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Theodore Roosevelt : une dernière nuit au musée

Theodore Roosevelt
Maison-Blanche

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Peu connu de la population québécoise, le président Theodore Roosevelt, souvent confondu avec Franklin Delano Roosevelt, a connu un regain de popularité après la trilogie des films Night at the museum (2006-2009-2015).

Vous vous souvenez peut-être que c’est le regretté Robin Williams qui prêtait ses traits au président dont le visage est gravé dans le Mont Rushmore. Celui qu’on surnomme souvent Teddy (ce que Roosevelt n’appréciait guère) entretenait dans le film une relation amoureuse avec un autre personnage historique connu, Sacagawea.

Si mes étudiants avaient de nombreuses questions sur le président, Sacagawea et le Musée d’histoire Naturelle à New York en raison de la sortie des films, je m’étais intéressé au parcours du politicien new-yorkais bien avant cela.

Il y a de cela bien longtemps, confiné à la maison comme aidant naturel, je m’étais proposé un petit défi de lecture. J’avais donc employé mes temps libres à lire ou, dans certains cas, relire les biographies de tous les présidents américains du 20e siècle. 

Si la vie et la carrière politique de tous ces présidents, de McKinley à Clinton, regorgent d’anecdotes étonnantes, aucune biographie ne m’a autant fasciné que celle de Roosevelt. Ceux et celles qui me connaissent mieux m’ont déjà entendu dire que d’une certaine manière, il incarne mieux que n’importe qui le caractère paradoxal de la société américaine, tout comme il représente bien ce qu’était, ce qu’est encore parfois, un Américain. Du moins ce que certains se plaisent à offrir comme définition.

Un exemple pour étayer ce que j’avance? Theodore Roosevelt peut à juste titre être présenté comme un intellectuel et un scientifique. Il fut un des présidents les plus prolifiques de l’histoire et il nous laisse un héritage important à ce chapitre. 

Pourtant, malgré une production dont il n’avait pas à rougir et le plaisir qu’il tirait de l’écriture, le successeur de McKinley est reconnu pour sa vigueur physique et ses actions musclées au plan politique. Si en Europe on aurait plutôt entretenu son image d’intellectuel, aux États-Unis c’est son côté hyperactif qu’on mettait en lumière. On valorisait l’action à la réflexion.

  • Écoutez la chronique de Luc Laliberté, spécialiste de la politique américaine, à QUB radio:

Président progressiste (une étiquette qui diffère de celle qu’on accole aujourd’hui à une certaine gauche), son héritage est complexe. À mes yeux, il doit figurer parmi les plus grands des successeurs de Washington, assurément parmi les dix premiers.

Pourquoi vous revenir avec Theodore Roosevelt ce matin? Parce qu’après les statues de J. Marion Sims (père de la gynécologie) et Thomas Jefferson, la ville de New York relocalisait cette semaine celle de Theodore Roosevelt qui, jusque dans la nuit de mardi à mercredi, était visible `devant le Musée d’histoire Naturelle à New York. 

Ceux et celles qui me lisent régulièrement connaissent déjà mon opinion sur le retrait des monuments ou encore les remises en question de ce que nous commémorons. Généralement, je souhaite d’abord la préservation des monuments. 

S’il faut parfois s’assurer d’accompagner les observateurs en précisant des éléments de contexte entourant la personne ou l’événement représenté, l’ajout d’un volet plus pédagogique peut s’avérer insuffisant et la relocalisation d’une œuvre est parfois nécessaire. 

Que ce soit pour Sims, Jefferson ou Theodore Roosevelt, il n’est nullement question de détruire l’œuvre, mais bien de relocaliser. Il y a déjà un certain temps qu’on étudiait le dossier de la statue qui se trouvait devant le Musée depuis 80 ans.

Le sort réservé à la statue est à la fois le fruit d’une longue réflexion et des pressions exercées par des activistes dans la foulée du meurtre de Goerge Floyd. Faut-il y voir une nouvelle manifestation de la mouvance «woke» (pour ce que ça signifie maintenant...)? Je ne le crois pas.

Après avoir mentionné plus haut que Roosevelt est un des grands présidents de l’histoire, ne devrais-je pas m’indigner de la relocalisation de la statue? Pas du tout. Tout d’abord, les avis des dirigeants du musée, des dirigeants de la ville, des historiens et même des membres de la famille convergent. S’il n’y avait pas unanimité, pour presque tout ce beau monde, déplacer la statue vers la bibliothèque présidentielle de Roosevelt constitue la meilleure solution.

Que reproche-t-on au 26e président et récipiendaire du Nobel de la paix en 1906? Si Roosevelt avait été critiqué pour des propos jugés choquants sur l’eugénisme (le débat mériterait à lui seul un autre billet), c’est bien moins pour ce qu’il fut ou ce qu’il a fait qu’on a relocalisé la statue que pour la manière dont a représenté le président.

Le bronze représentait Roosevelt sur son cheval, mais flanqué de deux hommes inconnus. L’un était un représentant des Premières Nations et l’autre un afro américain. Ce n’est donc pas Roosevelt ou son héritage qui agacent, mais bien la hiérarchie implicite de la représentation.

Si je comprends les motifs qui ont mené à la relocalisation de l’œuvre de James Earl Fraser, je ne peux cependant m’empêcher d’espérer que le nom de la famille Roosevelt demeure associé au musée. Le père de Theodore Roosevelt en fut un des fondateurs, un des descendants siège toujours au sein du conseil et, surtout, l’ancien président fut un naturaliste reconnu.

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