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Les caribous de Charlevoix et de la Gaspésie en captivité dès cet hiver

Les caribous de Charlevoix et de la Gaspésie en captivité dès cet hiver

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À défaut d’un plan pour protéger cette espèce menacée, les caribous de Charlevoix et de la Gaspésie seront mis en captivité cet hiver. En enclos, les bêtes se nourriront dans des mangeoires, ce qui leur fera perdre graduellement leurs instincts.

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Les détails de ce projet «innovateur» ont été présentés mercredi par les experts du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs.   

C’est que l’espèce est en déclin. Malgré tout, le ministre Pierre Dufour a récemment annoncé qu’il repoussait le dépôt de son plan pour assurer la survie du caribou forestier. Il a plutôt nommé une commission indépendante, composée uniquement de spécialistes de l’économie forestière, pour lui faire des recommandations.   

En attendant, pour tenter de préserver les 17 bêtes restantes du cheptel de Charlevoix, Québec a construit dans le parc national des Grands-Jardins un enclos de 20 hectares qui leur permettra notamment d’être à l’abri des prédateurs.   

La capture de tous les individus, connus pour être très craintifs, n’est pas assurée pour cet hiver, ont convenu les fonctionnaires. Pour y arriver, les animaux doivent être mis sous sédatif. Selon les experts du ministère, les risques de mortalité durant cette opération sont faibles.   

Les fonctionnaires ont reconnu qu’il n’existe que très peu d’exemples de caribous en captivité permanente à l’heure actuelle.   

À Val-d’Or, le troupeau ne compte plus que sept individus, qui sont en enclos depuis maintenant un an et demi. Pour l’heure, leur comportement semble «normal», même s’ils croisent un gardien de temps à autre. Une bête est morte, mais un nouveau faon a vu le jour.   

La harde de caribous de la Gaspésie compte pour sa part environ 34 bêtes. Les deux enclos de 15 hectares qui sont toujours en construction accueilleront seulement les femelles gestantes, qui seront relâchées avec leurs petits à la fin de l’été.   

Des enclos conçus pour être «permanents»

Les clôtures électrifiées de Charlevoix et de la Gaspésie ont coûté 1,1 million de dollars chacune au trésor public. Le gouvernement a payé 750 000$ pour celle de Val-d’Or, qui est plus petite. À cela s’ajoutent évidemment des coûts additionnels de 400 000$ pour l’habitation et le salaire du gardien, de même que pour les installations septiques et vétérinaires pour chacun des projets.  

Et la captivité apporte son lot d’effets pervers pour des animaux sauvages. Les experts du ministère n’ont pu préciser à partir de quel moment de leur captivité les caribous risquent de s'accoutumer et de perdre leurs réflexes.    

«Plus on attend avant de faire des relâchements [dans la nature], plus ces caribous vont perdre les comportements acquis contre les prédateurs ou d’alimentation naturelle», indique une biologiste du ministère.   

Mais les fonctionnaires n’ont aucune idée de la longueur du séjour en captivité des caribous. Les enclos ont néanmoins été conçus pour être «permanents» s’il le faut. 

  • Écoutez Geneviève Lajoie au micro d'Antoine Robitaille, sur QUB radio:   

Un «respirateur artificiel»

Professeur au Département de biologie, chimie et géographie de l'Université du Québec à Rimouski, Martin-Hugues St-Laurent rappelle que la captivité est une mesure extrême pour sauver les caribous et qu’elle ne renversera pas à elle seule leur déclin.  

«C’est un respirateur artificiel. Si je comparais ça au milieu hospitalier, on est dans les soins de derniers recours, pas palliatifs, mais pas loin», insiste-t-il.  

Les enclos de maternité, comme en Gaspésie, peuvent bien fonctionner, à condition toutefois qu’on relâche les bêtes avant qu’elles n’aient le temps de «devenir trop naïves» envers les prédateurs. La captivité permanente, comme à Val-d’Or et dans Charlevoix, est plus problématique. Seuls les jeunes pourraient être relâchés dans la nature.  

Mais surtout, protéger les individus restants dans un enclos est un coup d’épée dans l’eau si on ne restaure pas leur habitat. Car le facteur de déclin de cette population, c’est la coupe forestière.  

«Sinon, on va vouloir soit relâcher des individus dans un système aussi pire que celui dont on les a extraits pour les mettre dans des enclos, soit on va reculer l’échéance à laquelle l’habitat sera suffisamment remis pour qu’on puisse relâcher les caribous», plaide M. St-Laurent.  

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