux avec ses enfants Émile et Marie

Coup d'oeil sur cet article

Lundi 10 janvier 2022. Je regarde l’horloge de la cuisine furtivement en préparant les rôties des enfants. 8h20. Du coin de l’œil, j’aperçois ma fille qui joue avec le chat alors que son enseignante de 4e année essaie tant bien que mal de préparer les enfants à l’évaluation de français. Ça fait trois fois que je lui demande de sortir son livre et de laisser le chat vivre sa vie de chat. Je vais devoir le mettre dehors. Ma fille me fait de gros yeux et sort son cahier en soupirant.

• À lire aussi: Retour en classe: encore beaucoup d’inquiétudes

Mon fils, assis ou plutôt écrasé au bout de la table, joue avec une efface. Secondaire 1. Quoi de moins intéressant que d’être assis avec sa mère et sa petite sœur dans son cours de science? À cet âge, la seule motivation assez convaincante pour se lever de son lit est d’aller rejoindre ses amis. Il dort debout. Je constate qu’il a son cartable de mathématiques d’ouvert, alors que son enseignant parle de molécules. Il n’a visiblement pas le bon matériel et il n’a aucune idée de l’endroit où il a rangé celui de sciences. Je pars l’aider à sa recherche, on le trouve sous son lit. J’entends ma fille qui m’appelle en hurlant: «MAMAN!!! VITE!!!» Je remonte du sous-sol en courant: «QUOI, QUOI???» Elle de me répondre: «Madame Karine a dit de commencer le travail et je ne comprends rien!» 

  • Écoutez l'entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Isabelle Lemieux, sur QUB radio:   

Je m’attendais à un feu dans la cuisine, mais, pour elle, c’est aussi dramatique. Elle n’est pas à l’aise de poser des questions sur Teams. Elle fait de l’anxiété. Avec son enseignante dévouée, nous avons mis des moyens efficaces en place pour l’aider. Tout fonctionne bien en classe, mais pas seule devant l’écran. Je vais devoir m’asseoir avec elle, la calmer et prendre le temps de lui réexpliquer. Mon fils retombe dans sa lune.

Je croise du regard l’heure sur mon téléphone. 8h50. Je vais devoir m’installer pour enseigner à mes petits élèves du préscolaire. Mais ce n’est pas gagné. Ma fille, anxieuse, panique. «Maman, je vais échouer mon année!»

Isabelle Lemieux
Photo Pierre-Paul Poulin

Mon cœur de maman se serre. Je dois rester auprès d’elle. Ma belle chouette. Comment vais-je y arriver? Mon fils cherche son travail d’arts. «Maman, je ne trouve pas mon décalque pour mon cours. Tu veux m’aider à le trouver, svp?»

Mon grand garçon, avec ses troubles praxiques et d’organisation, lui qui est toujours si gentil et poli avec tout le monde... Je ne veux surtout pas m’impatienter. Ma fille rentre le chat. Je me mets à fouiller avec mon fils pour trouver son travail. L’horloge fait tictac. Zut, je n’ai pas eu le temps d’ouvrir mon livre interactif pour mes élèves. Je dois commencer mon enseignement. Ma fille m’appelle. Mon garçon m’appelle. Le chat miaule. Mon ordinateur m’alerte que ma rencontre est commencée. Mon fils renverse son verre d’eau sur son livre.

J’ai paniqué. Comme un robot, j’ai pris mon sac et je suis sortie en claquant la porte. Dehors, j’ai vomi dans la neige...

Ce n’est pas de votre faute, mes amours. Il n’est pas normal et simple de faire l’école à distance. Ce n’est pas de votre faute non plus, mes beaux petits élèves. Vous qui avez encore tout à apprendre du haut de vos 4 ans. Je sais combien c’est pénible et froid de m’écouter et me regarder à travers cet écran qui nous coupe du plus important, le contact humain.

Et ce n’est pas de ma faute non plus. J’ai passé deux jours à préparer de belles activités d’apprentissage pour tenter de pallier le fait qu’on se parle avec des ordinateurs. J’ai aidé mes enfants dans leurs devoirs et leçons en fin de semaine et nous avons planifié leur journée de lundi.

C’est de la faute de ceux qui font perdurer cette situation anormale. Je ne suis pas une personne agressive. Je suis tolérante et ouverte d’esprit. Mais en ce moment, comme une grande partie de la population, j’en ai marre de vous. J’en ai assez de votre ego démesuré qui vous pousse à vouloir à tout prix être une personne si unique et supérieure à la masse, comme vous vous plaisez à le dire. Bouclez-la et allez vous faire vacciner. Point.

C’est la seule chance qu’il nous reste de sauver la santé mentale de nos enfants et de leurs parents.

Merci,

Madame Isabelle