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Des ateliers d’écriture en classe

Les élèves de Mme Karine, à Québec, s’exercent trois fois par semaine à écrire des histoires

École des Coeurs-Vaillants
Photo Daphnée Dion-Viens L’enseignante Karine Raymond-D’Amour répond à la question d’une de ses élèves pendant un atelier d’écriture.

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Pour apprendre à faire du ski, mieux vaut dévaler des pentes le plus souvent possible. Le principe est le même pour l’écriture: les élèves doivent s’y entraîner fréquemment. À l’école primaire des Cœurs-Vaillants, à Québec, les ateliers d’écriture font partie du quotidien.

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S’entraîner à écrire plus souvent en classe

Plus les profs feront écrire des textes courts à leurs élèves, plus ils pourront améliorer différents aspects de leur écriture, affirme Pascale Lefrançois, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal. 

«Il y a des automatismes à développer. C’est comme s’entraîner au gym trois fois par semaine», lance-t-elle. 

Ateliers d’écriture, journal de bord, écriture collective ou à relais: quelle que soit la formule, tous les moyens sont bons pour faire écrire les élèves plus souvent, selon plusieurs experts consultés.

Des sujets qui ont un sens

Pour que les élèves y mettent du cœur, il est aussi préférable de leur proposer des situations d’écriture qui ont un sens pour eux, afin de leur montrer concrètement à quoi sert l’écriture et leur donner le goût de manier les mots, ajoutent-ils.

Pascale Lefrançois Courtoisie

Aux enseignants qui craignent d’alourdir leur fardeau de corrections, plusieurs précisent qu’il n’est pas nécessaire de corriger chaque fois les textes en tenant compte de l’ensemble des critères d’évaluation. «On peut se concentrer sur certains critères seulement, selon ce qui vient d’être enseigné en classe», précise Pascale Lefrançois, de l’Université de Montréal.

Des enseignants qui ont tenté l’aventure sont impressionnés par les résultats, comme cette prof de Québec dont les ateliers font le bonheur de ses élèves.

Des monstres pour tous

Dans la classe de Mme Karine, en deuxième année, les élèves se préparent à rédiger la description d’un monstre qu’ils ont inventé de toutes pièces, à la manière d’Élise Gravel, une de leurs auteures préférées. 

Monstre poilu mangeur de chaussettes ou cyclope dévoreur de vers de terre visqueux, il y en aura pour tous les goûts.

Trois fois par semaine, ces élèves jouent avec les mots dans le cadre d’un projet bien encadré. Chaque atelier d’écriture commence par une mini-leçon d’une dizaine de minutes qui permet à l’enseignante de cibler des notions bien précises. Lors du passage du Journal, les élèves apprenaient comment organiser leurs idées afin de décrire leur monstre.

«Une fois qu’on a goûté à ça, on ne veut plus revenir en arrière. Les élèves développent vraiment le goût d’écrire, ils sont motivés et ça fait toute la différence», soutient l’enseignante Karine Raymond-D’Amour.       

Même son de cloche de la part de sa collègue, Geneviève Pigeon, qui enseigne en sixième année. Les bandes dessinées créées par ses élèves seront bientôt présentées dans un salon du livre auquel participeront les camarades de classe.

«Les élèves sont très motivés à se corriger et à retravailler leurs textes, on peut aller beaucoup plus loin avec eux. Je vois une nette amélioration», dit-elle.

Dans cette école située en milieu défavorisé de Québec, où les élèves proviennent de plus de 70 pays, les taux de réussite en écriture au primaire grimpent en flèche entre la deuxième et la sixième année, passant de 85 à 98%.

Une pratique encore marginale

Les ateliers d’écriture, qui s’inspirent des travaux de chercheurs de l’Université Columbia de New York, gagnent en popularité dans les écoles québécoises, même si la pratique demeure encore marginale, selon Yves Nadon, enseignant et auteur qui a contribué à faire connaître cette méthode au Québec.

«Ce qui fait une grande différence, c’est aussi que les enseignants se sentent compétents», affirme-t-il.

Les profs peuvent suivre de près les progrès de chacun de leurs élèves et réajuster leurs mini-leçons en cours de route, selon leurs besoins. «Oui, la charge de travail est plus grande, mais on peut faire un suivi très individualisé, alors on voit vraiment les élèves progresser rapidement», note l’enseignante Marie-Pierre Blanchette.

Au secondaire aussi

Séduits par la formule, des profs du secondaire l'adoptent eux aussi. Maryse Quintin, qui enseigne en première secondaire à l’école secondaire André-Laurendeau, à Saint-Hubert, en profite pour faire travailler ses élèves en équipe. La rédaction se fait en solo, mais le texte sera relu par un camarade de classe.

«En travaillant en partenariat, ils se motivent et deviennent des modèles pour les autres. Ils n’écrivent pas que pour eux ou l’enseignant, ils écrivent aussi pour les autres. Le souci de se corriger vient d’eux», affirme Mme Quintin.

En commençant l’année scolaire par les ateliers d’écriture, il est plus facile d’introduire des notions de grammaire par la suite. Les élèves y sont alors beaucoup plus réceptifs, explique l’enseignante. «Ce sont même eux qui le demandent», lance-t-elle en souriant.