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Les réchauffeurs de chats

Même le plus «humanophobe» des félins est content de se tapir dans une douillette cabane isolée par -20 °C

cabane chat errant
Photo Chantal Poirier Tite-Sourde évolue dans sa ruelle natale de Rosemont depuis 13 ans. Elle dort cet hiver dans une cabane électrifiée.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


Des centaines de Québécois s’évertuent chaque hiver à fournir un petit coin sec et isolé, parfois même chauffé, aux chats de gouttière.

Dans Rosemont, Annie offre un palace deux étages avec lumière chauffante à Tite-Sourde, une vieille minette de ruelle qui aime se lover au deuxième étage pendant l’hiver. « La lumière est au rez-de-chaussée, mais elle va là où la chaleur s’accumule », m’explique la bienfaitrice.

Tant mieux pour Le Journal. La photographe n’a eu qu’à faire soulever le couvercle du toit pour une photo du félin interloqué.

À son arrivée dans son actuel appartement il y a 10 ans, les chats errants proliféraient dans une vieille remise derrière chez elle. 

« Le printemps, on découvrait des cadavres de chatons gelés là-dedans », se souvient Annie.

Depuis, la remise de tôle a été démantelée. Presque tous les chats ont été stérilisés, y compris la minette malentendante qui a atteint l’âge vénérable de 13 ans.

L’oreille entaillée de Tite-Sourde signifie qu’elle a été stérilisée dans le cadre du programme Capture-stérilisation-retour-maintien de la SPCA.

Une bâche bleue recouvre son hôtel particulier lesté par deux haltères pour éviter que le vent le renverse.

Pas forcément besoin d’électricité pour faire une différence vitale, selon Alexe Dupont, qui a lancé l’initiative Chats au chaud, il y a trois ans. La communauté Facebook de Chats au chaud regroupe quelque 3000 abonnés, des centaines d’hébergeurs réchauffeurs de chats et de patenteux aux conseils judicieux.

Annie montre la cabane de Tite-Sourde à Alexe Dupont, qui a lancé la populaire initiative «Chats au chaud».
Photo Chantal Poirier
Annie montre la cabane de Tite-Sourde à Alexe Dupont, qui a lancé la populaire initiative «Chats au chaud».

« Même pour cet hiver, il n’est pas trop tard pour bâtir une cabane », dit Mme Dupont qui a elle-même construit et distribué plus de 100 abris à Montréal et aux alentours en trois ans. 

Ces refuges sont isolés et pourvus de paille. 

« J’habite une tour à condo près de la rue Masson, aucun chat n’a accès à mon balcon, alors je donne toutes mes cabanes », dit la jeune femme.

« Je veux qu’un maximum de gens fabriquent des abris simples, efficaces et abordables. »

Dévouement 

Chez Suzanne Nadeau, dans Hochelaga, trois chats sauvages, Hamlet, Némo et Spider, logent dans trois cabanes, chacune pourvue d’un tapis chauffant. Il y a aussi un tapis chauffant sur une sorte de « place publique » devant les abris. Le tout est couvert d’une bâche transparente qui en fait une sorte de complexe protégé du vent.

Suzanne Nadeau tient une cage de capture à chats près des trois cabanes chauffées qu’elle entretient pendant l’hiver.
Photo Louis-Philippe Messier
Suzanne Nadeau tient une cage de capture à chats près des trois cabanes chauffées qu’elle entretient pendant l’hiver.

« Quand la neige recouvre la bâche, c’est parfait : ça isole mes chats comme dans un igloo », souligne Mme Nadeau, qui s’occupe en été d’un véritable jardin qui attire les oiseaux et les papillons monarques. 

« Ce n’est pas beau, mais c’est efficace ! » s’exclame-t-elle.

7 jours sur 7

Je m’étonne de voir un bol d’eau pourvu d’un fil électrique. « Il faut un récipient chauffant, parce que les chats ne peuvent pas boire de glace », mentionne Mme Nadeau, qui offre des cabanes aux chats de gouttière depuis 20 ans.

« C’est une responsabilité 7 jours sur 7 pour moi et ça me coûte 100 $ de bouffe par mois. »

« Plusieurs se contentent de placer une cabane sans nourrir ou abreuver les pensionnaires et, déjà ça, ça peut sauver des chats », me dit Alexe Dupont.