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Une histoire trop peu connue

La République démocratique du Congo célèbre mardi le 60e anniversaire de son indépendance de la Belgique, et son héros national, Patrice Lumumba, icône des nouveaux militants anticoloniaux qui demandent aux anciennes puissances coloniales d'assumer leur passé.
Photo AFP La République démocratique du Congo célèbre mardi le 60e anniversaire de son indépendance de la Belgique, et son héros national, Patrice Lumumba, icône des nouveaux militants anticoloniaux qui demandent aux anciennes puissances coloniales d'assumer leur passé.

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Il y a soixante et un ans, le 17 janvier 1961, était lâchement assassiné Patrice Lumumba, le premier premier ministre élu de la République démocratique du Congo, qui jusqu’alors avait été une colonie de la Belgique.

Lumumba s’était fait connaître par ses écrits virulents contre la présence coloniale de la Belgique dans son pays. À cette époque, un vent de liberté soufflait sur l’Afrique et plusieurs pays avaient obtenu leur indépendance tandis que d’autres luttaient pour l’obtenir. C’est à cette même époque que Franz Fanon publia un livre dénonçant le colonialisme et justifiant la lutte armée, Les damnés de la terre, en pleine guerre d’Algérie.

En 1960, la Belgique décida d’accorder son indépendance à sa colonie, non sans la laisser avec une dette impayable, un peu comme avait fait la France en se retirant d’Haïti. Des élections furent organisées et Patrice Lumumba fut élu premier ministre. Le Congo belge devint officiellement la République démocratique du Congo, le 30 juin 1960.

La Belgique ne fit aucun cadeau au nouveau premier ministre, ou si elle en fit un, ce fut un cadeau empoisonné. Elle se paya à même les fonds publics et rapatria toute son administration, sans laisser le temps au jeune gouvernement de se réorganiser. Les secteurs de la santé et de l’éducation, entre autres, furent durement frappés. La jeune république dut assumer toutes les dettes de la Belgique, de sorte que le pays fut plongé dans une grave crise économique et sociale.

La population commença à exprimer son inquiétude. C’est bien beau l’indépendance, mais si on n’a pas à manger, on n’est guère plus avancé. Vous savez, le genre de discours que les maîtres du monde aiment entendre pour se croire indispensables, comme ceux qu’on a entendus au Chili de Salvador Allende, au début des années 1970, qu’on entend au Venezuela alors qu’on empêche ce pays de produire son pétrole, et qu’on aimerait bien entendre à Cuba qui vit depuis soixante ans sous un blocus assassin. Un discours qu’on a aussi entendu au moment des deux référendums au Québec.

Lumumba n’avait guère le choix. Ses anciens maîtres voulaient lui faire payer le gros prix pour avoir voulu être indépendant. Il devait rapidement se trouver des alliés solides, et l’Union soviétique apparut alors comme un sauveur, comme elle allait l’être pour Cuba pendant trente ans. On était en pleine guerre froide et cette alliance n’allait pas plaire, mais pas du tout, à l’empire et ses alliés. On ne voulait surtout pas qu’un foyer marxiste voie le jour en plein cœur de l’Afrique. On en avait plein les bras avec Cuba et sa révolution socialiste à quatre-vingt-dix milles des côtes étatsuniennes et il fallait à tout prix empêcher une répétition de cette grande victoire des forces progressistes.

Aussi, les services secrets belges et la CIA unirent leurs efforts pour créer, dans premier temps, une situation de chaos. Ils favorisèrent un mouvement sécessionniste au Katanga, la région la plus riche du pays en raison de ses gisements miniers. Puis ils firent en sorte que Lumumba soit destitué à la suite d’un coup d’État et arrêté par son proche collaborateur, Moïse Tshombé.

Quelques jours plus tard, Lumumba et quelques fidèles seront torturés puis fusillés en présence d’officiers belges et avec la bénédiction du directeur de la CIA, Allen Dulles, pour qui Lumumba était devenu « un cas prioritaire ». Leurs corps dépecés furent ensuite dissouts dans l’acide. Pas de trace et aucune sépulture. Le Congo-Kinshasa vivra sous une féroce dictature pendant trente ans.

En 1966, soit cinq ans après son assassinat, Patrice Lumumba fut consacré héros national. À Moscou, une université russe, chargée d’accueillir des étudiants étrangers, dont des révolutionnaires latino-américains, sera nommée de son nom jusqu’en 1992. Encore aujourd’hui, en Afrique, le nom de Patrice Lumumba résonne comme un appel à la dignité. Et sa mort est un épisode de plus dans la longue liste des crimes commis par les puissances coloniales et la CIA.

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