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État des lieux à moins de 100 jours de la Présidentielle 2022

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Photo AFP Le président français, Emmanuel Macron, lors d’un discours à la remise des prix French Design, jeudi, à Paris.

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Notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté séjourne actuellement en France, d’où il observe l’actualité française d’un œil québécois. 


À moins de cent jours de l’élection présidentielle, la France s’échauffe. Les débats se multiplient et les sondages se font souvent contradictoires. Emmanuel Macron domine la course. C’est un brillant stratège politique. Les rebondissements de la crise sanitaire commencent toutefois à le fragiliser. 

Mais si Emmanuel Macron domine clairement la course, on ne sait pas trop qui il affrontera au second tour. 

Il y a de bonnes chances que cela soit Marine Le Pen, comme en 2017. La candidate populiste, issue du Rassemblement national, que plusieurs croyaient pour de bon enterrée, a fait preuve d’une vraie résilience. Elle en est à sa troisième élection présidentielle. Elle connaît son métier. Et elle fait moins peur qu’avant, comme si on s’intéressait davantage à son prénom qu’à son nom de famille. Son grand avantage : l’appui massif des milieux populaires. 

Droite

Il y a de bonnes chances aussi que cela soit Valérie Pécresse. La candidate de la droite classique, du parti Les Républicains, a réussi à conserver l’unité de son parti, pourtant traversé de vraies contradictions idéologiques. Clin d’œil à Margaret Thatcher, elle se présente comme la « dame du faire ». Au-delà des paroles, elle serait femme d’action. Si elle traverse le premier tour, elle peut battre Emmanuel Macron, même si, idéologiquement, elle lui ressemble. 

Éric Zemmour demeure dans la course, même s’il a perdu son élan de l’automne dernier, quand il emportait tout sur son passage. Celui qui dirige désormais le parti Reconquête a imposé ses thèmes à la campagne et a forcé tous les candidats de droite à parler comme lui. Il est toutefois la cible d’une campagne de dénigrement systématique qui le fragilise. Il parvient néanmoins à susciter des ralliements d’importance venant des deux autres partis de droite. 

Gauche

À gauche, les choses sont plus compliquées. En un mot, elle est très divisée. 

Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise, le parti de la gauche radicale, se porte bien, il monte. C’est un orateur exceptionnel au vocabulaire imagé, un tribun à l’ancienne, qui sait aller au-delà des calculs politiciens à court terme. Il polarise beaucoup, et sa conversion au multiculturalisme l’a éloigné de la gauche laïque. 

Mais sa candidature est parasitée par ses rivaux. 

Christiane Taubira vient de se lancer. Elle se présente comme une figure prophétique. Elle porte un discours multiculturaliste. Au-delà de sa base étroite de fidèles, sa candidature ne lève pas. 

Yannick Jadot est le candidat des verts. Il était censé représenter l’écologisme de gouvernement. Il semble absent.

Quant à Anne Hidalgo, la mairesse de Paris et candidate du Parti socialiste, elle est en train de conduire son parti à la ruine. 

Grande surprise de la campagne : Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste. Partisan de la gauche économique et défenseur des traditions françaises, il ne parle pas qu’aux militants de gauche, mais au peuple aussi. Il impressionne et, sans percer dans les sondages, il obtient un vrai succès d’estime. Il existe en France une gauche antiwoke, et elle est communiste !  

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Un débat entre les politiciens et les intellectuels ? 

Je l’ai déjà noté, mais je ne peux m’empêcher d’y revenir : le peuple français est un peuple politique. Pour les Québécois, la politique est globalement pragmatique. Les politiciens ne prétendent pas avoir une grande vision de la société mais des solutions concrètes aux problèmes quotidiens. En France, un politicien doit être capable de débattre avec un intellectuel de haut niveau, d’échanger avec lui, et de porter une vision du monde. Un défi lancé à nos politiciens ? 

Une proposition 

L’entrevue matinale joue un rôle central dans la vie publique française. Bien serrée, d’une quinzaine de minutes, elle donne le ton pour la journée. Il arrive qu’il s’agisse d’une entrevue politique. C’est même cela la plupart du temps. Mais il arrive que l’intervieweur du matin reçoive un grand intellectuel, un chef d’entreprise, un scientifique, une figure du clergé, un auteur, et on pourrait multiplier les exemples. Cela donne chaque fois un vrai bon moment de radio. Une tradition à importer chez nous ? 

Sortie de pandémie ? 

Plusieurs présentent le variant Omicron presque comme la meilleure nouvelle depuis le début de la pandémie, à part les vaccins, évidemment. Très contagieux mais peu dangereux, il permettrait d’atteindre l’immunité collective. Désormais, on parle de la levée des mesures sanitaires. En Grande-Bretagne, ils y sont presque. En France, on veut y aller progressivement tout en introduisant un passeport vaccinal. Je résume l’état d’esprit de plusieurs : il faudra un jour décider mentalement et politiquement de sortir de la pandémie.

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