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Une dangereuse implantation

Une dangereuse implantation
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Daniel D. Jacques est un essayiste qui, pour la première fois, franchit le pas de la fiction. Et c’est pour le mieux tant il a donné vie à de graves questions qui nous attendent demain.

Le California Dream de Daniel D. Jacques a un sous-titre qui annonce son programme : « Contes posthumanistes à l’usage des enfants de l’avenir ».

Le posthumanisme est un sujet de prédilection pour le philosophe qu’est l’auteur, mais il est loin d’être dominant dans l’espace public... Post-quoi ? Les contes vont rapidement rendre l’affaire très concrète.

Il y en a 12, qui représentent autant de chapitres. Ils suivent une trame chronologique, de 2058 – moins de 40 ans d’ici ! – jusqu’en 2198. Chacun met en scène un personnage, que le titre identifie : l’artiste, l’ingénieur, le patron de café, la révolutionnaire, les amants... 

Et d’un chapitre à l’autre, les découvertes scientifiques au cœur du récit vont suivre une gradation qui va repousser toujours plus loin leur acceptation sociale, donc soulever bien des questions éthiques.

Transfert cérébral

Tout démarre avec Adrian Falkenbach, compositeur de génie qui apprend, à 38 ans, qu’il est atteint de la maladie de Charcot, ou sclérose latérale amyotrophique, où on devient enfermé dans son corps en gardant ses facultés mentales. C’est pour lui si impensable qu’il songe au suicide.

Or, en 2058, un traitement expérimental est possible : le transfert cérébral. Prendre un cerveau humain et le transposer dans un module de biosynthèse – un corps artificiel qui n’a pas toutes les caractéristiques du corps humain.

Adrian va accepter d’être cobaye. Il se retrouvera plongé dans un enfer d’un nouveau genre : il ne survivra que 47 jours. L’expérience n’était vraiment pas au point ! Elle sera perfectionnée dans les contes suivants. 

Dès 2086, le corps artificiel est rendu aussi fonctionnel que le corps naturel, à quelques détails près. Un homme va accepter de devenir le premier cyborg de l’histoire. C’est une véritable percée.

Pour encadrer celle-ci, une « Convention sur l’utilisation des techniques de transfert cérébral » est établie en 2095. Elle exige le respect de quatre principes afin de préserver l’intégrité et la diversité des personnes humaines.

Effrayants, mais nécessaires

Or, en quelque cent ans, tous ces principes voleront en éclat. Au nom de quoi, par exemple, quelqu’un qui est né avec un défaut physique devrait-il, quand arrive le moment de prolonger sa vie, se retrouver dans un corps pareil à celui qu’il avait au départ ? Pourquoi ne pas l’améliorer, puisque c’est possible ?

Et puis, pourquoi ne pas doter le nouveau corps d’une jeunesse éternelle ? Ou encore, transplanter un cerveau dans un corps animal si tel est la volonté de son détenteur ? Au nom de quoi, en somme, contrer les revendications de chacun ?

Ces glissements nous troublent, car ils se font en douceur. Mais ils sont si bien incarnés qu’ils n’ont tout à coup plus rien de théorique, se révélant plutôt en droite ligne avec nos débats actuels.

Ces contes, en fait, font peur, ce qui les rend nécessaires.

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