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Idola Saint-Jean, transmettre et militer

Portrait d’Idola Saint-Jean, studio Laprés & Lavigne, dans Le monde illustré, 9 mars 1901.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Portrait d’Idola Saint-Jean, studio Laprés & Lavigne, dans Le monde illustré, 9 mars 1901.

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La bonne société du carré Saint-Louis

Idola Saint-Jean naît en 1879, à Montréal, dans un foyer libéral très intéressé par la politique. Enfant unique, elle grandit dans une famille de la petite bourgeoisie canadienne-française, non loin du Carré Saint-Louis. Son père est un avocat proche des hommes politiques du Parti libéral et la jeune Idola est entourée dès son jeune âge de discours politique et de culture artistique. Dans son entourage et son voisinage, se trouve même un jeune poète, un certain Émile Nelligan, avec qui elle partage une tante. Elle fait ses études secondaires dans différents couvents et remporte à 18 ans une médaille d’or de fin d’études. À l’époque, c’est le plus haut niveau de scolarité que les jeunes filles de la bourgeoisie francophone peuvent atteindre. En effet, la société attend surtout qu’elles soient des maîtresses de foyer exemplaires. C’est mal connaître Idola, qui, déjà divergente et volontaire, aspire à d’autres destins...

Défendre la langue, donner une voix aux femmes

Ligue des droits des femmes
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Ligue des droits des femmes

Après des débuts salués en tant qu’actrice et dramaturge, Idola Saint-Jean se lance dans l’enseignement, pour assurer un revenu à sa famille après la mort de son père. Elle ne dépendra plus jamais que d’elle-même. C’est ainsi qu’elle enseigne le français aux jeunes et prépare à leur intention des recueils de textes et de poésie pour les aider à parfaire leur diction et leur compréhension. Elle est aussi chargée de cours en français, à l’Université McGill, un poste qu’elle occupera jusqu’en 1945 ! Ce n’est pourtant pas suffisant pour cette féministe qui milite déjà depuis plusieurs années. En 1927, elle fonde un organisme qui milite pour l’obtention du droit de vote des femmes au Québec. Elle voit dans les journaux, mais aussi dans cette nouveauté qu’est la radio, une source de diffusion de ses idées. En 1933, elle crée une revue, La sphère féminine. Ce périodique, qui donne la plume aux femmes presque exclusivement, sera publié jusqu’à son décès. Sa mort subite, en 1945, bouleverse la communauté féministe et son cercueil est porté par neuf de ses compagnes militantes.

Militer pour la justice sociale et l’émancipation des femmes

Affiche électorale d’Idola Saint-Jean, élections fédérales de 1930.
BM102-D14, Archives de la Ville de Montréal
Affiche électorale d’Idola Saint-Jean, élections fédérales de 1930.

Idola Saint-Jean aura donc consacré sa vie à transmettre un savoir et à communiquer des idées pour l’édification des autres, et notamment des autres femmes. Sa propre vie, célibataire et militante, est marquée par l’insoumission. Par amour de la langue et par volonté de voir les femmes accéder à plus d’autonomie, elle a investi la sphère médiatique et politique de son époque et reste la première femme québécoise à se présenter à des élections fédérales, en 1930, avant même Thérèse Casgrain. Pourquoi Idola Saint-Jean est-elle moins présente dans les mémoires que Thérèse Casgrain ou Marie Gérin-Lajoie ? Ce n’est certes pas faute d’avoir été active et à l’avant-garde. La vie d’une femme célibataire, sans cercle intime pour en préserver la mémoire et les documents, tombe manifestement dans l’oubli plus rapidement. Cependant, les dernières années ont apporté davantage de commémorations pour cette figure aussi singulière qu’inspirante dans la lutte pour le suffrage et les droits des femmes.

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