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Jean-Claude Lord: un grand bonhomme

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Photo d'archives Agence QMI, Jocelyn Malette

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Jean-Claude Lord est parti.

Je ne parlerai plus de cinéma avec lui, je ne pourrai plus lui demander pour la centième fois de me raconter comment il avait fait, bon Dieu, pour remplir une salle de vieilles madames à poil pour une scène choc de Parlez-nous d’amour, mon film québécois préféré de tous les temps. 

BON DIMANCHE

Jean-Claude n’était pas un ami proche, mais on se croisait de temps en temps et je crois qu’il appréciait nos échanges. 

Pour moi, c’était un modèle. 

Je me souviens, quand j’étais p’tit cul, à Verdun, et que je le regardais faire ses chroniques de cinéma à Bon Dimanche (à mon avis, l’une des meilleures émissions culturelles à avoir été diffusées au Québec).

Ayoye ! Quelle fougue ! Et quelle franchise !

Il s’en foutait, lui, qu’un film ait été fait au Québec ou non. S’il trouvait que c’était un navet, il disait que c’était un navet, que le navet soit bleu ou pas. 

Il parlait de cinéma comme si sa vie en dépendait. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Il faut dire que c’était la belle époque, où le cinéma occupait une place tellement importante dans nos vies qu’on pouvait briser des amitiés à cause d’un désaccord sur une scène... 

LE RESPECT DU PEUPLE

Et le choc quand j’ai vu Bingo à sa sortie, alors que je n’avais que 13 ans !

Pas une comédie nunuche tagada tsoin-tsoin avec quatre tétons et deux tatas, mais un film à message !

Qui disait des choses importantes sur la société québécoise, la corruption des élites, l’exploitation des travailleurs, la manipulation de l’électorat ! 

Et Jean-Claude ne s’adressait pas à ses « amis du milieu », mais à Monsieur et Madame Tout-le-monde !

Mon père, ma mère !

C’est ce que j’ai toujours aimé, chez lui. Son profond respect du peuple. Ce n’est pas parce que tu habites dans un quartier populaire et que tu travailles dans une shop qu’on ne peut pas te parler de choses importantes. 

Jean-Claude n’a jamais levé le nez sur ce que certains appellent « le monde ordinaire ».

À leur façon, les chroniqueurs et les chroniqueuses qui travaillent pour Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec sont tous des Jean-Claude Lord.   

  • Écoutez l'éditorial de Richard Martineau sur QUB Radio :   

UN COUP DE POING

Et puis, est arrivé Parlez-nous d’amour, en 1976, une satire corrosive du « merveilleux monde du showbiz » avec ses producteurs aux mains baladeuses, ses journalistes corrompus et ses petites vedettes sans talent qui devaient coucher avec le recherchiste, le producteur et l’animateur pour chanter une ‘tite toune dans une émission de variétés enregistrée dans un centre d’achat. 

Ce film – scénarisé par Michel Tremblay – est une bombe. Chaque année, je le regarde, et chaque année, mon cœur explose en mille miettes. 

Cinquante ans après sa sortie, on regarde ce cri de haine contre l’hypocrisie, et on se dit : « Mais comment un tel ovni a-t-il pu sortir en salles ? »

Et ça, c’est sans parler de Lance et compte, qui a propulsé la télé québécoise dans la modernité. Et de Jasmine, qui a ouvert notre télé à la diversité – bien avant que le mot ne devienne à la mode.

Salut, Jean-Claude. Et merci, mon chum.

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