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Première vague de la pandémie: «Le Québec n’était pas prêt», dit le rapport Castonguay

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Québec n’était pas prêt à affronter la première vague de la pandémie, conclut la Commissaire à la santé et au bien-être dans son rapport final. Mais ceux qui y voyaient l’équivalent d’une commission d’enquête resteront sur leur faim.

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Joanne Castonguay souligne que l’État québécois «ne disposait pas d’un plan actualisé de gestion de crise», que les mesures de prévention et contrôle des infections étaient «largement déficientes» et que l’équipement de protection individuelle était insuffisant pour faire face à la COVID-19 au printemps 2020.  

De plus, «le partage des rôles et des responsabilités était confus».  

Joanne Castonguay, Commissaire à la santé et au bien-être
Capture d'écran
Joanne Castonguay, Commissaire à la santé et au bien-être

«Les conséquences pour les personnes âgées et le personnel soignant ont été dramatiques. Plusieurs situations, parfois inhumaines, ont été signalées», écrit la commissaire.  

Encore plus inquiétant, Mme Castonguay affirme que « certains indicateurs montraient un signal clair et précoce de la propagation rapide de la pandémie en CHSLD au Québec » dès la semaine du 22 mars. C’est plutôt le 10 avril, avec la publication d’un article du quotidien The Gazette sur la situation au CHSLD Herron, que l’ampleur de la crise a été révélée.  

Joanne Castonguay, Commissaire à la santé et au bien-être
Capture d'écran
Joanne Castonguay, Commissaire à la santé et au bien-être

Mme Castonguay note également les questions soulevées sur la nécessité d’une plus grande transparence autour des avis du Directeur national de Santé publique. La commissaire propose donc de lui accorder le pouvoir « d’informer le public de façon indépendante », sans toutefois proposer de modifier son poste pour le mettre à l’abri des influences politiques.   

Pas de commission d’enquête nécessaire

Malgré les lacunes soulevées, le rapport n’établit pas le récit des manquements qui ont mené l’hécatombe qui a coûté la vie à 4 836 aînés dans les CHSLD et autres centres d’hébergement au printemps 2020.  

Lors d’un breffage technique avant le dépôt du rapport, un des membres de la commission est venu expliquer que le mandat visait à comprendre « de manière scientifique » ce qui a fait défaut durant la première vague, plutôt qu’à révéler les coulisses de la prise de décision dans ces premiers mois de la pandémie.  

Pourtant, le premier ministre François Legault a fréquemment rejeté les appels à déclencher une enquête publique et indépendante en citant le rapport à venir de la commissaire Castonguay, en plus de ceux de la coroner Kamel, de la Protectrice du citoyen et de la Vérificatrice générale.  

« La commissaire à la santé est en train d'en faire une complète, avec tous les pouvoirs d'une commission d'enquête publique, mais là il est temps qu'on s'assure qu'il y a assez de personnel, qu'il y a assez de responsables des équipements, qu'il y a des systèmes d'information qui marchent. C'est là qu'on est rendu, puis laissons Mme Castonguay poursuivre son travail », avait notamment répondu M. Legault en novembre dernier, lorsque questionné sur la nécessité d’une commission d’enquête.  

Mercredi, la commissaire Castonguay a abondé dans le même sens. «Honnêtement, je pense qu’entre le rapport de la Protectrice du citoyen, le rapport à venir du coroner et nos rapports, on a tout ce qu’il faut pour s’engager dans une transformation et regarder vers l’avenir, a commenté Mme Castonguay. Il est vraiment temps qu’on passe à l’amélioration de notre système de santé pour faire face aux crises futures.»  

Recommandations

Outre les solutions aux lacunes évoquées, la commissaire propose une réforme en profondeur du système de santé.  

À court terme, Mme Castonguay recommande de mettre en place d’un plan de gestion de crise « évalué périodiquement par des experts externes ».  

À plus long terme, la commissaire propose de revoir carrément le système de santé pour l’axer sur le service à la clientèle. Elle précise qu’elle ne propose pas un changement de structures, mais plutôt d’approche.  

Par exemple, le ministère de la Santé devrait se concentrer sur la gouvernance et laisser les dirigeants des établissements gérer les opérations, propose-t-elle.  

De la même façon, Mme Castonguay estime que le réseau devrait être plus «orienté sur les besoins qu’ont les patients». Ça implique, entre autres, de créer une seule porte d’entrée dans le réseau, un dossier qui suit le bénéficiaire, un financement accordé selon les besoins des patients et une évaluation de la prestation basée sur les résultats.  

Dans le contexte de la première vague de la pandémie, cette approche aurait peut-être permis de mieux prendre en compte les besoins des résidents des CHSLD. «On aurait eu une préoccupation pour l’ensemble des besoins de tous les milieux de soins, plutôt que vraiment se concentrer sur les soins hospitaliers», estime la commissaire Castonguay.   

  • Écoutez l'entrevue de la commissaire Joanne Castonguay avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:   

 

Quatre recommandations afin d’améliorer les conditions de vie des aînés :        

  • Des données sur les résultats pour des soins et services d’hébergement performants ;       
  • Une offre de services d’hébergement équitable, quel que soit le milieu dans lequel ils sont dispensés ;       
  • Des soins de santé mieux intégrés dans les milieux de vie ;       
  • Une stratégie gouvernementale axée sur « la valeur en santé », soit l’amélioration de la santé et du bien-être de la population           

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